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BERLIOZ, SCHUMANN, F. DAVID

telles que leur jugement est devenu sinon impossible, du moins laborieux. Berlioz, à mon sens, est sorli de la bonne voie en méconnaissant lout ce qu'une tradition civilisée a formé dans notre esprit de goûts et d'habitudes. Les arts comme les peuples retournent à la barbarie lorsqu'ils rompent avec la tradition. Qu'est-ce que la tradition, sinon une longue suite de chefs-d'œuvre soumis à d'éclatantes expériences? Les fragments de l'œuvre de Berlioz qu'on entend aujourd'hui avec le plus de plaisir ont été remarqués et appréciés à l'origine. On n'a pas marchandé les applaudissements, en 1846, au Menuet des Follets, ni au joli ballet des Sylphes. Le septuor des Troijcns et le duo d'amour dans le même opéra ont obtenu le succès de prime abord. On reconnut quelques beautés dans l'oratorio de r Enfance du Christ.

Les symphonies de Berlioz se distinguent de toutes celles des grands maîtres dans ce genre par une complication qui suppose un travail opiniâtre, une volonté de fer plutôt qu'un sentiment élevé de la beauté. L'unité de conception fait défaut. Les parties d'instruments poursuivent leur dessin, se croisent à l'envi dans des rythmes souvent différents, et produisent l'effet de plusieurs personnes parlant ensemble sans s'écouter; bien plus encore : dans Lelio, dans la Damnation de Faust, les violons sont divisés en quatre et même huit parties, les violoncelles en quatre parties. Dans le Requiem, l'exagération est au comble : le Tuba mirum et YAgnus Dei sont écrits avec seize trombones, huit trompettes, cinq ophicléides, dix-huit contrebasses, deux grosses caisses et huit paires de timbales!!! Berlioz a été l'inventeur de ces orchestres monstres. Ils sont bien nommés. Qu'il me soit permis de dire ici que le Requiem de Mozart a mes préférences.

Schumann s'est livré à la critique d'art, à la quintessence et à la recherche analytique du grand œuvre, comme Berlioz, comme Wagner. Sa musique de chambre offre des morceaux intéressants; mais dans ses grands ouvrages, tels que Manfred, le Paradis et la Péri, les idées qu'il a pu avoir sont obscurcies par un luxe d'incidents accessoires, par une surcharge d'intentions louables, je le veux bien, mais du genre de celles dont on dit que l'enfer est pavé. Cinq ou six fragments agréables à entendre émergent de la masse compacte de ses productions. Sa vaillante compagne, Mme Clara Schumann, s'est donné la mission touchante de les propager dans toutes les villes de l'Europe, à l'aide de son grand talent de pianisle.

L'ode-symphonie le Désert, de Félicien David, fut exécutée au Conserva-

toire le 8 décembre 1844. Il y avait là des formes nouvelles, une conception hardie, une inspiration absolument indépendante des procédés ordinaires de la symphonie, une instrumentation à la fois très simple et très caractérisée. On n'a pas hésité à acclamer cet ouvrage, à admirer cette musique pittoresque reproduisant, en les poétisant, les incidents de la traversée du désert par une caravane : Si le succès a été grand et durable, c'est que Félicien David a partout respecté les lois du rythme et de l'oreille, et que l'unité règne dans cetle composition originale. Doué d'une imagination poétique, porté à la rêverie et à la méditation, il s'était livré à l'étude des harmonies delà nature. Il s'est appliqué à les imiter non pas servilement, mais d'une manière idéale et en restant musicien. C'est ainsi qu'il a traité la Tempêle au désert, le Simoun, le Lever du soleil dans un solennel et admirable crescendo; dans Christophe Colomb, la chanson de la mère indienne; dans ÏEden, le ballet des fleurs; clans Herculanum, le chœur magnifique Kvohé et le Credo chanté par Lilia; dans Lalla-Roukh, les plus snaves et les plus poétiques sensations, dans un langage harmonieux que d'ailleurs jamais aucune oreille n'a entendu en Orient.

Quoique Halévy n'ait pas écrit d'autre symphonie que Prométhée (1849), il ne doit pas moins être regardé comme un des musiciens français qui ont su tirer de l'harmonie des timbres les effets les plus pathétiques et les mieux appropriés soit au caractère des personnages, soit à la situation dramatique dans ses opéras. 11 suffit de rappeler la préface de l'air « Iïachel, quand du Seigneur », jouée par deux cors anglais, l'accompagnement par les cors de l'air célèbre «7/ va venir », la scène du tombeau dans Guido Ginevra, le ballet dans Jaguarita; la science de l'instrumentation a été poussée si loin dans la Reine de Chypre et dans Charles VI, que Meyerbeer lui-même en a adopté les effets dans un grand nombre de passages du Prophète et de l'Africaine.

Ce qui marque bien la divergence des habitudes d'esprit et de goûts qui n'a cessé de régner entre les Allemands et les Français, c'est l'accueil fait à la musique d'un de nos compatriotes, d'Onslow, à Vienne, à Leipzig, à Bonn, la patrie de Beethoven, dans toutes les villes de l'Allemagne, tandis que chez nous elle n'a jamais obtenu qu'un succès d'estime. Onslow a composé trois symphonies, trente-quatre quintettes, trente-six quatuors. De l'autre côté du Rhin, il a été considéré comme le premier symphoniste français. En France, sa musique de chambre est presque délaissée à cause de son peu d'intérêt mélodique.

Reber a résisté courageusement et même stoïquement à l'invasion de

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