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PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE

Devienne, l'auteur des Visitandines, de Jadin, de Trial, de Champein, de Gresnick, de Plantade, de Bruni, de Blangini ; mais il y en eut aussi de tort agréables; tels sont les premiers ouvrages de Boïeldieu, la Dot de Suzette (1795), les Deux Lettres (1796), la Famille suisse (1797), Zoraïme et Zulnare (1798); V Hôtellerie portugaise, de Cherubini ; le Rendez-vous supposé, deBerton (1798); les Méprises espagnoles, de Boïeldieu; le Délire, de Berton (1799); Beniowski, de Boïeldieu; Annetle et Lubin, de Martini (1800); le Grand Deuil, de Berton ; le Calife de Bagdad, de Boïeldieu; le Tonnelier, de Nicolo (1801); le Concert interrompu, de Berton (1802); Ma Tante Aurore, de Boieldieu ; Picaros et Diego, de Dalayrac; le Baiser et la Quittance (1805). Cet opéra eomique en trois actes obtint peu de succès, quoique le livret ait eu trois auteurs et la musique quatre compositeurs; à Picard, Dieulafoy et de Longcbamps s'associèrent Méhul, Boïeldieu, Kreutzer et jNicolo.

Il n'est resté de la période révolutionnaire que deux chants patriotiques : la Marseillaise, composée par l'officier Bouget de l'Isle pour conduire les soldats français contre l'ennemi, c'est-à-dire l'étranger, et non pour exciter le peuple à la guerre civile, et le Chant du Départ pour la guerre, mâle inspiration de Méhul.

Les hymnes et chants composés à l'occasion des fêtes de la Bévolution n'étaient pas tous sans mérite, puisqu'ils avaient pour auteurs : Lesueur, Berton, Cherubini, Méhul, Dalayrac et Grétry. Ces deux derniers auraient dû s'abstenir en se rappelant les bienfaits de leurs protecteurs, et surtout de leur protectrice, la reine Marie- Antoinette. Ces chants, devant être exécutés en plein air, ont été écrits avec accompagnement de clarinettes, de cors et de bassons. Il n'en est rien resté et il en a été de même des productions théâtrales. Les musiciens avaient beau écrire, Grétry, Joseph Barra et l'Astre de la liberté, Kreutzer, le Siège de Lille, Dalayrac, la Prise de Toulon, Champein, l'Intérieur d'un ménage républicain, Lemoyne, les Vrais Sans-Culottes, Berton, Viala, Jadin, Marat dans les souterrains, Grétry, la Rosière républicaine, Désaugiers, ta Prise de la Bastille : rien de tout cela n'a survécu, et fort heureusement pour la dignité de l'histoire de l'art.

Il faut aussi bien renoncer à la thèse soutenue en faveur du dilettantisme de la Convention qu'à celle de la défense du territoire par les volontaires en sabots. L'institution du Conservatoire a été une restauration de YEcole royale de chant et de déclamation instituée par Louis XYI, qui en confia l'intendance au baron de Breteuil ; cet établissement n'a jamais remplacé les nombreuses maîtrises qui entretenaient en moyenne trente chanteurs dans chacune des cathédrales de France. Le rapport de

Lesueur adressé au premier Consul fait connaître en détail l'organisation et les avantages des maîtrises alors dispersées, lesquelles ne sont pas encore reconstituées après quatre-vingts ans.

Les efforts ne manquèrent pas pour engager les musiciens à s'associer aux événements politiques. Le 18 juillet 1795, la Convention décrète une commune des arts, pensionne une centaine d'artistes, la plupart inconnus, commande des hymnes patriotiques ; mais quelles œuvres pouvait-on attendre au milieu de cette tourmente, lorsque le quatuor de Lucile de Grétry « Où peut-on être mieux » était bruyamment interrompu par le chant sauvage du Ça ira; lorsque après la représentation d'une herquinade, d'une bergerie sentimentale, ou bien celle des infortunes d'une âme sensible, la scène était envahie par des bandes hurlant des imprécations contre les victimes de leur fureur, et exaltant les violences commises dans la même journée!

Pendant la période de l'Empire et de la Restauration les nouveaux compositeurs, doués d'un génie incontestable, qui se succèdent ou occupent simultanément la scène de l'Opéra-Comique, sont Nicolo, Boïeldieu, Hérold et Auber. D'autres, pour briller d'un moindre éclat, n'en ont pas moins obtenu des succès : Berton avec la Romance, Ninette à la Cour et les Maris-Garçons, Gaveaux avec le Bouffe et le Tailleur et M. Deschalumeaux, Catel avec les Artistes par occasion, Paër avec le Maître de chapelle, Carafa avec le Solitaire, le Valet de chambre et Masaniello.

