SALLES DE L'OPÉRA
La seconde salle d'Opéra fut construite par Lenoir en moins de trois mois sur le boulevard Saint-Martin. Les représentations y eurent lieu pendant treize ans. On sait que cette salle fut aussi détruite par un incendie.
L'Opéra fut ensuite installé au Théâtre National élevé aux frais de la Montansier par l'architecte Louis, en 1793, rue de la Loi (rue Richelieu), où se trouve aujourd'hui le square Louvois. Ce théâtre fut fermé en 1820, et détruit à la suite de l'assassinat du duc de Berri.
Après avoir donné des représentations dans la salle Favart et dans la salle Louvois, l'Opéra fut installé en 1821 dans la salle construite rue Lepelletier par l'architecte Dehret. On en a conservé un agréable souvenir. Elle reproduisait dans ses dispositions principales le plan de Louis, les hautes colonnes supportant la voûte de la salle et encadrant plusieurs étages de loges. M. Garnier a aussi conservé cette heureuse plantation de colonnes dans le nouvel Opéra.
La salle de la rue Lepelletier fut détruite par l'incendie dans la nuit du 22 au 25 octobre 1873. Toute provisoire qu'elle fut, elle avait duré cinquante-deux années.
Le personnel de l'Opéra émigra à la salle Yentadour, où les représentations des opéras français et italiens eurent lieu alternativement, au grand préjudice de l'administration du Théâtre-Italien, qui vit son répertoire immobilisé faute de pouvoir vaquer à l'étude de nouveaux ouvrages. Envahi par les décors et un matériel emcombrant, le Théâtre-Italien périclita. On sait le reste. Une direction des beaux-arts prévoyante aurait pu conjurer le désastre et conserver aux gens de goût cette jolie salle Ventadour construite en 1828 par Hervé et Guerchy, dont les abords étaient commodes, la décoration sobre et de bon goût, l'acoustique excellente, où la bonne compagnie aimait à se réunir, salle toute remplie enfin des souvenirs enchanteurs des Persiani, des Frezzolini, des Penco, des Patti, des Albani, et aussi des Mario, des Tamberlick, des Moriani, des Fraschini, des Lablache, des Ronconi.
La construction d'un nouvel Opéra avait été décrétée le 29 septembre 1860. Un concours fut ouvert, et l'année suivante M. Charles Garnier fut choisi par le jury pour exécuter le projet dont il était l'auteur. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de décrire un édifice aussi considérable par sa masse, par le luxe de sa décoration, par les éléments complexes de son style. Il y aurait peut-être lieu de faire observer que l'effet théâtral s'accuse prématurément et que l'œil, ébloui par les splendeurs de l'escalier, ne s'étonne plus assez en présence de celles du spectacle, qu'un peu plus de modération dans l'usage des pompes extérieures aurait rendu plus facile le
crescendo dans les impressions du public. Il est constant que l'architecte du nouvel Opéra a fait preuve de la plus vaste érudition dans toutes les branches de son art, qu'il a su faire appel au concours des artistes les
Le grand escalier du nouvel Opéra de Paris.
plus habiles, que l'heureuse inspiration de son avant-foyer surtout a réuni tous les suffrages.
Le théâtre de la Scala, à Milan, est un des plus renommés du monde. Construit en 1778 par Joseph Piermarini et agrandi en 1814 par l'architecte Canomia, il contient cinq rangs de loges superposées, huit loges d'avant-scène, en tout cent quatre-vingt-quatorze loges, et en plus la loge royale. Trois mille huit cents spectateurs peuvent commodément assister aux représentations.