ALLÉGORIES
les finales des troisième et quatrième tons. C'est ee qu'on appelait au siècle dernier la tierce picarde.
La figure qu'il a plu à un artiste du treizième siècle de dessiner pour représenter la Musique offre sous son aspect original une composition assez logique. L'Air, en effet, enveloppe dans une sphère immense toutes les expressions de l'art musical. Les Muses, munies d'attributs divers et de légendes, sont rangées autour d'un cercle occupé par trois grands
J^gggFSg^gTSPi
5M&&I ^^MMMMÈMEMm ^i^iSg^ MMMm
k^»cv!**ww
Apollon et les Muses. (Tableau de Lucas Penni, frère du Fattore. xvi° siècle, gravé à Rome, en 1779, par Georges Ghisi.)
musiciens de l'antiquité : Pythagore, le savant philosophe théoricien, tenant une balance, un marteau et dans l'activité de ses expériences; Orphée, méditant ses hymnes; Arion, le citharède lesbien, sur le dauphin qui, charmé par ses chants, va le porter jusqu'au cap Ténare. Mais si le symbolisme est ingénieux, l'instrumentation est assez pauvre, car on n'y remarque que quatre violes et une lyre. Des instruments à vent auraient dû être placés sous l'influence de cette personnification de l'Air.
Une gravure d'un tableau du seizième siècle, reproduite ici, représente aussi la Musique ; mais le sens est moins profond et la désinvolture des
Muses indique suffisamment l'école de Fontainebleau. Sous cet aspect mythologique, elle offre néanmoins de l'intérêt par la comparaison des deux interprétations du sujet à trois siècles de distance, et aussi à cause de l'ensemble des instruments joués par x\pollon et les neuf Muses. On y voit le violon, la viole, la basse de viole, le luth, l'orgue, la trompette, les cymbales, le triangle à anneaux et le tambour de basque à rondelles. L'origine mythologique de la musique se retrouve encore exprimée dans une foule d'allégories dont on voit ici deux spécimens. Ces gravures ont
Invention allégorique de la musique. (D'après les peintures trouvées près tic Rome, dans le tombeau de Nason.
été faites d'après des fresques découvertes près de Rome dans le tombeau de Nason.
Au seizième siècle, la musique instrumentale gagna du terrain. Le clavier de l'orgue fut appliqué au clavecin, les vielles et les rebecs devinrent des violes; le luth, le théorbe accompagnèrent les voix; les hautbois, les trompettes, les flûtes furent perfectionnés.
La fin du seizième siècle est marquée par l'alliance de la musique avec une action dramatique, alliance qui produisit Y opéra.
L'art musical devint alors surtout un art d'expression : l'élément littéraire d'une part, l'accent passionnel de l'autre, donnèrent à la musique un caractère nouveau qui plut par sa variété, puisqu'on l'associait à toutes les péripéties, à tous les battements du cœur humain, à toutes les formes de
ALLEGORIES.
la pensée; admirable emploi de l'art lorsqu'on le comprend bien; sorte do littérature harmonieuse, de poésie mélodieuse, d'évocation historique, d'agrandissement du domaine de l'imagination, puisque la musique dramatique fait parler aux hommes une langue autre que celle dont ils se servent pour l'usage de la vie, art descriptif et imitatif, pourvu qu'il reste dans la sphère idéale.
C'est dans le temple seulement que la musique est restée elle-même,
Allégorie représentant les trois genres d'instruments : à cordes, à vent et à percussion; la cithare, la double ilùtc et le tambour de basque. (Même provenance.)
conforme à son origine divine, impassible, inaccessible aux passions éphémères, appropriée à tous les hommes, riches et pauvres, instruits ou ignorants, par son caractère simple et profond, traditionnel et presque immuable. Cet accent a été celui des générations qui dorment dans le cimetière qui entoure l'église, il sera celui de leur postérité.
Associée à un ordre d'idées permanent, la musique religieuse demeure aussi dans ses formes générales, qui sont ou doivent être autres que celles de la musique dramatique, de la musique de chambre et même de la symphonie. Elle domine tous ces genres autant que l'idée céleste domine l'humanité et la nature entière.