WEBER, MENDELSSOHN
1ère. L'une et l'autre se ressentent du romantisme littéraire, poétique, sincère et enthousiaste en Allemagne qui puisait sa force clans les traditions et les légendes germaniques et Scandinaves. Les ouvertures de Preciosa, d'Oberon, d'Euryanthe, de Freischùtz offrent des effets pittoresques qui en font autant de symphonies dramatisées toutes spéciales. Wcber a tiré des sonorités poétiques des instruments à vent, surtout des clarinettes, des cors et des bassons.
Aucun compositeur n'a traité avec plus d'originalité que lui le genre fantastique ; mais si l'instrumentation de la scène de la fonte des balles dans le Freischùtz, de la marche des bohémiens dans Preciosa, de la ronde de nuit dans Oberon, du chœur des chasseurs dans Euryanthe, produit autant d'effet, c'est parce qu'elle est comme le vêtement qui couvre et pare des idées réelles, des inspirations mélodiques ayant leur valeur propre, à tel point que traduites sur un instrument d'un seul timbre, comme le piano, elles conservent leur charme poétique et tous les mérites de la composition originale. C'est une grave erreur que d'attribuer au coloris de l'orchestre une importance telle qu'il soit à lui seul un élément de la composition. De même que les plus grands coloristes peintres ont tous été d'habiles dessinateurs, pour les véritables compositeurs la sonorité, la variété des timbres, le coloris instrumental, ne sont que des moyens de rendre les idées mélodiques et harmoniques plus sensibles, de les exprimer avec plus de charme et de puissance. Il ne suffit pas à un orateur d'avoir un bel organe; il faut qu'il s'en serve pour exprimer des pensées. Boileau, qui était d'une complexion délicate, discutait un jour avec Chapelain, dont la voix était formidable. Fatigué de ne pouvoir se faire entendre, « Que peut la raison, avec un filet de voix, dit-il, contre une gueule comme celle-là? »
Mendelssohn a été le successeur le plus digne qu'aient eu les grands symphonistes. Ses œuvres sont semées d'idées neuves et distinguées; l'instrumentation en est excellente; néanmoins l'impression qu'elles laissent à l'auditeur est un peu froide. Il est à remarquer que dans la plupart de ses compositions le mode mineur domine, ce qui répand sur elles comme un voile de monotonie. Le Songe d'une nuit d'été, la Grotte de Fingal, la, Belle Mélusine, ses oratorios de Paulus, d'Elias, et sa musique de chambre suffisent pour mettre Mendelssohn au rang des plus excel'cnts maîtres de ce siècle.
L'instrumentation employée par Mendelssohn est pleine de charme; les idées mélodiques sont distinguées et gracieuses; le canevas harmonique sur lequel le compositeur se plaisait à broder ses délicates et
vaporeuses rêveries est établi sur des bases impeccables; il en résulte que l'ensemble, quoique peu lumineux, forme un délicieux concert. A l'imitation de Weber, mais avec moins d'originalité, il a employé avec prédilection les timbres des instruments à vent, cors, bassons et clarinettes.
Berlioz a aimé la muse avec passion et n'a pas été payé de retour. Je n'entreprendrai pas ici de rectifier la légende qui a cours depuis quelques années, d'un génie incompris de son vivant, d'un grand compositeur rendu malheureux par l'injustice de ses contemporains. L'examen de ces récits est du ressort de la biographie. Le lecteur qui voudra la lire en tirera cette conclusion, que peu de nos compositeurs ont été aussi favorisés que Berlioz.
Ayant remporté le prix de Rome en 1850, il a eu de bonne heure des occasions multiples de faire entendre ses œuvres en France et à l'étranger; sa symphonie de Roméo et Juliette a été exécutée au Conservatoire, son Requiem aux Invalides, son opéra de Renvenulo Cellini a été représenté à l'Opéra avec le concours de Mme Stoltz ; son opéra des Troyens l'a été au Théâtre lyrique, avec Mme Charton-Demeur pour interprète; sa Damnation de Faust et l'Enfance du Christ ont été exécutés à l'Opéra-Comique. Écrivain spirituel et humoriste, il a fait du feuilleton du Journal des Débals, pendant de longues années, sa tribune et sa forteresse.
Membre de l'Institut, bibliothécaire du^ Conservatoire sans fonctions, mais non sans traitement, chef d'orchestre international, Berlioz a joui de son vivant de nombreux avantages pécuniaires et honorifiques. Comme cette existence a différé de celle de Reber, l'excellent symphoniste, et de Félicien David, qui, celui-là, a eu des étincelles de génie! Ceux qui ont imaginé la légende de Berlioz victime de l'injustice de ses contemporains y ont mis trop de bonne volonté.
M. Vitet comparait Eugène Delacroix à un musicien de génie qui ne ferait que des dissonances, et écorcherait les oreilles du prochain plutôt que de s'exposer au reproche de monotonie. La comparaison est spirituelle, mais elle manque d'équilibre, car le musicien « de génie » se garde bien d'écorcher des oreilles dont il a besoin pour faire apprécier son œuvre; il cesserait par le fait non seulement d'avoir du génie, mais même d'être musicien.
Je ne pousserai pas l'irrévérence jusqu'à dire que, sous le prétexte de rechercher l'idéal, Berlioz a souvent écorché nos oreilles; mais il a blessé leur délicatesse par des dissonances trop fréquentes et excessives ; il a méconnu les conditions de leur structure en leur imposant des sonorités