‹ Histoire de la musiqueChapitre 166 sur 222 · BOIELDIEU · texte numérisé non relu

BOIELDIEU

été composés sans le souci de bien faire ? Ce sonl les maîtres du genre comme le sont devenus plus tard Hérold, Auber, Grisar, Halévy, Maillait, Victor Massé.

C'est au milieu d'une constellation d'ouvrages remarquables dont plusieurs sont des chefs-d'œuvre que brilla comme une étoile de première grandeur la Dame blanche. En 1825, en effet, on donnait à l'Odéon des traductions des opéras italiens de Rossini, la Pie voleuse, le Barbier de

Madame Boulanger.

Séville, Othello, la Dame du lac, et des opéras allemands de Weber, Robin des bois et Preciosa ; on venait d'entendre à Feydeau le Concert à la Cour et le Maçon d'Auber.

L'apparition de la Dame blanche excita un enthousiasme tel, que des amis maladroits et des musiciens jaloux des succès de Rossini tentèrent d'établir un parallèle en faveur de Roïeldieu, qui repoussa énergiquement cette prétention : a Quoi qu'on dise ou que l'on fasse, dit-il, je ne prends

des compliments que l'on m'adresse que la part qui me revient. On ne peut toucher à celle que l'Europe a faite à M. Rossini sans donner une preuve d'ingratitude ou de mauvaise foi. » Et en effet il est certain que tous les musiciens français sans exception doivent beaucoup au maître italien, à son imagination féconde, à la diversité de ses procédés de composition, à la couleur de son instrumentation, à ses inventions rythmiques et surtout à la perfection de son art d'écrire. 11 venait de faire entendre le Viaggio à Reims qui est devenu leComteOry, ce chef-d'œuvre de musique vive, pétillante, amoureuse et coquette. On avait assez entendu ses partitions italiennes pour savoir à quoi s'en tenir sur le compte de son génie, et cependant il y eut bien des cabales parmi les musiciens et beaucoup d'injures dans les petits journaux du temps. Il ne fallut rien moins que Moïse, le Siège de Corinthe et Guillaume Tell pour imposer silence à la sottise et à l'envie.

La Dame blanche est restée depuis soixante ans populaire, et l'amateur lui-même ne se lasse pas de ressentir le charme de cette musique accorte, gaie, sentimentale, poétique et expressive. Quoique tout se soit transformé autour de cette partition, elle reste toujours la planche de salut des directeurs dans l'embarras. C'est que Boïeldieu a déployé un art exquis à peindre les caractères, l'insouciance aimable du jeune officier, la poltronnerie du fermier Dickson, la gentillesse de la jeune villageoise, la tendresse de la fidèle Marguerite, la cupidité de l'intendant et jusqu'aux impressions de& paysans dans la scène de la vente. Il faut reconnaître que Boïeldieu, excellent compositeur dramatique et doué des inspirations mélodiques les plus gracieuses, avait peu d'aptitude pour les conceptions purement symphoniques. C'est lui qui a commencé à faire entendre dans les ouvertures les motifs favoris de l'opéra lui-même, tandis qu'avant lui Gluck, Yogel, Cherubini, Grétry, Méhul, avaient composé des ouvertures originales.

11 y a eu là un exemple fâcheux à mon gré, puisqu'il abrège la tâche de l'auteur, et diminue le plaisir de l'auditeur. Il a été suivi depuis par presque tous les compositeurs : Hérold, Àuber, Adolphe Adam.

Méhul a composé pour ses opéras de Joseph, de la Caverne, d'Horatim Codés, du Prince troubadour, de la Chasse du jeune Henri, moins des ouvertures que des pièces symphoniques servant de prologue.

L'opéra-comique les Deux Nuits contient encore des morceaux dignes de l'auteur de la Dame blanche (1829) ; toutefois, soit à cause de l'insuffisance du livret, soit par suite de l'impression produite par les nouveaux arrivants,. Auber, Hérold, Carafa, il ne put rester au répertoire.

Je viens de nommer x\uber. Son nom est en permanence aux portes de

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