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HEROLD

créatrice admirable dans la scène passionnée du dernier acte : « Pourquoi trembler? — Que de grâce et de charmes ! » Le succès qu'obtint Zampa fut encore dépassé par celui du Pré-aux-Clercs, représenté l'année suivante et dont les répétitions abrégèrent la vie du compositeur, qui succomba moins d'un mois après son triomphe.

L'opéra du Pré-avx-Clercs est à mon avis le plus beau fleuron que possède l'Opéra-Comique depuis la Dame blanche, au point de vue de la valeur et du mérite. C'est la perfection dans la grâce et dans l'équilibre de toutes les qualités d'une œuvre musicale. Nulle part, pas même dans les ouvrages de Meyerbeer, ceux joués à l'Opéra-Comique bien entendu, on ne trouve une couleur aussi bien appropriée au sujet, à l'époque et aux habitudes qui s'y rapportent. A la teinte discrète des amours de Mergy et d'Isabelle favorisées par la reine succèdent l'éclat, le mouvement, la gaieté et tout l'entrain de la fête organisée par Cantarelli. Le plaisir du concert ne perd pas ses droits, car Hérold a écrit un accompagnement ravissant pour l'air du deuxième acte : « Jours démon enfance ». Il est inutile de citer le duo « Les rendez-vous de noble compagnie » , le trio syllabique « C'en est fait, le ciel même a reçu nos serments », la scène du bateau, où le récit des violoncelles produit un effet très dramatique. J'insisterai seulement sur le délicieux ensemble si mélancolique chanté dans la scène de l'évanouissement d'Isabelle, et sur le quatuor d'une teinte toute crépusculaire » L'heure nous appelle ». Je le répète, tout est parfait dans cet ouvrage; non seulement on y voit le génie d'un grand musicien, mais aussi l'intelligence d'un homme doué d'un goût exquis. Que l'on compare ce tact français, cette aisance, cette science mises au service des rôles divers : princesses et seigneurs, Jes uns tout au plaisir et à la vanité, les autres tout à l'honneur, l'intrigant italien, l'honnête monsieur Girot, la gentille Nicette, les soldats du guet, tout cela parle et chante selon son rang et son caractère avec l'effet musical propre à chaque situation. Que l'on compare, dis-je, ce style et ces procédés avec le style et les moyens employés par Meyerbeer dans l'Etoile du Nord, même dans le Pardon de JJloermel ! C'était bien le cas de dire à ce géant musical : « Ne forçons point notre talent ». Tant de hautes qualités n'ont nullement empêché Hérold d'être partout lumineux, sobre, limpide et varié. Son travail est complexe, rempli de détails, et cependant on saisit tout.

Les compositeurs qui se sont fait connaître parle succès de leurs ouvrages à l'Opéra-Comique ou au Théâtre-Lyrique depuis une cinquantaine d'années sont Adolphe Adam, Halévy, Albert Grisar, Ambroise Thomas, Clapisson, Yictor Massé, Gounod, Boulanger, Bazin, Reyer, Maillart, Félicien David, Reber, Limnander.

Donizetli, Flotow, Balfe et Meyerbeer ont aussi sacrifié aux grâces dans la salle Feydeau, mais leur œuvre principal est ailleurs.

Il faut aussi retenir les noms d'autres artistes de mérite, doués d'inspiration ou de goût, ou d'instruction musicale, dont les ouvrages ont eu la destinée des étoiles filantes : Monpou avec les Deux Reines et son « Beau navire au grand mât pavoisé », Labarre avec son bel air de basse des Deux Familles, Semet, Gevaert, Deffès, Nibelle, Jonas, Duprato, Guiraud, Paladilhe.

Comme je trace ici à grands traits l'histoire du genre de musique qui a été attribué à l'Opéra-Comique et aux théâtres lyriques, et non pas celle des musiciens plus ou moins célèbres, que j'ai traitée sous la forme qui lui convient, je dois tout d'abord indiquer les divers jalons jetés sur notre route et sur lesquels les yeux se fixent d'abord. En suivant un ordre chronologique, je trouve, en dehors des opéras d'Auberr de Carafa et d'Hérold, dont il vient d'être parlé : le Chalet, d'Adolphe Adam (1854); l'Éclair, d'Halévy (1855); les Mousquetaires de la reine, d'Halévy (1846); Gilles ravisseur, de Grisar (1848); le Val d'Andorre, d'Halévy (1848); le Caïd, d'Ambroise Thomas (1849); les Monténégrins, de Limnander (1849); les Porcherons, de Grisar (1849); le Songe d'une nuit d'été, d'Ambroise Thomas (1850) ; Giralda, d'Adam (1850); la Perle du Brésil, de Félicien David (1851); Galatée (1852) et les Noces de Jeannette (1855), de Victor Massé; les Papillotes de M. Benoist, de Reber (1855); l'Étoile du Nord, de Meyerbeer (1854); le Chien du Jardinier, de Grisar (1855); les Dragons de Villars, de Maillart (1856); la Reine Topaze, de Victor Massé (1856); le Médecin malgré lui, de Gounod (1858); Faust, de Gounod (1859); le Pardon de Ploermel, de Meyerbeer (1859) ; Pliilémon et Baucis, de Gounod (1860) ; la Statue, de Reyer (1861); Lalla-Boukh, de Félicien David (1862); Mireille, de Gounod (1864); Mignon, d'Ambroise Thomas (1866); Roméo et Juliette, de Gounod (1867); l'Ombre, de Flotow (1870); Paul et Virginie, de Victor Massé (1876); Dimitri, de «foncières (1876); Cinq-Mars, de Gounod (1877).

Je ne rangerai pas Carmen, de Bizet (1875), parmi les ouvrages qui précèdent et qui doivent rester au répertoire, parce que, la musique fût-elle aussi intéressante qu'elle est inégale et de facture hybride, elle ne pourrait racheter la honte d'un pareil sujet, lequel depuis deux siècles n'avait jamais déshonoré une scène destinée aux plaisirs délicats et aux divertissements de la bonne compagnie, et encore moins les Contes d'Hoffmann, d'Offenbach, ouvrage sans valeur. Quant à Lackmé de M. Delibes, cet ouvrage n'offre d'intéressant qu'un assez joli nocturne; ce n'est pas assez pour être mis à la suite des opéras que j'ai cités.

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