Ce dernier opéra, représenté en 1827, renferme un admirable duo : « Un oiseau qui supporte à peine la lumière ». La Muette d'Auber a fait oublier cet ouvrage, de même que les succès de Rossini sur les scènes italiennes ont maintenu dans la pénombre les opéras de son ami Carafa, qui fut aussi quelquefois son collaborateur. Il est juste de lui rendre ici la justice qui lui est due. Carafa a été un des plus habiles compositeurs du commencement du siècle. Le duo du Valet de chambre est resté classique. Il y a de fort jolies mélodies dans la Violette (1828). L'une d'elles a fourni à Henri Herz l'occasion d'écrire un air varié qui a fait le tour du monde. Les opéras de Jenny (1829) et de la Prison d'Édimbourij (1853) ne doivent pas être totalement oubliés. Mais reprenons cette période à son origine.

L'afféterie et la préciosité qui valurent à Dalayrac tant de succès sous le Directoire de la part des muscadins et des femmes sensibles étaient sincères, et par cela même elles méritent encore notre indulgence, car elles s'accordaient avec le talent.

Nicolo se fit connaître à Paris alors que la société française avait repris un peu d'équilibre et, moins agitée, renaissait aux plaisirs de l'esprit.

MCOLO.

Ayant fait ses études sous la direction de bons musiciens de l'école napolitaine, il avait acquis une grande facilité dans l'art d'écrire et de la souplesse dans le maniement des voix. Doué d'esprit et de verve, il comprit mieux le genre de l'opéra comique que la plupart de ses émules, en ne s'éloignant jamais de l'expression artificielle et de convention qui éveille la sensibilité du spectateur juste assez pour que l'émotion reste un plaisir. Aussi je pense que les opéras de Nicolo et de Boïeldieu sont

Martin.

ceux du répertoire qui répondent le mieux au genre idéal de l'opéra comique. Glissez, n'appuyez pas, telle a été leur devise.

Nicolo écrivit quatorze opéras de 1805 à 1811. Les plus saillants sont : Léonce ou le Fils adoptif, dans lequel Solié fit valoir la romance de Dormeuil devenue populaire : « V Hymen est un lien charmant »; les Rendez-vous bourgeois, un tout petit clief-d'œuvre de verve amusante, de bouffonnerie toujours musicale qui n'a rien de commun avec les grossièretés des opé-

relies modernes; Cendrillon, dont le succès prodigieux ne s'est pas maintenu aux reprises qui en furent faites; le Billet de loterie; l'air « Non-, je ne veux pas chanter » est connu de mes lectrices (1811). Joconde et Jeannot et Colin furent représentés en 1814. L'opéra de Joconde est un des types les mieux réussis du genre opéra comique. Le tour mélodique est facile, l'accord des inspirations du musicien avec le caractère des situations est parfait; l'esprit, la grâce, le style musqué, galant et troubadour rendront toujours cet ouvrage agréable aux gens de goût qui en comprendront et en admettront la donnée. Joconde n'est pas un Don Juan, mais un gentilbomme inconstant, frivole, trop facilement amoureux, toujours aimable, jamais odieux. Il suffit de rappeler la romance « Dans un délire extrême », au refrain proverbial :

Et l'on revient toujours A ses premiers amours ;

le quatuor scénique : « Quand on attend sa belle », et les couplets fins et spirituels : « Parmi les filles du canton ». Le célèbre clianteur Martin a créé avec succès le rôle de Joconde, dans lequel Gbollet a excellé à son tour.

Nicolo n'avait qu'un rival à Feydeau, c'était Boïeldieu, dont le chefd'œuvre, la Dame blanche, n'était pas encore écrit. Mais ses débuts l'avaient fait remarquer. La Dot de Sujette, la Famille suisse (1797), Zoraïme et Zulnare (1798), le Calife de Bagdad (1800), Ma Tante Aurore (1805), avaient révélé ses dons naturels, l'élégance de ses idées, la finesse et la variété de son travail d'instrumentation, et montré le fruit des conseils qu'il recevait de Cherubini pour le contrepoint, de Méhul pour la couleur dramatique, de Rode et de Garât pour le phrasé musical et l'emploi des voix. Pendant les sept années que Boïeldieu passa à Saint-Pétersbourg, Nicolo avait pris possession de la scène; mais à son retour Jean de Paris (1812) le [remit en faveur ; c'était un ouvrage délicieux, tout empreint de cette fantaisie idéale qui charme sans aucun souci de couleur historique ni archéologique. Faire parler à la musique le langage du sentiment, des émotions tendres et gracieuses, des divertissements de l'esprit, telle a été la pensée familière au compositeur et qu'il a réalisée avec tant de bonheur. Elleviou, chanteur et acteur plein de goût, cloué d'une voix exceptionnellement étendue, a interprété le rôle de Jean de Paris avec beaucoup de succès. Les appointements de ce chanteur se sont élevés au chiffre annuel de 84 000 francs.

Elleviou, Martin et Garât ont été les idoles du public au commencement du siècle. Plusieurs actrices jouirent aussi d'une faveur prolongée. Mme Gavaudan chanta agréablement et joua surtout avec succès les rôles des nom-

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