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ECOLE NEO-ALLEMANDE

Yimpressionisme musical ; il a dédaigné les moyens factices à l'aide desquels d'autres obtenaient de gré ou de force, arrachaient plutôt les applaudissements par la surprise des sens plus que par l'enchantement de l'esprit et du cœur. Il est resté fidèle à l'orchestre de Mozart, à la facture de Haydn, mais toutefois il a été original, ingénieux, quelquefois poétique et sentimental, toujours avec mesure et distinction. Tandis que Berlioz faisait sonner seize trombones, lui n'en employait aucun. Il se contentait de deux timbales pour la percussion. Ses symphonies sont néanmoins fort belles, et ses quatuors resteront longtemps au répertoire à côté de ceux des meilleurs maîtres.

C'est dans l'école de l'abbé Yogler qu'a commencé à s'accentuer un esprit de dénigrement, d'animosilé haineuse à l'égard des compositeurs italiens et français. Meyerbeer, son élève, fut regardé comme un transfuge, un déserteur de la patrie allemande, lorsqu'il fit représenter le Crociato en Italie et Robert le Diable en France. Weber, son condisciple, lui reprocha avec quelque amertume ce qu'il appelait des concessions !

Plus tard les esthéticiens se groupèrent et formulèrent des doctrines dans les journaux et les revues. A Weimar, à Pesth, à Leipsig, à Dresde, Franz Liszt, Schumann, Hans de Bulow, Litolff voulurent opposer aux vieilles idoles un culte nouveau. Richard Wagner parut enfin, et c'est par un court examen de ses productions que je terminerai ce chapitre.

Pour peu qu'une renommée nouvelle surgisse à l'horizon, écrivains, reporters et lecteurs s'associent à l'envi pour saluer sa bienvenue. Si celui qui est l'objet de cette renommée est contesté en raison de son mérite contestable, il se forme deux camps : l'un est composé d'une majorité paisible, confiante clans ses jugements conçus sans passion, et tolérante parce qu'elle sait que la raison qui, en matière d'art, est synonyme de goût, d'harmonieuse beauté, finira comme en tout le reste par avoir raison; l'autre camp se compose d'une minorité bruyante et ardente de musiciens d'autant mieux disposés à vanter des ouvrages défectueux que leurs aspirations personnelles sont aussi impuissantes qu'ambitieuses, et que, s'ils sont compositeurs, leurs ouvrages se détacheront d'autant plus que le voisinage de ceux qu'ils préconisent sera moins redoutable et aura le moins charmé le public.

Il y a aussi un certain nombre d'esprits chercheurs, qui préfèrent l'idée fausse du jour à l'idée juste de la veille et qui souscrivent d'avance à celle de demain. Pour eux changement signifie progrès.

Il y a enfin les amateurs indifférents et inconscients qui rougiraient de

ne pas trouver une symphonie belle s'ils l'ont entendu applaudir n'importe par qui, surtout si l'affiche a attiré une foule nombreuse et s'il a fallu des efforts pour trouver une place.

Si une chaise dans une loge leur a coûté deux louis, l'ouvrage est intéressant; si c'est un fauteuil d'orchestre, il est très beau vraiment; mais si c'est un strapontin, il est sublime. Et puis, des compositeurs très favorisés de leur vivant, jouissant de sinécures, leur ayant été présentés dans leurs journaux comme des hommes de génie méconnus, il n'en faut pas davantage pour qu'ils se fassent honneur d'un hommage posthume ; ils renchérissent encore sur l'éloge dithyrambique du journaliste auquel se sont substitués pour la circonstance l'éditeur et l'entrepreneur des concerts. C'est ainsi qu'à l'opposé du crescendo de la Calomnie, si bien orchestrée par Rossini, on arrive, de renchérissements en renchérissements sur l'éloge, au colpo di canone de l'apothéose, tandis qu'il ne reste plus à la Vérité qu'à redescendre dans son puits.

Autant l'influence des grands musiciens nés en Allemagne, Haydn, Mozart, Beethoven, Hummel, Schubert, Spohr, Meyerbeer, Mendelssohn,a été féconde en développant chez les artistes le sentiment du beau, en excitant l'imagination des compositeurs, en offrant à leur émulation les plus excellents modèles, autant les représentants de la nouvelle école allemande ont enrayé le progrès, en faussant le goût, en paralysant le génie d'invention sans lequel il n'y a pas de véritables compositeurs. Arranger des suites de sons, grouper des timbres, nuancer àj&é sonorités, faire des successions d'accords, d'arpèges, de trémolos sur la chanterelle, multiplier les commotions acoustiques, cela ne constitue pas une composition, ce ne sont que des arrangements plus ou moins habiles ; et l'on aura beau publier des brochures, remplir les journaux de réclames auxquelles un public peu compétent se laisse prendre, égarer une critique, fort indifférente au fond, mais avide des nouveautés qui la font vivre, ce sera en vain qu'on dénigrera le passé en exaltant le présent, le temps fera justice de ces engouements, et les œuvres des musiciens si vantés de la nouvelle école allemande, avant quelques années, tomberont dans un tel oubli qu'on ne comprendra pas les éloges outrés dont elles auront été l'objet. Il y a maintenant des musiciens qui mettent autant d'efforts pour éviter d'écrire une mélodie que d'autres en mettaient autrefois à la trouver. Mendelssohn avait déjà donné l'exemple d'une grande infatuation germanique en traitant dédaigneusement les quintettes de Boccherini qu'il appelait « une perruque ». H y a une de ses lettres qui prouve même qu'un aveuglement passager de cet esprit si cultivé a entraîné avec lui une surdité d'oreille extraordinaire.

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