‹ Histoire de la musiqueChapitre 34 sur 222 · II · texte numérisé non relu

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Je ne crois pas que ces chants puissent remonter plus haut que l'époque de la conquête du Mexique et du Pérou par Fernand Cortez et Pizarre. Les

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intervalles rapproehés, les passages chromatiques et les notes d'agrément; le rythme varié et changeant plusieurs fois dans le cours d'une même pièce, tout cela est dans le style espagnol ou bien plutôt moresque.

Les peuples sauvages ne sont pas des déshérités à jamais ; ils sont dégénérés d'un état primitif, et la civilisation les rattachera tôt ou tard au mouvement de progression qui est la loi de l'humanité.

Ce qui s'est passé de nos jours dans la Nouvelle-Calédonie en fournit la preuve par la comparaison entre les Canaques à l'état sauvage et les Canaques à peu près civilisés. Les premiers ne chantent que des sons rauques et sans gradation suivie. Dans leurs pilons-pilous qui sont leurs réunions à l'occasion de la fête des ignames, tubercule spécialement cultivé par eux et qui est la base de leur nourriture, ou à l'occasion de la naissance d'un fils de chef, ou encore lorsqu'ils se préparent à se faire la guerre entre tribus, ils ont un chant monotone qui peut s'exprimer par ces voyelles a-e-a-e-a-e répétées pendant environ deux minutes, à peu près à l'unisson sur une note grave et toujours la même. Ils terminent ce refrain par un sifflement d'une durée égale : spcliss, spcliss, accompagné de gestes sauvages. Puis ils recommencent et poursuivent jusqu'à extinction de leurs forces, c'est-à-dire pendant plusieurs heures. D'autres, hommes et femmes, tapent sur un cylindre creux, en bambou, ce qui produit un son sourd et monotone. Ils ont également une sorte de flûte courbe en bambou de lm,50 de longueur, percée à l'extrémité de quatre trous à des distances fantaisistes.

Ce genre d'orchestre, que l'on retrouve en Afrique, sert à les exciter dans leurs gestes autour d'un grand feu au travers duquel ils passent parfois en courant.

Les Pères de la Mission et aussi les ministres protestants sont arrivés, à force de patience, à faire chanter à un certain nombre de ces Canaques des cantiques avec une certaine harmonie et une grande justesse de sons.

Les insulaires de l'archipel de Tonga (Polynésie) se servaient encore en 1775 de flûtes syrinx formées de huit, neuf et dix tuyaux disposés selon l'ordre successif des sons de l'air, de sorte que le même son était produit par plusieurs tuyaux. Par exemple, un de ces airs se composait-il de neuf notes, on n'avait qu'à promener régulièrement son souffle sur la syrinx pour le faire entendre. Ce moyen ne laissait pas d'être ingénieux,

puisque ces gens se délectaient à entendre cent fois de suite le même air, sur lequel ils dansaient ou accomplissaient quelque rite de leur religion. Nos joueurs d'orgue de Barbarie ne font pas autre chose : qu'on tourne un cylindre ou qu'on fasse mouvoir la tète de droite à gauche pendant une heure, c'est une opération de même nature, c'est-à-dire aussi machinale. 11 y a chez des sauvages une musique rudimentaire et instinctive qui n'a

NÈGRES G A I. h A S (INTERIEUR DE I, AFRIQUE

L'orchestre de la cour, au Karagué.

1. Bargboumi, corne d'oryx. — 2. Kidété, iïùtc à bec. — 5. Harpe à sept cordes. 4 Tympanon formé de quinze lames de bois. — 5. Tambour. — 6 ci 7. Timbales.

pour objet que de produire des sons autres que les bruits ordinaires. Le principe est celui de l'art inné ; l'application en momifie l'expression.

Instruments des sauvages. — On trouve encore chez des peuplades de l'Afrique des lyres et des harpes dont la forme rappelle celles des instruments les plus anciennement connus de l'Egypte. C'est ainsi que la lyre de l'Oussaga ressemble au kissar éthiopien (voy. p. 72 et 156) et que les harpes de l'Ouyanda à cinq cordes diffèrent peu des harpes horizontales égyptiennes à quatre cordes (voy. p. 54 et 156). Les instruments en usage dans

la Nigrilie sont le sanko et le klnanda, boîte recouverte d'une peau d'antilope ou d'alligator qui supporte de huit à douze cordes avec un chevalet.

Les Mandingues ont le balafo, sorte de tympanon à lames de bois.

Sur les bords du Zambèze, cet instrument porte le nom de mariemba.

Les habitants d'Empoungoua ont Yinchambi, espèce de mandoline fabriquée avec des bambous et ayant cinq cordes de fil de palmier.

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Le lever roval de la nouvelle lune, au Karagué.

Les tambours sont de plusieurs espèces. Le ngomrihou est un cylindre de bois creusé, avec un pied fixé dans le sol. Il est recouvert d'une peau de veau tendue et entouré d'un filet de cordes; on le frappe avec les poings ou avec des baguettes.

Le timbre! est beaucoup plus petit; on le tient sous le bras gauche et on le bat avec la main droite.

Le patlshamy consiste dans une rangée circulaire de cymbales que l'exéentant frappe avec des baguettes.

Le banjo ou zézé est un long manche terminé par une courge et divisé

Lyre de l'Oussaga,

Harpes tic l'Ouyanda.

Pattsliamy à baguettes.

Flûte des paysans de l'Ouyanda.

par trois entailles. Il n'a qu'une corde, dont les doigts modifient les intonations. Lorsqu'il y a une seconde corde, celle-ci forme une basse perpétuelle qui sert d'accompagnement.

Les autres instruments sont : le na'i, flûte de roseau à sept trous; le kidété,

flûle à 4 trous; le sangé, gourde percée de trous et traversée par un tube; le zanzé, assemblage de tiges de roseau qu'on frappe avec une baguette;

Danse de Toulé (Amérique méridionale).

Le barghoumi, corne d'oryx, dont l'effet est celui d'un petit cor de chasse.

Des sauvages de l'Amérique méridionale dansent une sorte de farandole

en jouant du naï ; comme on peut le voir dans la gravure représentant la

danse de Toulé, ils forment une si longue file qu'il semble impossible que toutes leurs flûtes produisent autre chose qu'un bruit discordant.

Tous ces instruments sont de grossières imitations de ceux que des habitants primitifs avaient apportés dans les îles ou les continents éloignés de leur mère patrie. S'ils ne les avaient pas apportés, ils en

Tambours de l'Ouvanda.

avaient au moins conservé le souvenir et ils ont pu transmettre quelques données sur leur construction.

Il existe chez des sauvages une sorte de beffroi d'un singulier genre. C'est un grand arbre dont ils ont fait une sorte d'instrument en le taillant et le creusant de manière à faire rendre aux parois du tronc des sonorités diverses. Selon qu'ils le frappent à la base, au milieu, au sommet ou dans telle partie intermédiaire, ils donnent des signaux convenus, belliqueux ou pacifiques, font des appels et des convocations, font connaître au loin les événements qui les intéressent et transmettent ainsi des dépêches téléphoniques.

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