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D'après une relation du capitaine James Low, la musique dramatique
est fort en faveur chez les Siamois. On peut, en effet, en juger ainsi par la durée des représentations, qui n'est pas moindre de dix jours, et par le nombre des instruments qui composent l'orchestre. On en compte jusqu'à dix-neuf. Ce sont Kampouk métallique. des hautbois appelés pi-chanai, le cheng ou orgue
chinois, la harpe, les flûtes, les trompettes, le randât, assemblage de lames de bois; les kampouk en bois durci ou en
Pat-konff .
métal; le pat-kong, ensemble de timbres frappés avec des bâtons; le khongwang. clochettes en métal faisant l'effet du chapeau chinois; les castagnettes, les gongs et des tambours de toute forme, petits ou grands, étroits, plats, courts ou longs.
Il ne faut pas trop localiser les mélodies et les regarder toutes comme autochtones. Combien d'entre elles ont été portées au loin par des marins,
des passagers, ou rapportées par un indigène au retour d'un exil ou d'une expédition lointaine!
Voici par exemple un air que, d'après le témoignage du voyageur Johannes Olivier, Fétis qualifie d'air malais de Sumatra, qu'il croit calqué sur un air chinois et qu'il prétend devoir appartenir au mode majeur.
Or cette mélodie, qui ne manque pas d'un charme mélancolique, se termine par une phrase semblable à l'air suédois introduit par M.Ambroise Thomas dans son opéra d'Hamlet et chanté avec tant de succès par Christine Nilsson. En outre, elle est bien plutôt en mineur qu'en majeur, et enfin elle est incontestablement d'origine lydienne, puisqu'elle est formée des notes de l'échelle du mode lydien et que ses progressions se retrouvent dans les morceaux de plain-chant qui appartiennent à ce mode et à son plagal l'hypolydien. Yoilà donc une mélodie que les Malais n'ont certainement pas inventée.
il cr'Œj
*EgÈ
ument
Ce que les Malais paraissent avoir inventé est le plus bizarre instr bruyant qu'on puisse imaginer; il s'appelle awjkkuuj et consiste dans de longs tuyaux de bambou creux et fixés dans la partie supérieure à un châssis, tandis que la base est libre et frappe contre une planchette lorsqu'on agite la machine.
Ces tubes rendent alors des sons d'une grande intensité. Les jours de fête, on emploie quarante, cinquante de ces machines, et au bruit étourdissant de ce cliquetis, les Malais dansent avec frénésie.
Ils apportent une certaine coquetterie dans la construction de ces appareils bruyants. C'est ainsi qu'on peut voir dans le dessin suivant un oiseau, les ailes éployées, perché sur le
Angklang.
Gong malais appelé Kampouk.
châssis qui supporte deux formidables engins de sonorité, un tam-tam et un gong.
La flûte dite de Pan se retrouve partout, même au Mexique et au Pérou,
et non seulement comme un assemblage de tuyaux en roseau, mais même sous la forme d'un instrument en pierre, composé de huit tuyaux percés de trous latéraux dont la combinaison fournit une suite presque chromatique de douze sons. En voici la figure.
[Chants anciens du Yucatan notés et publiés parleP.VasseurdeJBouhours.] Cet instrument singulier a été découvert par un général français, à Palenqué, dans un tombeau. La flûte de Pan est appelée dans le pays huarapuara. On a retrouvé dans les ruines de Palenqué des instruments de musique dont la plupart sont encore en usage. Ils forment au Musée de
Mexico une collection intéressante : la piacoulla, flûte à quatre trous; la huayllaca, flûte à bec à six Irons ; la chhayna, grande flûte «à cinq trous. Cet instrument est percé d'une ouverture longitudinale sur laquelle le musicien, passant le doigt, produit un traînement du son, un port de voix assez semblable à l'effet que les Italiens appellent strascinare la voce, ou bien au glissement du doigt de l'Espagnol sur la corde de la guitare, cadence enharmonique qu'il exécute dans les sérénades et dans les chants d'amour. Cette flûte est aussi appelée quena au Pérou ; le son en est grave et d'un caractère profondément triste.
Les Péruviens ont longtemps conservé le souvenir de leurs Incas et célébré leur mémoire dans leurs chants appelés haravis et waînos. Un voyageur français qui a exploré le Pérou au dix-huitième siècle1, raconte que les Indiens s'assemblaient encore de son temps pour chanter la louange de leurs anciens chefs. « Ils jouent, dit-il, sur leurs flûtes des airs si touchants qu'ils excitent la compassion de ceux qui les entendent ; les uns
Iluara-puara.
1. Le Gentil de la Babinais, Nouveau Voyage autour du monde. Amsterdam, 1728.
Musiciens ambulants au Pérou (époque moderne).
s'attendrissent eux-mêmes par leurs chants; les autres, surtout ceux qui sont d'un naturel bilieux, tombent dans une humeur noire qui les porte à se dévouer à la mort et à se précipiter du haut des montagnes pour rejoindre leur prince et lui rendre dans l'autre monde les services qu'ils lui auraient rendus dans celui-ci. »
La quefta, queyna ou chhayna, aux sons lugubres, servait à accompagner les haravis. Les autres instruments sont : le conyvi, flageolet à cinq trous ; le pincullu, flûte traversière ; la cqueppa, trompette destinée à exciter l'ardeur guerrière. Les missionnaires ont introduit dans l'ancien empire d'Atahualpa les instruments européens et même des chants empruntés aux partitions italiennes. Mais les Mozos, les Chiquitos, les Baurès ont conservé l'usage d'un instrument indigène aussi singulier qu'ingénieux.
C'est une espèce d'orgue ou plutôt une grande flûte de Pan dont le tuyau rendant le son le plus grave a deux mètres de long. Les tubes, formés de feuilles de palmier, sont disposés sur deux rangs. Neuf donnent les sons naturels, et quatre sont affectés à des demi-tons. En raison de sa longueur, les Péruviens tiennent cet instrument horizontalement et en appuient à terre l'extrémité, à moins toutefois qu'un enfant ne le soutienne. Ils en tirent des sons en serrant les lèvres comme pour les trompettes .
Alcide d'Orbigny (Voyage dans V Amérique du Sud) rapporte que les notes basses sont réellement d'une beauté extraordinaire et qu'il ne pouvait se lasser de les entendre. Un instrument analogue est actuellement en usage dans l'île de Cuba. On en voit la figure ci-après.
Je donne ici une mélodie populaire en Bolivie et originaire de la province de Mûnecas.