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CONCERT SPIRITUEL

tution fut de plus en plus détournée de son objet par l'amour-propre des virtuoses et le goûl frivole des auditeurs. Les ouvrages de grand style étaient remplacés par le violon brillant de Gaviniès et par la voix de hautecontre du chanteur Legros, qui dirigea le Concert spirituel depuis l'année 1777 jusqu'à sa suppression en 1791.

Tandis qu'en Italie, en Allemagne, en Angleterre, on exécutait des oratorios, des messes, des motets, des psaumes en latin ou dans la langue na-

Sébastien Érard. (Pago 702.)

tionale, on ne put obtenir de la société française un concours suffisant pour conserver au Concert spirituel son caractère primitif; il n'a pu subsister qu'à la faveur de sa promiscuité avec l'Opéra. Non seulement c'étaient les mêmes artistes qui s'y faisaient entendre, mais ils ne craignaient pas d'y revêtir des costumes de théâtre. Bien plus, le Concert spirituel servit de prétexte aux intendants de la musique du roi pour éprouver le talent des artistes qu'on destinait à chanter les opéras. Avant que cette mauvaise

coutume s'établît, les chanteurs débutaient dans les prologues ; dès l'année 1750, c'est-à-dire cinq ans après la création du Concert spirituel, le débutant, en costume de théâtre, de prince ou de berger, selon ses prétentions ou le rôle qu'on lui destinait, venait chanter au milieu des choristes un motet ou un psaume. C'était d'un ridicule achevé. Les morceaux religieux de Lalande, tels que VExurgat Deus, le Dominus regnavit, YExaudiat Deus, et des motets de Philidor furent entremêlés d'airs d'opéras chantés par

Dussek. [Page Ifri:

Duparc, casque en tête et revêtu d'une cuirasse, par Jéliotte en berger galant, par Muguet, la Tour, Legros, par Mlle Delcambre.

Ce qui peut atténuer l'impression choquante que nous cause ce mélange du sacré et du profane, c'est que les variétés du costume étaient alors dans les habitudes journalières; les divertissements, les décorations, les travestissements étaient dans les goûts du public. Les femmes se faisaient peindre en nymphe ou en bergère, en Diane, en reine ou en jeune captive avec

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