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INSTRUMENTS DE MUSIQUE DES CHINOIS

Le classement des instruments a été établi par les Chinois avec plus de logique, d'après la nature du son et d'après la matière à l'aide de laquelle le son est produit. 11 en résulte huit classes d'instruments, correspondant aux huit corps sonores suivants :

Corps sonores. Instruments correspondants.

Le métal. Les cloches et sonnettes.

La pierre. Le king.

La soie. Le kin et le chê.

Le bambou. Les flûtes, ty, siao et koan.

La calebasse. Le cheng.

La terre cuite. Le hiuen.

La peau des animaux. Les tambours.

Le bois. Le tchou, le ou et les planchettes.

1. Dictionnaire de la langue mandarine par M. Paul Perny, des Missions étrangères, page 152.

Pour plus de clarté, je substituerai à cette division notre classement ordinaire des instruments. Le lecteur pourra les rapporter à chacune des familles chinoises auxquelles ils appartiennent par la matière dont ils sont formés ou qui domine dans leur facture.

Instruments à cordes. — Le km est une table d'harmonie sur laquelle sont tendues sept cordes de soie tordues. On la pose sur un meuble, et le musicien pince les cordes des deux mains.

Le chê est un instrument analogue, mais plus grand. Il est monté de

Kin.

Chê.

seize à trente-six cordes, et il se joue de la même manière que le kin. Le son en est agréable.

Le tseng a la forme d'un tympanon ; mais chaque corde donne un son différent, tandis que dans le tympanon véritable il y a deux cordes à l'unis-

Tseng.

son. Les cordes du tseng, au nombre de vingt-huit, sont métalliques. On les frappe avec des baguettes.

Le gut-komm est une guitare à quatre cordes de boyau, sans ouïes, munie de douze sillets en bois pour guider les doigts.

Le poun-goum a une caisse circulaire, deux ouïes, quatre cordes de boyau et un manche terminé par une volute.

Le samm-jinn a la même forme à peu près que le poun-goum. Sa caisse est un peu ovale, son manche est très long, et il n'a que trois cordes de boyau, mais avec un chevalet mobile, ce qui le distingue de tous les autres instruments à cordes chinois.

Instruments à vent. — Le cheng est un petit orgue en miniature. C'est

un assemblage de tuyaux de bambou, implantés dans une planchette d'é-

(iut-komm.

l'oun-goum.

Samm-jinn.

Clieng-, orgue chinois.

Ty-

Yo (flageolet ou galoubet).

Hautbois.

Trompe l te. Trompelle courbe.

rable recouvrant la cavité 'd'une calebasse. L'air qu'on y introduit met en vibration une languette de cuivre fixée à la base des tuyaux, dont le nombre

varie de treize à vingt-quatre. Plusieurs cheng offrent la succession des

douze liû ou demi-tons.

Les Chinois ont encore la syrinx, qu'ils appellent siao, le ty, flûte percée de six à neuf trous, le yo, flûte à bec percée de trois trous, qui est une sorte de galoubet. Chaque position des doigts peut donner, avec la note naturelle, la quinte de cette même note, comme nous obtenons l'octave sur la flûte de la môme manière, par une pression plus forte de l'air.

Les autres instruments a vent sont les hautbois à sept et huit trous, des trompettes à anche en bois , longues d'un mètre, enfin des trompettes en métal, de dimensions variées.

Instruments à percussion. —

Us sont particulièrement goûtés

par les Chinois. La famille des

tambours, appelés kou, est nom-

Kou breuse. Il y en a qui ont jusqu'à

cinq mètres de circonférence.

Les carillonneurs flamands seuls ont fait concurrence aux Chinois dans l'usage des cloches, mais Van den Gheyn a produit des harmonies plus agréables que les batteurs de tchoumj du Céleste-Empire f.

Les cloches chinoises sont

disposées en étages et fixées à

des châssis reposant sur le sol.

Kou, tambour. Elles sont accordées du grave à

\. Voir l'étude sur les œuvres de cet excellent organiste belge par M. le chevalier Van Elewyck.

l'aigu, et on les fait vibrer en les frappant avec des maillets de bois.

Les po-tchotmg sont des cloches isolées servant aux signaux.

Les tê-tchoung servent à marquer la mesure.

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Tchoung.

