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ZINGARELLI

musicien cependant osa lui résister avec une opiniâtreté qu'il ne put vaincre. Ce musicien fut Zingarelli, maître de chapelle de Saint-Pierre. L'ordre de célébrer la naissance du roi de Rome en chantant un Te Deum était expédié: on fait les préparatifs nécessaires; mais, le jour de l'exécution, Zingarelli ne paraît pas : il a mis les parties de musique en lieu sûr, il a congédié les musiciens en déclarant qu'aucune considération ne les lui fera convoquer; qu'il ne reconnaîtra jamais l'usurpation des droits et du titre de souverain de Rome en faveur du fils de l'empereur que les Français se sont donné; force fut aux fonctionnaires religieux, civils et militaires de se retirer sans avoir remercié le ciel de la naissance de ce futur roi. Napoléon, informé par le préfet de cet événement, lui fit donner l'ordre d'arrêter Zingarelli et de le faire conduire dans un fourgon de brigade en brigade de Rome à Paris. Le compositeur ne s'en effraya pas; ce fut le préfet qui prit sur lui de le laisser partir sur sa parole dans une berline. Zingarelli, arrivé à Paris, s'installe au boulevard des Italiens dans la maison habitée alors par Grétry et attend les ordres de l'empereur. Ici la scène change. En présence d'un caractère aussi viril, aussi honnête, l'orgueil tyrannique fléchit et l'on eut recours à la diplomatie pour obtenir par la satisfaction de l'amour-propre du compositeur ce qu'on n'avait pu gagner par les menaces et la colère. Un envoyé du cardinal Fesch se présente chez Zingarelli, s'informe avec sollicitude de sa santé qui a pu souffrir des fatigues de la route, et lui offre mille écus pour l'indemniser du voyage entrepris par ses ordres. Deux mois s'écoulent et le musicien se croyait oublié, lorsqu'un nouveau messager se présente et lui transmet la commande d'une messe avec chœurs et symphonie qui devra être exécutée le 12 du même mois... ; Zingarelli ne fait aucune difficulté de composer une messe; huit jours lui suffisent pour l'écrire. Elle est exécutée et fort admirée. Il reçoit cinq mille francs avec les compliments les plus flatteurs ; on lui demande un Stabat pour être exécuté le mois suivant (le 27 février) au palais de l'Elysée. Zingarelli obtient encore tous les suffrages. Son œuvre avait pour interprètes Crescentini, le merveilleux sopraniste, Lays, Nourrit père, Mmes Branchu et Armand. Ladurner, qui fut le maître d'Auber, accompagnait sur un orgue expressif inventé par Grenié. Ici encore se place un incident curieux. Arrivé au verset : Vidit suum dulcem nalum, soit par l'effet d'une entente avec le compositeur, soit inspiration subite, Crescentini demanda à s'accompagner lui-même ; Zingarelli se croisa les bras pendant l'exécution de ce verset qui offrait une allusion trop évidente à l'événement de famille pour qu'on ne soulignât pas les mots par des applaudissements et qu'on ne les fit pas répéter au chanteur.

En somme le Stabat eut beaucoup de succès. On vit néanmoins qu'on ne triompherait jamais d'un homme de principes aussi inflexibles que Zingarelli dont on ne pouvait obtenir l'hommage d'un sujet, et on le laissa libre d'aller reprendre ses fonctions de maître de chapelle de Saint-Pierre ; il en profita immédiatement.

Un détail peut prouver que Napoléon s'intéressait aux œuvres musicales d'un caractère élevé, au point de se préoccuper des conditions matérielles de leur production. Après avoir entendu l'oratorio de Deborah, composé par Lesueur, il dit à brûle-pourpoint au compositeur : « Combien avez-vous fait de messes ou d'oratorios? — Sire, vingt-deux. — Monsieur Lesueur, je vous accorde deux mille quatre cents francs de pension pour payer le papier que vous savez si bien employer. C'est encore une dépense et je veux qu'elle soit à mah carge. »

Sous le règne de Charles X, Lesueur et Cherubini furent nommés surintendants et compositeurs de la chapelle royale, "Plantade et Valentino, maîtres de musique. Les artistes récitants étaient au nombre de douze, parmi lesquels brillaient Ponchard, Alexis Dupont, Mmes Lemonnier, Dabadic. Il y avait quarante choristes. L'orchestre était formé de symphonistes excellents ; il suffit de rappeler les noms de quelques-uns d'entre eux : Baillot, Kreubé, Libon, Habeneck, A. Kreutzer, ïilmant, Norblin, Gelineck, Tulou, Yogi, Duvernoy, Dacosta, Mengal, Gebauer, Naderman, les accompagnateurs Piccinni et Pradher, les organistes Benoist et Séjan.

Quant à la musique de la chambre, dirigée par Paër, assisté de Blangini et de Boïeldieu comme accompagnateurs, la plupart des artistes de la chapelle y prenaient part. Mme Damoreau en était V étoile, bien secondée par le ténor Bordogni, par les basses Consul et Levasseur; le violoniste le plus en vue était Lafont.

Les belles compositions de Lesueur et de Cherubini rendront, à jamais mémorables dans l'histoire de la musique les trente premières années de ce siècle. Depuis 1850 il n'y a rien eu à signaler de remarquable, pas plus pendant les dix-huit années du règne de Louis-Philippe que pendant le second Empire, où la musique de la chapelle des Tuileries, confiée à la direction d'Auber, a été réduite à si peu de chose que jamais il n'en a été fait mention nulle part. Ce grand art de la musique sacrée n'est plus cultivé que dans- quelques églises, avec des ressources insuffisantes pour obtenir une bonne exécution. Peu de compositeurs s'adonnent à ce genre. La musique dramatique occupe le terrain musical presque tout entier.

L'influence sur les beaux-arts des corps constitués tels que Parlements,

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