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DECRET DU 27 JUILLET

« IV. Le maximum du nombre des théâtres de Paris est iïxé à huit; en conséquence, sont seuls autorisés à ouvrir, afficher et représenter, indépendamment des quatre grands théâtres (Opéra, Comédie Française, Opéra- Comique, Louvois), les entrepreneurs ou administrateurs des théâtres suivants : le théâtre de la Gaîté, établi en 1760; celui de l'Ambigu-Comique, établi en 1772; le théâtre des Variétés, boulevard Montmartre, établi en 1777, et le théâtre du Vaudeville, établi en 1792. »

Ce décret fut mis à exécution le 15 août suivant. Vingt-cinq théâtres de Paris furent supprimés, sans compter cent cinquante petits théâtres bourgeois établis de 1798 à 1806, et les théâtres de café où l'on jouait de petites scènes : les cafés Godet, Guillaume, de l'hôtel des Fermes, de la Jeune Malaga, etc.

Dès l'année 1858, ces règlements protecteurs des arts, du goût et de la littérature ont été abrogés de fait. En 1868, la liberté d'exploiter tel théâtre que ce soit et d'y faire jouer quoi que ce soit, a été accordée par le

gouvernement, érigeant ainsi en droit ce qui, depuis dix ans, avait été toléré çà et là au profit d'amateurs privilégiés. Le nombre des théâtres appelés théâtres de genre et des cafés-concerts s'est accru considérablement an détriment des intérêts de Fart, des artistes et de la société française.

Un coup d'œil jeté sur les institutions italiennes suffira pour expliquer le grand nombre de musiciens et d'ouvrages dans tous les genres qui lui ont valu de conserver longtemps le sceptre musical dans le monde civilisé. Jl n'y a pas de ville importante qui n'ait un conservatoire. L'Académie pontificale de Sainte-Cécile de Rome, l'ordre des Oratoriens fondé par saint Philippe de Néri, l'ami et le confesseur du grand Palestrina, ont donné depuis le seizième siècle une impulsion constante à la production d'ouvrages de musique sacrée ; au lieu d'un seul établissement, le Conservatoire de San Pietro a Majella, lequel d'ailleurs est peut-être le plus fortement constitué de l'Europe, Naples en possédait six : il Conservatorio dei Poveri di Gesù-Cristo, il Conservatorio di San Onofrio a Capuana; il Conservatorio di Santa Maria di Loreto; il Conservatorio délia Pietà di Turchini; l'Ecole de l 'Annunziata et celle di San Eligio pour les jeunes personnes.

C'est de ces établissements, entretenus par une charité intelligente, que depuis trois siècles sont sortis les plus grands musiciens de l'Italie : Scarlatti, Porpora, Léo, Durante, Pergolèse, Piccinni, Sacchini, Jomelli, Cimarosa, Paisiello, Guglielmi, Zingarelli, Mercadante, Donizetti, Bellini. Le Conservatoire actuel a pour directeur M. le commandeur Lauro Rossi.

Cet établissement n'est pas seulement, comme ceux de France, une école de musique; on y donne aux élèves une instruction étendue. C'est ainsi que l'instruction littéraire comprend la grammaire italienne, la littérature, l'histoire politique, la géographie, la littérature dramatique, l'histoire de la musique, la grammaire et la prosodie latines, la langue française, la calligraphie, la copie musicale, les mathématiques et enfin l'instruction religieuse. L'école de composition dure huit ans. Ce programme serait de nature à faire réfléchir ceux de nos directeurs des beaux-arts qui se soucieraient des intérêts de la classe nombreuse de nos jeunes musiciens.

On remarquera que la calligraphie et la copie de musique font partie du programme. Il n'y a pas de longues années que les partitions des ouvrages sont gravées. Au siècle dernier elles étaient copiées et l'auteur se réservait

la vente des exemplaires manuscrits. Il en était de môme des airs et ariettes. 11 était donc fort utile d'apprendre à copier lisiblement la musique. C'est là une bonne habitude que nos musiciens devraient contracter. Ce que nous entendons par l'art d'écrire, diffère totalement de l'habileté d'un copiste. Il consiste à exprimer avec facilité et clarté des idées musicales, ainsi que l'harmonie et l'instrumentation, à l'aide de tous les signes figuratifs. Mais il est certain qu'en raison de la multiplicité de ces signes et de leurs innombrables combinaisons, le musicien a tout intérêt à les écrire lisiblement s'il veut en rendre la lecture et l'exécution faciles.

C'est la copie de musique qui a donné lieu à l'invention de la lithographie. Sennefelder était choriste au théâtre de Munich et copiste. Voulant abréger son travail, il chercha et trouva le moyen de reproduire et de multiplier les exemplaires de sa copie. Il exposa sa découverte en 1819, mais elle ne servit pas à l'objet qu'il s'était proposé. On continua à graver la musique sur des planches d'étain ou de zinc, à employer la typographie ou d'autres procédés, appelés du nom de leurs inventeurs : Tantenstein, Duverger, Curmer. Un des plus parfaits, mais dispendieux, est celui qui a été combiné par M. Hachette père, M. Lahure et l'auteur de cet ouvrage, dans la publication des livres de chants religieux en notation moderne intitulés : Eucologe en musique et paroissien romain noté en musique. La lithographie est employée par les éditeurs de musique, pour les tirages en nombre de planches d'étain gravées, dont on transporte l'empreinte sur la pierre, ce qui donne un résultat satisfaisant et plus net qu'en tirant sur les planches mômes. En outre, le procédé a l'avantage de ne pas fatiguer celles-ci, puisqu'elles ne passent plus sous la presse.

