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MADAME BRANCHU, MADEMOISELLE FALCON

plus tragiques. A quoi a tenu cette différence, si ce n'est au goût de notre public français, plus logique peut-être, mais assurément moins idéaliste, à une préoccupation plus constante de la vérité dramatique? Je répète ici les noms des principales chanteuses de l'Opéra jusqu'à Mlle Falcon et Mme Stollz : Mlles Le Maure, Antier, Maupin, Sophie Arnould , de Metz, Laguerre , Mme Saint -Huberty, Mlle Maillard, Mme Branchu.

Les chanteuses légères qui ont précédé dans celte branche de l'art vocal Mines Damoreau et Dorus sont : Mlles Pélissier, de Fel, Coupée, Lemière (Mme Larrivée), Petitpas, de Beaumesnil, Carie Yanloo, Mmes Gavaudan, Henry. Mlle La ure Cinthie Montalant, depuis Mme Cinti-Damoreau, une des plus brillantes illustrations de l'art du chant, avait remporté les récompenses au Conservatoire non seulement comme chanteuse, mais aussi comme pianiste. Elle embrassa d'abord la carrière italienne. Elle la quitta au bout de dix ans et fit ses débuts à l'Opéra en 1826, dans le rôle d'Amazili de Fernand Cortez de Spontini. Mme Damoreau a eu en outre un enseignement très brillant.

Le nom de Mme Branchu reste atlaché au chef-d'œuvre de Spontini, à la Vestale. Elle débuta à l'Opéra dans le rôle d'Antigone d'Œdipe à Colorie, de Sacchini, en 1798, et elle s'appelait alors Mlle Chevalier.

Mlle Falcon, après avoir chanté les rôles d'Alice dans Robert, de Rachel dans la Juive avec le plus grand succès, s'était éloignée pendant quelque temps, pour cause de maladie. Elle reparut dans les Huguenots en 1858, mais se vit obligée de se rendre en Italie pour rétablir sa voix. Au bout de deux ans, elle se crut en état de reprendre les rôles qui lui avaient valu de si beaux triomphes. Le 14 mars 1840, elle devait chanter la Juive et le quatrième acte des Huguenots. Le public l'accueille chaleureusement. Mais l'émotion agit sur ses cordes vocales, et, par un phénomène singulier, les sons graves et aigus se font seuls entendre ; tout le médium manque. La pauvre Falcon tombe évanouie dans les bras de Duprez. Celte représentation s'est achevée au milieu d'une tristesse générale. La cantatrice était aimée, et son nom est resté pour désigner le registre d'une voix et le caractère dramatique d'un rôle. Au moment où j'écris ces lignes, Mme Malançon a atteint l'âge de soixante-douze ans et vit retirée dans le quartier de la Chaussée-d'Antin.

Un certain nombre d'artistes de réputation sont sortis des rangs des choristes : Mmes Maupin, de Fel, Gavaudan, Maillard, Henri, Sontag, Unger, Laborde; les chanteurs Gueymard, Renard, Sellier et bien d'autres; autrefois, Cochereau, de Chassé, Larrivée, Lainez, Chéron, Chollet, Boulard;

le musicien Candeille; deux futurs savants théoriciens, Perne et Villoloan ; enfin Berlioz lui-même, qui chanla clans les chœurs d'un petit théâtre. Le chanteur célèhre Rubini a été choriste au Théâtre-Italien de Paris.

La musique vocale et symphonique a toujours tenu peu de place à la Comédie Française. Lorsqu'il y avait dans les comédies des parties chantées ou jouées sur des instruments, les musiciens et musiciennes n'étaient pas sur le théâtre, mais exécutaient la musique dans des loges grillées. Ce fut à la représentation de Psyché de Molière, Corneille et Quinault, qui eut lieu au théâtre des Tuileries en 1671, qu'on surmonta cet obstacle. La Grange nous apprend qu'au moyen d'une légère dépense « on trouva des personnes qui chantèrent sur le théâtre à visage découvert, habillées comme les comédiens ».

Tant qu'il y eut des maîtres sentant le poids de leur responsabilité comme Lulli, l'intendant musical privilégié de Louis XIV, l'Opéra fut dirigé avec autant d'intelligence que de fermeté et de succès. Mais, tandis qu'en Italie et en Allemagne l'art musical dramatique était regardé comme un plaisir noble, estimable à cause de l'intelligence et du talent qu'il fallait y déployer, tant sous le rapport de la composition que sous celui de l'interprétation, il en était autrement en France. L'Opéra, tout en ayant reçu le nom d'Académie royale de musique, a été considéré, surtout après Lulli et jusque vers le commencement de ce siècle, comme un lieu où toute licence était permise, et l'on ne peut se faire aucune idée des excès auxquels se livraient les opulents libertins qui y obtenaient et exigeaient leurs entrées. 11 en résultait que toute direction sérieuse était impossible et que les administrations eurent constamment des déficits énormes. Tantôt c'était Mlle Le Maure quittant la scène au milieu de la représentation de Jephlé, tantôt Mlle Pélissier et Mlle Petitpas chassées de l'Opéra pour leurs mœurs dissolues et y rentrant par la protection de hauts personnages, même d'ambassadeurs. C'est Mlle Leduc, simple figurante, étalant un luxe scandaleux à Longchamp, dans un carrosse à six chevaux, et couverte de diamants par le prince de Clermont. En 1781, Mlle Laguerre se présenta sur la scène pour chanter le rôle d'Iphigénie en Aulide dans un état d'ébriété complet. « C'est Iphigénie en Champagne », dit Sophie Arnould. On l'envoya au For-1'Évèque faire des réflexions sur les avantages de la tempérance*

La dépense de l'Académie, qiii était sous Louis XIV, en 1715, de 07 050 livres, s'élevait en 1755 à 411080 livres; On ne craignait pas de

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