‹ Histoire de la musiqueChapitre 159 sur 222 · CHAPITRE XVJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVJI

Ce qu'on a appelé opéra comique était à l'origine le vaudeville, pièce mêlée de chants. On jouait ce genre sur les théâtres de la foire Saint- Germain au carrefour dcBucy, et de la foire Saint-Laurent dans le faubourg Saint-Denis. Le premier opéra comique dans la forme qui a prévalu, c'està-dire à l'imitation des pièces italiennes, est celui des Troqueurs de Dauvergne joué en 1755. Les artistes des théâtres forains se réunirent en 1762 à ceux de la comédie italienne et jouèrent des comédies à ariettes qui eurent le plus grand succès et remplacèrent peu à peu les intermèdes italiens. Le nom de Théâtre-Italien resta attaché à la nouvelle salle construite près du boulevard qui s'appela aussi boulevard des Italiens. Ces théâtre payait une redevance annuelle à l'Opéra; elle s'éleva à plus de 40 000 livres.

La Serva Padrona de Pergolèse, le Tom Jones de Philidor, le Déserteur de Monsigny, Zèmire et Azor de Grétry, Euphrosine et Coradin deMéhuI, malgré leur caractère presque opposé, déterminèrent le genre faussement appelé opéra comique qui fit la longue fortune de Feydeau.

L'opéra comique est donc sorti du vaudeville, de la chanson et de la comédie à ariettes. Ce genre devenu sentimental et dramatique a pris des proportions si différentes de ce qu'elles étaient au commencement du siècle qu'il est devenu limitrophe de celui de l'opéra sérieux et aussi de l'opéra

bouffe italien, de sorte que le mot « Opéra-Comique » ne désigne plus que le monument où ont lieu des représentations de divers caractères, depuis celle des Rendez-vous bourgeois de Nicolo jusqu'au drame lyrique de Meyerbeer, le Pardon de Pïoërmel.

Ce fut dans les spectacles forains que la Comédie de chansons fut installée, mélange de chant, de pantomimes, de danses sur la corde raide.

Le théâtre de la foire Saint-Germain était ouvert pendant les mois de février, mars et avril ; celui de la foire Saint-Laurent, pendant ceux de juillet, août et septembre. À peine nées, ces entreprises de plaisirs publics s'attirèrent par leurs farces outrées les sévérités des lieutenants de police. Les auteurs, partisans delà liberté des théâtres, n'ont voulu faire voir dans les répressions dont les représentations des théâtres de la foire étaient l'objet que le bon plaisir du roi voulant conserver à la troupe de ses comédiens le monopole de l'opéra et de la comédie française. Au point de vue de l'art et de la dignité de notre littérature nationale, Jes Parlements voyaient juste et plus loin que nos gouvernants modernes. Ils cherchaient à contenir dans des limites raisonnables l'essor populaire donné à la malice, à la satire et aux grivoiseries, en faisant la part du feu. Ils ne voulaient pas que par l'éclat des décors, par le nombre des acteurs et surtout des actrices, par un orchestre complet, par des moyens de séduction faciles à employer au théâtre, les spectacles forains attirassent trop de monde et exerçassent une fâcheuse influence sur les mœurs publiques. Qui oserait nier les résultats déplorables à tous les points de vue de la multiplicité des petits théâtres, des cabarets où l'on chante des opérettes, non seulement dans la capitale, mais aussi dans la plupart de nos grandes villes? Avec un peu de réflexion on s'expliquera l'interdiction faite aux directeurs des théâtres delà foire de se servir de plus de quatre violons et d'un hautbois. On remarquera que cette ordonnance est de 1678; or à cette époque pouvait-on exécuter sur ces tréteaux autre chose que de misérables bouffonneries? Beaucoup plus tard, nous verrons les administrations se relâcher beaucoup de leur sévérité et laisser vivre et prospérer ces théâtres sans autres entraves que les procès intentés entre rivaux. Mais c'est qu'alors on y jouait des pièces pétillantes d'esprit de Riccoboni, de Lesage, de Fuzelier, de Romagnesi, avec de la musique comme Philidor, Rameau, Dezède, Gresnick, etc., en savaient faire.

Ce qui prouve l'importance de cette industrie dont Dolet, Dominique, Lalauze et Monnet furent les principaux organisateurs, c'est que, quarante ans après, Catherine Yanderberg obtint le privilège du théâtre de la

Page 1