Venise a eu jadis ses Conservatoires, c'étaient aussi des fondations pieuses. Ils étaient au nombre de quatre. 11 ne reste plus qu'une Société philharmonique.

Le Conservatoire de Milan est une sorte d'université. Il a été fondé en 1807, et eut pour premier directeur, Censore delï lslititto, Asioli. Des artistes célèbres y ont été formés: Alari, Gordigiani, Cagnoni, Fumagalli, le violoniste Arditi, le contrebassiste Bottesini, les cantatrices Giuditta Grisi et Brambilla.

L'instruction y est aussi étendue qu'au Conservatoire de Naples. Minoja, Basily, Vaccaj, Lauro Rossi, Mazzucato, Melzi se succédèrent comme direc- [eurs. Le professeur de chant Lamperti s'y est acquis une célébrité telle, que les meilleures cantatrices de l'Europe allaient prendre ses conseils.

La bibliothèque du Conservatoire de Milan, déjà fort nombreuse, s'est

enrichie des dons faits par deux éditeurs de grand renom, MM. GiuJio Ricordi, le directeur de la Gazette musicale, et Lucca.

M. le chevalier Van Elewyck, un des plus savants maitres de chapelle de la Belgique, a fait une étude très détaillée des Conservatoires d'Italie, dans une mission qui lui a été confiée par le gouvernement de son pays (De l'état actuel de la musique en Italie. Rapport officiel, Bruxelles, 1875). Je lui ai emprunté plusieurs renseignements se rapportant à l'objet de ce livre. «. La ville de Milan, dit-il, par son Conservatoire, par ses écoles populaires, par sa maîtrise, par son école de Sainte-Cécile, par ses grands éditeurs, par sa presse musicale, est en quelque sorte la capitale des musiciens de l'Italie. C'est un milieu d'où rayonne un grand mouvement intellectuel. Nulle part l'observateur et le critique ne peuvent faire un séjour plus intéressant et plus instructif. »

Pour être moins favorisées que Naples et Milan, Gènes, Florence, Pise, Padoue, Bergame, Modène, Parme, Plaisance jouissent d'établissements très favorables à la conservation du goût musical inné des Italiens. Bologne surtout reste fidèle à de glorieuses traditions. Bossini avait conservé pour cette ville, où il avait fait ses études, sous la direction du P. Mattei, une vive affection. Dans le cours de sa brillante carrière, il y revenait souvent. Il s'y était même retiré dans un hôtel qu'il avait fait construire en 1848. Les révolutionnaires, connaissant son attachement à la cause du grand pontife Pie IX et des princes italiens, lui rendirent le séjour insupportable par leurs vexations. On lui prit ses deux vieux chevaux pour traîner des canons : l'un creva à la première étape. On voulut l'enrôler dans la garde nationale. Bref, il dut quitter avec larmes la maison qu'il avait fait construire pour y passer dans la retraite les dernières années d'une vie aussi laborieuse que brillante, et il vint redemander à la France un asile que déjà d'autres révolutionnaires lui avaient disputé en 1850.

Ce fut à Bologne que le chanoine Artusi combattit les principes de modulation de Monteverde. À la fin du seizième siècle, Ercolo Bottrigari publia ses travaux sur la musique des Grecs. Au dix-huitième siècle, le P. Martini écrivit sa Storia délia musica, son Saggio fondamentale pratico di contrappunto et fut l'oracle le plus consulté. Le Liceo comunale, Y Accademia /Harmonica, la maîtrise de San Petronio doivent être signalés comme ayant conservé plus fidèlement que dans le reste de la Péninsule le goût de l'ancien style classique et des harmonies sévères. Morlacchi, un des plus habiles musiciens de l'Italie, appartient à l'école musicale bolonaise.

Je ne saurais abandonner cette excursion dans les Conservatoires qui existent hors de France, sans donner une mention toute spéciale aux Conscr-

vatoires de Belgique, surtout à celui de Bruxelles, dont Fétis a été le savant directeur. M. Gevaert, qui lui a succédé, joint une vaste érudition à un talent de compositeur fort distingué. Tout respire dans cet établissement l'amour de l'art, des études historiques, et il y règne surtout un esprit libéral qui n'exclut pas les œuvres glorieuses des maîtres du passé, au profit de renommées contemporaines. Les programmes des concerts donnés dans cet établissement sont rédigés avec un éclectisme aussi utile qu'intelligent.

On ne devrait pas plus bannir de l'instruction musicale les ouvrages des grands musiciens des trois derniers siècles, que de l'instruction littéraire les chefs-d'œuvre des grands écrivains.

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