DROIT DES PAUVRES
faire intervenir des lettres de cachet pour envoyer au For-PEvêque des actrices dont on avait à se plaindre légitimement ou non. On alla jusqu'à les employer pour engager des sujets au théâtre. Ces déplorables abus étaient aussi nuisibles à ceux qui en profitaient qu'à ceux qui en étaient victimes, et irritaient à juste titre les honnêtes gens et le peuple qui en étaient témoins. On vit des femmes du monde pousser leur passion pour des chanteurs jusqu'à se battre en duel à l'épée et. au pistolet.
En 1757, l'Opéra devait 1 200 000 livres. La Ville de Paris les paya, afin que Rebel et Francœur, administrateurs habiles, prissent la direction de l'Académie.
Le droit des pauvres restait à l'état de lettre morte au milieu de ce gaspillage. L'institution de ce droit remonte à l'année 1099. Par lettres patentes en date du 25 février, Louis XIV accorda à l'Hôpital général de Paris un sixième sur les recettes de l'Académie de musique.
Les représentations devaient être assez mal réglées, si l'on en croit lady Montaguc, qui écrivait en 1718 : « La musique de l'Opéra est rebutante, abominable pour ceux qui viennent d'ilalie. La salle de ce grand théâtre lyrique est un taudis, en comparaison de celle de Hay-Market. »
On a dit souvent et l'on a eu trop raison de dire que des femmes du inonde s'habillaient comme les actrices et recevaient d'elles des leçons de toilettes plus ou moins élégantes. Croirait-on qu'il en a été de même des muscadins du dix-huitième siècle et que des hommes appartenant aux classes élevées s'abaissèrent à adopter l'usage de porter sur leur habit un ruban dont le danseur Pécourt entourait son cou, en laissant pendre les bouts sur sa poitrine, lorsqu'il dansait la chaconne de Thésée. Ce ruban, appelé chaconne, se voit dans les portraits de personnages considérables des dix-septième et dix-huitième siècles, et l'on croirait manquer à la fidélité du costume si on l'omettait au théâtre.
Les directeurs de l'Opéra faisaient usage, pour recruter le personnel nécessaire aux représentations, chanteuses, danseuses, figurantes, d'un privilège odieux. Celait dans les bâtiments de l'administration, rue Saint- Nicaise, que se faisaient les présentations des sujets et les études. On appelait ce lieu le magasin. Lorsqu'une fille en avait franchi le seuil, elle se trouvait par ce fait émancipée de la tutelle de sa famille, maîtresse de ses actions et à la merci de toutes les séductions, sans qu'aucune autorité pût la protéger ni la faire sortir de ce milieu. En outre, une lettre de cachet pouvait la faire conduire au For-PEvêque sur la simple dénonciation de quelque personnage influent.
Origine des feuJc. — '• De temps immémorial} les musiciens attachés ail
service de la cour, soit pour la musique de la chapelle, soit pour les concerts et représentations théâtrales, recevaient au moins à toutes les fêtes des indemnités et gratifications en nature, sous le nom de pain et vin. Cet usage fut pratiqué également sous les différentes directions de l'Opéra jusque vers l'année 1700, aussi bien à l'égard des symphonistes que des artistes du chant et de la danse. Les musiciens demandèrent alors que celte gratification en nature fût convertie en une somme d'argent : ce qui eut lieu, tout en conservant la dénomination de pain et vin. C'est ainsi que Mlle Péliss.ier touchait comme appointements quatre mille livres par an, plus mille livres de pain et vin. Lorsque, en 1719, par la libéralité de Law, on remplaça les chandelles par des bougies dans la salle, les artistes réclamèrent ce luxe d'éclairage pour leurs loges. L'indemnité qu'ils reçurent fut à cette occasion confondue avec celle du pain et vin et prit le nom de feux.
On a vu dans un chapitre précédent que l'abaissement de l'art avait été en raison directe de la multiplicité des théâtres pendant la période révolutionnaire. L'empereur Napoléon Ier le comprit et promulgua le décret suivant, dont je donne ici un extrait :