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FABLIAUX

commis préposé au péage la preuve de ce qu'ils savaient. Si [le jongleur était un musicien, il devait chanter un air au péager; s'il avait un singe, il devait, pour ne pas payer l'impôt de quatre deniers sur cet animal, lui faire exécuter ses exercices séance tenante. D'où est venu le dicton : Payer en monnaie de singe.

Les chansons de gestes appartiennent à l'histoire de la littérature plutôt qu'à celle de la musique. 11 est certain, toutefois, que des poèmes aussi remarquables que la Chanson de Roland, des romans aussi remplis d'épisodes héroïques que ceux de la Table ronde, ont dû inspirer des musiciens, comme les Niebelungen ont fourni des thèmes aux minnesingers (chantres de l'amour) et aux meistersângers (maîtres chanteurs).

Cependant, de même que la poésie homérique, les chansons de gestes, les contes, dits et fahliaux ont eu leurs rhapsodes.

Le trouvère chantait sur une formule mélodique, répétée à chaque période, certaines parties de l'œuvre et récitait les autres.

C'est ainsi que la Chanson d'Antioche :

Seigneur, soies en pais, taisiés la noise ester Se vous volés chançon gloriose escouter,

qui est un long poème de cinquante mille vers, était exécutée en France au retour de la première croisade. Les hauts faits de Godefroi de Bouillon et des chevaliers étaient célébrés dans ces vers, et l'on comprend l'intérêt qu'on y prenait.

Le fabliau d'Aucassin et Nicolette se chantait en partie sur cette formule :

Qui vau-rait bons vers o

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P g P =jâ

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tis, Ni - cho -Jette et Au - cas - sis.

11 en était de même de la déclamation lyrique des poèmes en Allemagne et dans les pays du Nord, des légendes du Saint-Graal, du chevalier Lohengrin, de Parsifal.

Le nombre des musiciens-poètes et des auteurs de chansons qui eurent du succès dans leur temps est considérable, et c'est le treizième siècle qui

en produisit le plus. Je ne puis en indiquer ici que les principaux. Au douzième siècle, Blondeau de Neele, autrement nommé Blondcl, et le châtelain de Coucy furent les plus renommés. Blondel, trouvère de Richard Cœur de Lion, est né en Picardie ; on a de lui vingt-neuf chansons, parmi lesquelles il y en a de fort jolies, notamment celles-ci : A la douçor du tens que reverdoie; Rien dois chanter qui fine amor ; li Bossignos annoncie la nouvelle.

Le châtelain de Coucy était parent du comte Raoul II sire de Coucy, qui fut tué à la Massoure en 1250. Il est appelé aussi Raoul dans l'histoire, mais Renaud clans le roman qui paraît avoir été écrit vers 1228. Le châtelain de Coucy était devenu amoureux de la dame de Fayel (Gahrielle de Levergies) en 1187. 11 la célébra dans des chansons qui sont parvenues jusqu'à nous, au nombre de vingt-trois, et partit pour la Terre Sainte (en 1189 ou 1190), où il fut blessé. Ramené en France, il mourut dans la traversée. On connaît la suite de l'histoire ou de la légende, dont le dénouement tragique se résume dans cette réponse de l'infortunée au cruel Fayel :

Je vous affi certainement Qu'en nul jour mes (mets) mengeray ; D'autre moreel ne metteray Deseure si gentil viande.

Thibault IV, comte de Champagne et roi de Navarre, a laissé soixantehuit chansons, qui témoignent de son talent comme poète beaucoup plus que comme musicien. Ses mélodies sont monotones et s'éloignent peu de la tonalité du premier mode du plain-chant. Les répétitions y sont fréquentes. On y chercherait vainement la trace de l'inspiration musicale et de l'expression qu'on trouve dans les chansons du châtelain de Coucy. C'était d'ailleurs un chevalier plein de vaillance, magnifique, entreprenant et ambitieux, que la mère de saint Louis, dont il fut éperdument et inutilement épris, sut contenir et soumettre avec autant de prudence que d'habileté.

Je reviendrai plus loin sur Adam de la Halle, pour ne pas interrompre l'énumération suivante des trouvères pendant le treizième siècle :

Andefrois le Bâtard, dix-sept chansons.

Andrieu Contredis d'Arras, dix-sept chansons.

Angecourt (Perrin d'), attaché h Charles d'Anjou, frère de saint Louis, qui cultivait aussi la poésie ; on a de lui vingt-six chansons. Arnould le Viéleux, trois chansons.

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