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MÉHUL

quait les regards des républicains. Méhul composa pour l'Opéra la musique de plusieurs ballets, et il déploya son talent dramatique dans des pièces d'un genre mixte où dominent la passion, l'énergie, la peinture des caractères plutôt que la grâce et la verve comique.

À sa suite et presque simultanément arrivent Kreutzer avec Paul et Virginie, Cherubini avec Loioïska, Médée, les Deux Journées, Lesueur avec la Caverne, Berton avec Montano et Stéphanie. La transformation s'accentue;

Clienarcl.

c'était sans doute un progrès, puisque l'Opéra n'aurait pas ouvert ses portes à ces œuvres de proportions autres que celles de la tragédie lyrique. Mais il était à craindre que, le genre de l'Opéra-Comique venant à disparaître, on ne vît les théâtres forains renaître et dominer comme naguère. Fort heureusement il n'en fut rien, grâce à deux excellents musiciens en qui s'était incarné le génie protecteur de Feydeau ; c'étaient Nicolo et Boïeldieu. Dans son opéra intitulé les Rigueurs du cloître, dont les paroles étaient

de Fiévée, c'est-à-dire empreintes des idées de l'époque (1790) sur ou plutôt contre les ordres monastiques, Berton avait écrit des ensembles vigoureux, des scènes fortement dramatiques et préparé ainsi le succès de Mélml, qui, le mois suivant, impressionna plus puissamment encore le public dans le magnifique duo d'Euphrosine et Coradin. L'instrumentation de cet ouvrage est harmonieuse et d'une expression toujours dramatique. Grétry, qui voyait peu à peu ses œuvres disparaître du répertoire, eut la générosité de proclamer Méhul l'émule de Gluck, et d'écrire que ce jeune compositeur possédait à trente ans le talent qu'avait Gliick à soixante; et cela était absolument vrai. La délicieuse partition de Stratonice montra que Méhul s'entendait aussi bien à traiter un sujet antique qu'un mélodrame. La dignité et la tendresse dans l'air de Séleucus « Versez tons vos chagrins dans le sein paternel », la scène admirable de l'apparition de Stratonice qui révèle le mal dont souffre le jeune Antiochus, tout cela était rendu avec un sentiment exquis ; en un mot les ouvrages de Méhul renferment des beautés de premier ordre ; tout aussi bien Mélidore elPhrosine (1794), Àriodant (1799), l'halo, opéra-bouffe (1801), Uthal (1806), que Joseph, son chef-d'œuvre (1807). Ce sujet biblique lui permit de déployer le style grandiose et sévère qu'il affectionnait, pour exprimer les sentiments les plus vrais et les plus forts de la nature. L'instrumentation de Joseph est d'une pureté et d'un charme incomparables. Tout serait à citer : l'air superbe qui commence l'ouvrage, « Vainement Pharaon dans sa reconnaissance », la scène des frères, la romance de Benjamin, le trio « Dieu d'Abraham », le chœur des jeunes filles de Memphis, « Aux accents de notre harmonie », le duo de Jacob et de Benjamin, « 0 toi ! le digne appui d'un père ».

Les opéras qui méritent de fixer l'attention pendant l'intervalle de l'année 1790 à celle de 1804 appartiennent à deux courants presque opposés: l'un tend à agrandir la scène et les moyens d'exécution, à faire représenter des drames en musique; l'autre suit les rives fleuries de la gaieté, et mêle au plaisir de l'oreille celui de la bonne humeur. Les ouvrages les plus importants du premier genre ont été : Paul et Virginie de Kreutzer ; les deux Lodoiska de Kreutzer et de Gherubini (1791); la Caverne, de Lesueur; Bornéo et Juliette, de Steibelt (1793) ; Paul et Virginie, de Lesueur (1794) ; Médée, de Cherubini (1797) ; le Prisonnier, de Délia Maria (1798) ; Montano et Stéphanie, de Berton, dont j'ai déjà parlé, ainsi que les opéras de Dalayrac et de Grétry; les Deux Journées de Cherubini (1800); Aline reine de Golconde, de Berton (1803); Milton, de Spontini (1804).

Quant aux opéras-comiques restés dans la tradition du genre, il y en eut de médiocres, dus à la plume trop facile de Solié, de Gaveaux, de

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