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ANTIENNE DU QUATRIÈME MODE GRÉGORIEN

Le mot alléluia empêche assurément qu'on n'attribue au chant de ces sauvages une origine païenne. Il faut donc admettre que les habitants de cette contrée avaient dû pratiquer le culte chrétien à une époque qui ne nous est pas connue, à moins qu'il n'y ait là une importation du pœan des Grecs : 'Elelt-v lou, lou.

L'art musical est sociable de sa nature; aussi les influences mutuelles et l'échange des idées contribuent à ses progrès comme à ceux des autres connaissances. Si Méhul était resté à Givet et Haydn dans le village de Rohrau, où son père était charron, quelque puissante que fût leur organisation, elle n'aurait pu acquérir son entier développement. Le premier a trouvé dans l'abbaye des Prémontrés un centre intellectuel favorable à son éducation, des aliments pour son âme naturellement noble et grande, et à Paris, auprès de Gluck, l'émulation du génie; le second a été impressionné par les harmonies religieuses auxquelles il mêlait sa voix dans la cathédrale de Saint-Étienne, à Vienne, comme enfant de chœur. Plus tard n'at— il pas été séduit par le chant italien à la petite cour du prince Esterhazy? Mozart avait sans doute fait des études très fortes à Salzbourg sous la direction de son père; mais, lorsque, à l'âge où les impressions sont les plus fortes, de quinze à dix-neuf ans, il accompagna à Rome, à Milan les premières chanteuses des théâtres d'Italie, les prime donne de Amicis, Bernasconi, n'a-t-il pas recueilli quelques avantages sous le rapport de la souplesse mélodieuse et de l'art d'écrire pour les voix? Au point de vue aussi du goût et de l'intelligence dramatique, il ne faut pas oublier que Mozart avait constamment un volume de Métastase dans la poche de son habit. La musique étant de tous les arts celui où l'imagination et le sentiment ont la plus grande part, les influences extérieures jouent un grand rôle dans la direction des idées et la conception des ouvrages. La lecture des tragédies de Shakespeare a inspiré les créations lyriques d'un Hamlet, d'une Ophélie, d'une Desdémone, d'un Roméo, d'une Juliette, comme la vue d'Ischia a fait concevoir à Lamartine sa belle pièce de vers si connue et son roman de Graziella, comme la lecture de Plutarque a donné à lord Byron l'idolâtrie de la Grèce.

Est-ce qu'un séjour à Weimar, où le fantôme de Goethe n'a cessé de pontifier au milieu d'un cénacle d'illuminés, n'a pas tourné la tête de plus d'un artiste et n'a pas fait voir aux adeptes du grand œuvre de la musique dite « de l'avenir » les choses autrement que dans le reste du monde? Un naufrage sur les côtes de Norvège a donné à Richard Wagner l'idée de son opéra le Fliegende HoUànder.

Tous les hommes doués d'imagination, de sens poétique, subissent

l'influence du milieu dans lequel ils ont été transportés, des lectures où ils se sont complus, des impressions produites fortuitement, prochaines ou éloignées. C'est ainsi que Corneille s'est infiltré du sang de Calderon dans les veines, que Racine s'est nourri de Sophocle et d'Euripide, que Boileau s'est assimilé Horace, que les artistes sédentaires, comme les Flamands et les Hollandais, ont copié, les premiers, leurs intérieurs, leurs tavernes, leurs femmes aux formes courtes et rebondies; les seconds, leurs vaisseaux, leurs ports et leurs paysages horizontaux. Nous retrouverons dans l'histoire de la musique des faits analogues. Au langage de la société instruite, polie, élégante et toute imbue des traditions du goût de la Restauration, dernière épave du naufrage de nos monarchies, a succédé une logomachie fantaisiste, une expression prime-sautière et désordonnée, moins impartiale qu'indifférente, des sentiments bons et mauvais, une manie de description à outrance qui dispense l'écrivain de toute conviction et lui épargne de faire connaître ses principes. La forme n'est plus au service de la pensée, comme l'ont entendu alors Chateaubriand, Joseph de Maistre, de Bonald, Lamartine, Lamennais, Jouffroy, Cousin, Ozanam, Lacordaire. On comprendrait encore que la beauté excitât l'envie, faute du sentiment d'émulation qu'elle devrait inspirer. Mais on la méconnaît au point de préconiser la laideur physique et morale. A l'abaissement de la pensée et à la négligence de la forme est venue s'ajouter la confusion dans les termes du langage. On dit maintenant d'un compositeur qu'il a de la main, d'un peintre qu'il possède sa gamme, qu'il a trouvé sa note, d'un orateur qu'il empoigne son auditoire. Il n'est pas jusqu'à la toilette des femmes, jusqu'à leur élégance et leurs charmes qui ne soient l'objet de qualifications tirées d'un vocabulaire bas et commun. De là à la langue verte il n'y a qu'une faible cloison qui sépare, et elle a été abattue pour livrer passage au mot réaliste qui s'imprime dans le livre et dans le journal, à l'opérette grivoise dont la partition s'étale au salon sur le piano d'Ërard à côté de celles de Sémiramis, du Barbier, de la Lucie, des symphonies de Beethoven, des mélodies de Schubert. Quel contraste !

L'éducation, le milieu, les habitudes déterminent le goût musical, à défaut d'une organisation naturelle ou spéciale. Un homme fort intelligent d'ailleurs peut rester insensible à l'audition d'une belle symphonie, si, dépourvu de dispositions naturelles, il n'a pas appliqué son esprit à juger, à comparer, à analyser ce qui frappe son oreille. Il est à l'endroit d'un chef-d'œuvre de Mozart ce qu'est un paysan vis-à-vis d'un

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