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DES MACHINES A L'OPÉRA

bien avant que Désaugiers écrivît la spirituelle parodie de l'opéra de la Vestale. Panard fit les couplets suivants, qui furent chantés sur l'air du menuet à'Hésione de Campra, dans une pièce jouée en 1753 :

J'ai vu des guerriers en alarmes, Les bras croisés et le corps droit, Crier plus de cent fois : Aux armes ! Et ne point sortir de l'endroit.

J'ai vu Mars descendre en cadence; l'ai vu des vols prompts et subtils ; J'ai vu la Justice en balance Et qui ne tenait qu'à deux tils.

J'ai vu le Soleil et la Lune Qui faisaient des discours en l'air ; J'ai vu le terrible Neptune Sortir tout frisé de- la mer.

J'ai vu l'aimable Cytbérée, Au doux regard, au teint fleuri, Dans une machine, entourée D'Amours natifs de Cbambéri.

J'ai vu le maître du tonnerre, Attentif au coup de sifflet, Pour lancer ses feux sur la terre Attendre l'ordre d'un valet.

J'ai vu, du ténébreux empire, Accourir avec un pétard, Cinquante lutins pour détruire Un palais de papier brouillard.

J'ai vu dos dragons fort traitables Montrer les dents sans offenser ; J'ai vu des poignards admirables Tuer les gens sans les blesser.

J'ai vu l'amant d'une bergère, Lorsqu'elle dormait dans un bois, Prescrire aux oiseaux de se taire, Et lui ebanter à pleine voix.

J'ai vu la Vertu dans un temple.

Avec deux couebes de carmin, En son vertugadin très ample Moraliser le genre bumain.

J'ai vu, ce qu'on ne pourra croire, Deux Tritons, animaux marins, Pour danser, troquer leur nageoire Contre une paire d'escarpins.

J'ai vu Mercure, en ses quatre ailes Trouvant trop peu de sûreté, Prendre eneor de bonnes ficelles Pour voiturcr sa déité.

J'ai vu souvent une Furie

Qui s'humanisait volontiers ;

J'ai vu des faiseurs de magie

Qui n'étaient pas de grands sorciers.

J'ai vu des Ombres très palpables Se trémousser au bord du Styx; J'ai vu l'enfer et tous les diables À quinze pieds du paradis.

J'ai vu Diane en exercice Courir le cerf avec ardeur ; J'ai vu, derrière la coulisse, Le gibier courir le chasseur.

J'ai vu trotter d'un air ingambe De grands démons à cheveux bruns ; J'ai vu des morts friser la jambe Comme s'ils n'étaient pas défunts.

Dans les chaconnes et gavottes J'ai vu des fleuves sautillants ; J'ai vu danser deux Matelottes, Trois Jeux, six Plaisirs et deux Vents.

Dans le char de monsieur son père J'ai vu Phaéton, tout tremblant, Mettre en cendres la terre entière, Avec des rayons de fer-blanc.

J'ai vu Roland, dans sa colère, Employer l'effort de son bras Pour pouvoir arracher de terre Des arbres qui n'y tenaient pas.

J'ai vu des gens à l'agonie,

Qu'au lieu de mettre entre deux draps,

Pour trépasser de compagnie,

L'on amenait sous les deux bras.

J'ai vu, par un destin bizarre, Les héros de ce pays-là Se désespérer en bécarre, Et rendre l'âme en À mi la.

Il est permis à un homme d'esprit d'ignorer le solfège; mais il l'est moins à un poète de cheviller à l'aide d'un bécarre qui n'a ici aucun sens ; mais excusons la rime en faveur de la raison.

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