CHAPITRE IX
Dès les premières lueurs de notre histoire, on remarque combien le caractère des chants gaulois différait de celui des peuples gréco-latins. Tite-Live (Hist., lib. Y) parle de l'effroyable sonorité de leurs chants, et de leurs cris étranges qui terrifiaient les soldats romains. Les Gaulois avaient d'autres chants que ces cris de guerre. Leurs bardes, à la fois poètes et musiciens, composaient des hymnes religieux, célébraient la mémoire des héros et vouaient à l'opprobre les lâches et les coupables. Dans la Pharsale, le poète Lucain n'aurait pas parlé des bardes en si beaux termes, si leurs chants eussent été aussi barbares :
Vos quoque qui fortes animas, belloque pereraptas Laudibus in longum vates dimittitis aevum, Plurima securi fudistis carmina, Bardi.
« Et vous qui, par vos louanges, perpétuez la mémoire des âmes fortes des guerriers tom bés dans les combats, vous pourrez, ô Bardes, redire en sûreté vos chants nombreux. »
Si l'on en croit Diodore de Sicile et Grégoire de Tours, les Gaulois pratiquaient l'art de la musique plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne, et Bardus, leur cinquième roi, aurait institué des écoles de musique dont les chefs se seraient appelés bardi, du nom de leur fondateur.
Les bardes s'accompagnaient sur la lyre. On a trouvé une représentation
grossière de cet instrument sur des médailles d'or frappées au temps de César.
Les trompettes gauloises, appelées karnou ou harnyx, étaient d'une sonorité formidable. Polybe dit qu'elles étaient jouées par une bande nombreuse.
On se servait aussi dans la
Gaule et l'Armorique d'un
instrument à archet appelé
croulh-trithant, remarquable
, , , par une ouverture dans la
Lyre des Arvernes. Lyre des Armoricains. I
(Trouvées sur des médailles d'or décrites par M. E. Hucher.) partie Supérieure, OÙ l'artiste
passait la main pour appuyer les doigts sur les cordes. Le crowd du pays de Galles diffère du crout gaulois en ce que l'ouverture est dans la partie inférieure. Venance Fortunat fait mention de cet instrument « chrottu Britanna canat ». La
harpe galloise le remplaça; elle avait dix cordes. On trouve aussi vers le dixième siècle le biniou ou cornemuse et un grand hautbois, appelé plus tard bombarde.
Attila, qu'on nous représente comme un barbare, avait à table et à sa droite un maître musicien qu'on appelait Yenchetius\ et à la fin du repas deux hommes chantaient des vers pour célébrer les victoires du guerrier. En entendant ces chants, plusieurs pleuraient, d'autres entraient en fureur et demandaient à combattre.
Yoici deux strophes d'une de ces chansons qui sont encore connues en Hongrie :
«Rappelons la mémoire des temps reculés; chantons l'émigration de la Scythie par les Hongrois nos ancêtres; célébrons leur force et leur courage dans la guerre.
Crouth à 3 cordes.
(Ms. de Saint-Martial de Limoges.)
Crouth breton à 6 cordes.