DU RYTHME MUSICAL
Le rythme musical chez les Grecs était subordonné au rythme poétique dans le chant, ce qui a toujours eu lieu dans ce que nous appelons le récitatif et la déclamation lyrique. Les formes multiples de la versification grecque se prêtaient à des combinaisons rythmiques innombrables, de telle sorte que les mesures variées de notre musique moderne ont dû nécessairement se retrouver dans la mélopée, dans les chœurs, dans les chansons. Mais quant à la danse et au jeu des instruments, la durée des sons était soumise aux mouvements qui sont inspirés par la nature, d'où résultaient des mesures, des cadences binaires, ternaires, avec leurs combinaisons diverses. Les mesures isochrones sont si naturelles au jeu des muscles, à la marche, à l'agitation des membres, aux tressaillements intérieurs des corps humains, que les Grecs n'ont pu s'y soustraire, et ils les ont exprimées ainsi : le temps, comme mesure d'unité, x?°vo^'-> la longue de deux temps, {jt.dcvt.px àiy^ovoq', la longue de trois temps, p.â%pa. zpiygovoq; la longue de quatre temps, u.xxpx rerpa^povos; la longue de cinq temps, p.ixpx
KEVZX-^pûVOÇ.
Ces diverses valeurs ou modes de durée des sons avaient leurs silences correspondants; en voici les relations :
Silence de 1 temps. Klvoç 6p«/t; (temps vide court).
Silence de 2 temps. Kévoi fxâxso; Sfypovou.
Silence de 5 temps. Ksvo; tuàxpo:; Tpîypovou.
Silence de 4 temps. Ksvoç f*âxpo; xsTpâ/povou.
Silence de 5 temps. Kévo; aâxpo^ ircvxâ/povou.
Ce cpje nous appelons la pause était nommé otaixoXvj.
Les Grecs exprimaient notre mesure à six quatre ou six huit par le terme pv&pbç ziayj.iJ.oc, mesure à six temps.
Mais il en était de ces temps comme de la quantité prosodique qui donnait la mesure du vers et était néanmoins modifiée par l'accentuation : celle-ci était déterminée par l'intonation et la succession des sons : par exemple, dans le proscrousmos, figure de trois notes dont la seconde était plus basse d'un degré que les deux autres, comme dans la, sol, la, l'accent portait sur la première; dans Yeccrousmos, figure de trois notes dont la seconde s'élevait d'un degré au-dessus des deux autres, comme la, si, la, l'accent portait sur la seconde note.
La succession d'un son grave et d'un son aigu liés entre eux s'appelait proslepsis; l'abaissement lié d'un son aigu à un son grave s'appelait éclepsis; si les tons étaient détachés, le proslepsis devenait proscrousis, V éclepsis devenait eccrousis ; le mélismos, le compismos et le térétismos étaient d'autres groupes de sons. Chacun de ces groupes comportait un accent qui lui était propre. Je m'étonne de ce que personne n'ait vu dans cet accouplement de plusieurs notes l'origine des signes neumatiques qui rendent si difficile la lecture de nos premiers manuscrits du moyen âge.
C'est aux progrès de la musique symphonique moderne qu'il faut attribuer l'usage devenu général de la division d'un morceau de musique en fractions ou mesures d'égale durée, au point de vue de l'écriture et du solfège. Le style, la déclamation, le goût interviennent dans l'exécution et modifient proportionnellement les formes de durée isochrones.