DES DÉCORS A L'OPÉRA
Lorsqu'il s'agit d'enlever dans les espaces et de faire disparaître dans les frises un génie, une fée, surtout un premier sujet du chant ou de la danse, on est beaucoup plus prudent qu'autrefois et l'on a recours souvent à des figurants, clowns ou acrobates, même à des mannequins. Dans le ballet d'Ulysse, deMilon et Persuis (1807), Mlle Aubry, représentant Pallas et assise sur un trône, descendait majestueusement sur la scène dans une gloire. Un nuage accroche cette gloire; le trône est renversé et la pauvre ballerine tombe sur les planches et se casse un bras.
Un des premiers peintres de décors fut Baltazar Pcruzzi. Le cardinal Bibbiena lui fit exécuter des peintures pour la comédie de la Calandra. Au dire de Vasari, cet artiste déploya un talent remarquable à représenter dans un espace restreint un grand nombre d'édifices, de palais, de portiques, d'entablements, de profils, et avec une telle vérité que le spectateur, devant une toile peinte, se croyait transporté au milieu d'une place véritable, tant l'illusion était complète. « Baltazar, ajoute Vasari, sut aussi disposer pour produire ces effets, avec une admirable intelligence, l'éclairage des châssis, ainsi que toutes les machines qui se rapportent au jeu de la scène. »
Depuis l'année 1647 où Giacomo Torelli, appelé par Mazarin, exécuta les décorations peintes de l'opéra à'Orfeo ed Euridice, les Italiens conti" nuèrent à fournir à l'Opéra des décorateurs. Pietro Algieri, peintre vénitien, exécuta en 1749, pour l'opéra de Zoroastre, un temple, un souterrain, et pour Dardanus, une prison, qui furent très admirés.
Ce fut à une reprise du Thésée de Lulli (1765) que le peintre Boquet inventa un nuage qui couvrit tout le théâtre et en disparaissant laissa voir un magnifique palais. Ce procédé a été employé fréquemment depuis cette époque.
Spurni, Baudon et Tardif furent des peintres de décors estimables. Ils se signalèrent dans Ernelinde, princesse de Norvège, opéra de Philidor.
D'autres décorateurs méritent qu'on rappelle leurs noms : Girolamo Genga, Colonna, Mitelli, beaucoup plus tard le chevalier d'Arpino et Neroni. Ils furent les ancêtres de Servandoni, de Degotty, de Bouton, de Daguerre, de Cicéri, de Philastre, Cambon, Séchau, Diéterle, Despléchain, Thierry.
Nous pouvons difficilement concevoir l'effet produit par les décors avec l'éclairage primitif de l'Opéra : jusqu'en l'année 1719 on s'est servi do chandelles.
Le célèbre financier Law fit don à l'administration d'une somme d'argent afin de remplacer les chandelles par des bougies de cire : ce qui eut lieu au mois de décembre de cette même année.
Les appellations côté cour, côté jardin, encore usitées pour la plantation des décors, tirent leur origine du théâtre des Tuileries, où les deux loges royales étaient en face l'une de l'autre. A droite de la scène était celle du roi, à gauche celle de la reine. Les mots côté du roi, côté de la reine, furent remplacés en 1792 par côté de la cour, côté du jardin.
Sous la direction du docteur Véron, en 1851, on fit Laisser le rideau à la fin de chaque acte pour la première fois depuis l'origine de l'Opéra. Les changements de décors étaient anparavant effectués à la vue des spectateurs, qui prenaient plaisir à suivre les évolutions des machines.
Des procèdes beaucoup plus simples en remplacèrent une partie ; car derrière un rideau on n'était pas tenu de donner en spectacle la plantation d'une forêt, la construction d'un palais et l'aménagement d'une salle, et les changements s'opéraient plus économiquement. Si l'art du machiniste y perdit, certainement le directeur réalisa d'assez gros bénéfices, et en somme l'impression produite par l'affabulation et l'action scénique se maintient mieux dans le souvenir, n'étant plus distraite par les préoccupations du regard et d'un ordre secondaire.
LE COSTUME A I.'oPKRA
Ce n'est qu'en 1714 qu'on vit l'habit français faire son apparition sur la scène de l'Opéra, dans les Fêtes de Thalie, opéra-ballet de Lafont, musique de Mouret. Les costumes de ville et d'appartement portés par les acteurs, remplaçant les tuniques, les casques, les cuirasses, les panaches et les manteaux solennels, excitèrent plutôt la curiosité qu'ils ne furent approuvés.
On préférait l'illusion et les inventions de l'imagination à la réalité; on conserva les perruques bouclées, les grandes dentelles autour des bras, les robes à grands ramages, les corps longs et busqués, plus tard les perruques poudrées à blanc d'où pendaient des queues crêpées, et des souliers d'où s'échappaient des flots de rubans.
La convention dans le costume est indispensable au théâtre en dehors du drame bourgeois. Elle a sa raison d'être; dans les sujets historiques, trop d'exactitude archéologique affaiblit l'effet par la distraction qu'elle cause et par la disparate avec la forme poétique et musicale, qui elle aussi est une convention.
A cette époque où les travestissements étaient à la mode, il ne semblait nullement extraordinaire de voir des musiciens de l'orchestre s'affubler des costumes de bergers, de faunes, de muses même, et jouer, sur le