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LE COSTUME A L'OPÉRA

Westminster parmi les grands hommes de l'État, la regardent comme ressuscitée dans Mlle Salle quand elle représente Ariane. » [Mercure de France, avril 1754, page 770.)

Les robes à l'ange ou à la Vierge reçurent ce nom du costume adopté par les acteurs jouant les Mystères.

Uandrienne était une robe longue, ouverte, que l'actrice Mme Dancourt porta en 1705 pour jouer le rôle de Glycérie dans YAndrienne.

Les manches amadis datent de la représentation de YAmadis de Lulli, dans laquelle Mlle Le Rochois portait de longues manches persanes pour jouer le rôle d'Arca bonne.

La steinkerque, que nos acteurs portent encore dans les pièces dont l'action se passe au dix-huitième siècle, était à l'origine une cravate de dentelle que Mlle Le Rochois mit négligemment à son cou après la victoire de Steinkerque, par allusion au costume improvisé des officiers le matin du combat.

La robe biaise et babet était une jupe de soie de couleur changeante, bleue et rose ; elle fut mise cà la mode par Mme Dugazon chantant dans cet ouvrage.

On lui doit aussi les chapeaux à la Nina, comme à Mme Albert la coiffure à la chinoise qu'elle portait dans le Laboureur chinois; on doit à Pantalone, personnage de la comédie italienne, le haut-de-chausse collant de tricot de soie, qui devint le pantalon. Les opéras d'Isabelle et Gertrude, de la Clochette, des Trois Sultanes, des Moissonneurs, donnèrent aussi l'occasion de désigner des bonnets par les noms de gertrudes, de bonnets à la clochette, à la sultane; certaines coiffures s'appelèrent des moissonneuses, des glaneuses.

Ce fut surtout à partir de 1830 que le luxe de la mise en scène prit un accroissement subit et ruineux, au détriment du goût et des plaisirs de l'esprit. Je crois même que la curiosité plus encore que l'imagination s'en est montrée satisfaite.

Au siècle précédent, on ne mettait, que quelques semaines à monter un opéra nouveau. Maintenant on y emploie de longs mois et quelquefois une année entière.

Le romantisme littéraire avec ses manteaux couleur de muraille, ses bonnes lames de Tolède, ses mort et damnation ! avec l'œil fatal du destin, avec les descriptions de costumes puisées dans les romans de Walter Scott, avec les duels à pied, à cheval, à l'épée et à la dague, toute cette fausse résurrection des usages du moyen âge alors si peu connus, a envahi le

théâtre et a peuplé la scène de moines, de cardinaux, de hérauts en dalmatiques armoriées, de pages en maillots mi-partis rouges et blancs, gris et bleus; on y a vu des pas d'armes, des défilés interminables d'archers,, d'arquebusiers, de hallebardiers ; on a vu dans la Juive des services de banquet faits par des cavaliers apportant les plats.

Le goût du jour se portait vers les sujets de l'époque du moyen âge; la mise en scène devint l'objet d'études intéressantes, qui sont toujours depuis demeurées en faveur, mais aussi des plus folles dépenses. La mise en scène de la Juive a coûté 150 000 francs. Celle des Huguenots, J 00 000. Meyerbeer contribua à la dépense dans une large proportion. Déjà il avait fait don à l'Opéra d'un orgue à tuyaux pour la scène du cloître dans Robert le Diable.

Ce fut à l'occasion de la représentation de la Juive qu'on remplaça les

Salle construite par Moreau au Palais-Royal.

accessoires en carton, tels que casques, cuirasses, jambières, etc., par des armures en cuivre et en fer. On a dit que la dépense s'était élevée à 30 000 francs.

La première salle d'Opéra destinée exclusivement à ce genre de spectacle fut construite à l'aile droite du Palais-Royal par l'architecte Moreau, de 1765 à 1770. Elle était d'une ordonnance élégante et offrait quatre rangs de loges, un foyer avec balcon ouvert sur la rue Saint-IIonoré. La dépense s'éleva à 2 581 553 livres. Ce fut dans cette salle qu'on représenta YAlceste, Y Orphée, les deux Iphigénies, VArmide de Gluck, la bidon de Piccinni. Elle fut incendiée le8 juin 1781, à la fin d'une représentation. Le spectacle se terminait alors vers huit heures et demie. La salle de Moreau contenait 2500 places.

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