Les pièn-tchoung sont des clochettes dont le son se mêle à celui des autres instruments.

Les Chinois se servent aussi de grands disques en cuivre, en étain, en zinc et en bismuth, qui rendent des sons formidables et dont quelquesuns de nos compositeurs modernes ont jugé à propos d'assourdir nos oreilles.

Les gongs, les tam-tams ne suffisant pas à leur besoin de percuter, les Chinois ont réuni des gongs ou bassins métalliques, au nombre de dix, sur

une table; cet instrument, appelé yun-liï, était accordé ainsi vers 1760, au temps du P. Amiot :

(jbo bo H

q IM>

JfÉr

Yun-lû.

Lames métalliques.

On voit combien cette tablature concorde peu avec l'affirmation si absolue de Fétis, qui nie l'usage des demi-tons dans la musique chinoise. Il cite cependant cet exemple et reconnaît que cette succession indique des

points de contact pour des modulations. Mais il ajoute aussitôt que ce fait est une exception unique dans la musique chinoise connue. J'ai montré au contraire que l'usage du genre chromatique était évident dans la musique instrumentale, qu'il était autorisé par la théorie elle-même; si les rares mélodies populaires anciennes que nous connaissons n'offrent que

Cloche japonaise à Kiolo.

la gamme diatonique, il en existe d'autres plus modernes dont les intonations sont chromatiques.

Un instrument plus mélodieux que le yun-lû est une espèce de tympanon ressemblant à un harmonica dont les verres auraient été remplacés par des lames de métal. Il est joué avec des baguettes de cuivre. Au lieu de lames métalliques on emploie quelquefois des tablettes d'un bois sonore.

Les Chinois disposent de la même manière des pierres, dont les dimensions et la densité sont calculées de façon à donner une série d'intonations

conformes à celles des douze liû. Cet instrument s'appelle king. Le minéral le plus employé à cet effet est la pierre dite de yu.

Les instruments à percussion en bois sont le tchou, le ou et le tchoungtou.

Le tchou a la forme d'un boisseau dans lequel est fixé un marteau.

Ou.

Le ou a la forme d'un tigre accroupi. Il a sur le dos vingt-sept cbevilles formant une scie, sur laquelle on passe une règle de bois appelée tchen. Est-ce pour que la férocité de l'animal s'exerce sur des oreilles humaines que les Chinois ont imaginé cette monstrueuse crécelle?

Clic japonais appelé kollo.

Le khoung-lou se compose de douze planchettes, rendant les sons des douze liû, enfilées avec une courroie. Il a la forme d'un livre.

11 va sans dire qu'à ces instruments s'ajoutent les castagnettes, les grelots et les cymbales.

Les airs japonais sont formés des mêmes éléments que nos gammes

C '»*J Hi;

Japonaise jouant du samsin.

diatoniques et chromatiques. Les instruments diffèrent peu de ceux des Chinois. Le chê japonais a de plus grandes proportions, puisqu'il atteint

Samsin.

jusqu'à lm,90 de longueur. 11 s'appelle kollo et est orné d'un joli travail de marqueterie; c'est le cadeau ordinaire que le Japonais fait à sa

Roussel-

fiancée. Un autre instrument est le samsin, sorte de tanbourah à trois et quatre cordes, qui sont jouées avec un plectre ; lorsque le manche est

divisé en cases, il s'appelle k&imer. Plus ouverts que les Chinois aux influences extérieures, leurs chants sont plus variés; l'usage des instruments bruyants est aussi plus modéré dans la société japonaise. Les cloches et clochettes portent la marque d'un travail ingénieux et offrent des figures en relief disposées avec goût. La cloche japonaise dont on a vu précédemment la gravure en fournit un exemple. Le cerveau est entouré de six rangs

Bonzes japonais.

de caractères. Une figure de femme dont la tête est nimbée occupe le centre, tandis qu'un génie plane à sa droite dans les airs. Cette représentation semble être une réminiscence chrétienne de l'Annonciation. Les gongs, les grosses cymbales et les tam-tams restent en usage dans les solennités officielles et dans les cérémonies funèbres, parce que les rites religieux sont conservés avec vigilance par les bonzes et que, dans cet ordre d'idées, les mœurs dominent partout le goût.

Musiciens de la chapelle pontificale à Kiolo.

Cérémonie funèbre au Japon.

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