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nés
mou
re - tes ai; Diex, si ne sai kant les ver -rai!
Les deux autres couplets joignent à la naïveté une moralité louable :
As s'ele est de moi ençainte Tost devenra pale et tainte : S'il en est escandèle et plainte Deshonnerée Tarai.
Fines amouretes ai ; Diex, si ne sai kant les verrai !
Miex vaut que je m'en astiengne Et pour li joli me tiengne, Et que de li me souviengne, Car s'onnour li garderai.
Fines amouretes ai ; Diex, si ne sai kant les verrai !
Il y avait au treizième siècle un genre de motet qu'on appelait conductus, de conducere, conduire, accompagner. On le chantait pendant une marche, un cortège, une procession. On ne saurait croire à quelles aberrations peut mener l'ignorance lorsqu'elle est passionnée. Dans l'office de la fête de la Circoncision, composé par Pierre de Corbeil pour les clercs qui ce jour-là se livraient à quelques réjouissances dont on ne saurait leur faire un crime, il y a plusieurs conducts : Conductus ad diaconum, ad evangelium, etc. On sait, en effet, qu'il est d'usage d'escorter le diacre qui se rend au côté gauche du chœur pour y lire l'Evangile. Mais, comme il se trouve dans cet office une poésie symbolique connue sous le nom de Prose de Veine, dont on a fait une parodie grotesque, le mot conductus a été appliqué à l'âne par des historiens, par des antiquaires, par des narrateurs de tout genre, et l'on voit d'ici ce pauvre âne promené dans l'église, introduit dans le chœur, conduit devant le livre des évangiles, etc.; et tout cela parce qu'on a ignoré trop longtemps le sens spécial de ce mot conductus.
Le contrepoint que l'on faisait sur la partie appelée ténor était rarement écrit. On l'improvisait sur le livre dans les églises, s'il s'agissait d'un motet religieux. Cet usage s'est maintenu jusqu'au siècle dernier. Les chantres avaient fini par s'inspirer à cet égard d'anciennes traditions, et répétaient les mêmes formules.
En somme, l'impulsion était donnée : la musique harmonique et concertante préoccupait tous les artistes ; le progrès s'accentua rapidement pendant le quatorzième siècle, et au quinzième cette forme de l'art inspira des chefs-d'œuvre. L'un des musiciens les plus renommés au quatorzième siècle fut Francesco Landino, surnommé l'aveugle de Florence. Son talent d'organiste lui mérita d'être couronné à Venise par le roi de Chypre. On ne l'appelait plus que Francesco degli Organi. On peut encore signaler Jacques de Bologne, Guillaume de Machault et Jean de Florence.
Avec le quatorzième siècle s'ouvre une école d'un caractère tout local, particulariste, formaliste, un peu pédagogique peut-être, mais consciencieuse et fervente ; voilà bien des épithètes ; je les crois justes et nécessaires. Cinq siècles se sont écoulés; ce caractère vigoureux et indépendant de l'école flamande subsiste encore dans les institutions politiques, sociales, religieuses, je voudrais même dire dans les œuvres artistiques, si les mœurs envahissantes du boulevard parisien n'avaient altéré les vertus de la race.
L'art musical continua son évolution en Italie et fit de rapides progrès à Rome, à Venise, à Florence. La présence de la cour pontificale à Avignon, et l'éclat des fêtes religieuses dans le midi de la France et en Italie, atti-
rèrent des artistes flamands et espagnols, notamment Guillaume Dufay, Roland de Lattre et Christoforus Morales.
Je ne parle ici que des plus grands musiciens, car les chanteurs praticiens qui composaient la chapelle pontificale à Avignon étaient Français ; c'étaient Égide L'Enfant, Redois, Jean Lacour ou L'Ami, Jacques Ragot et autres.
Guillaume Dufay est réellement le premier compositeur qui ait soumis son contrepoint à la tonalité et résolu les dissonances dans ce sens. En voici un exemple concluant, tiré de sa messe Sammse Trinitati. On n'avait encore rien vu de semblable. Je pourrais citer d'autres exemples tirés de ses messes et de ses chansons :
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