CHANTS CARLOVINGIENS
ou des strophes sur le même sujet. Elle était encore populaire au temps du roi Jean : car, l'entendant chanter par un soldat le jour de la bataille de Poitiers, il dit : « Il y a longtemps qu'il n'y a plus de Roland, » et le soldat répondit : « Il y a aussi longtemps qu'il n'y a plus de Charlcmagne. »
Pendant la période romane, les chants populaires sur des paroles profanes ont été adaptés à des poésies latines dont le sujet était religieux. On a un cantique en l'honneur de la Vierge Marie sur l'air du Lai d'Avili z (Alice) :
Cantus de Domina post cantum Aaliz,
des poésies rimées latines sur le Lai d'Amour :
Post modum libidinis,
sur le Lai des Fleurs :
Post modum florum.
Nous verrons dans la suite de cette histoire que cette fantaisie, assez rare aux dixième et onzième siècles, fut reprise et pratiquée jusqu'à la dernière inconvenance pendant les quinzième et seizième siècles, et qu'au commencement du dix-neuvième les cantiques des missions, devenus populaires sous le nom de Cantiques de Saint- Sulpice, furent adaptés à des airs tirés des comédies à ariettes et des opéras-comiques en vogue.
Par contre, on trouve aussi, à une époque reculée, des chansons profanes sur des mélodies liturgiques ; mais le cas est rare et on ne l'a revu depuis qu'aux époques révolutionnaires où l'intention de la parodie était manifeste. Si, aux quinzième et seizième siècles, on échafaudait un savant contrepoint sur des thèmes populaires comme celui de l'Homme armé, le texte latin remplaçait les paroles vulgaires.
Il est vraiment extraordinaire qu'on n'ait donné nulle part une notation passable d'un chant aussi historique que celui qu'entonnèrent les croisés partant pour la Terre Sainte au onzième siècle. Ce chant se trouve dans un manuscrit de Saint-Martial de Limoges, actuellement à la Bibliothèque nationale. La traduction qu'en a donnée Fétis est tout à fait défectueuse, faute d'avoir observé le rythme du vers. Il suffisait de s'en
inspirer pour retrouver le véritable sens de ce chant simple, populaire et entraînant :