ORGANISATION DU CHANT LITURGIQUE CHRÉTIEN AN
alléluiatiques, Notker étendit ces derniers au delà des limites qu'ils avaient dans l'antiphonaire, ne conserva ensuite que les premières notes, et enfin les rendit méconnaissables par leur étendue. Les séquences de Notker (une fois parvenues à la forme du vers et de la strophe} étaient chantées, soit par un chœur, soit par deux chœurs alternant. RP cotes du vivant EE l'auteur par l'Église, elles furent l’objet d’une grande vénération et sers comme issues de l’inspiration divine. Notker est l’auteur de la belle prose Media vita in morte sumus à qui on attribuait des effets miraculeux, dont on abusait même en certains cas pour nuire aux personnes, et que le Concile de Cologne (1316) défendit de chanter contre quelqu’ un sans Ja permission épiscopale (autre document à verser dans le dossier de l’histoire de la magie musicale).
Au nom de Notker, il faut joindre : Turicon et RatPerT; Wipo: (+ 1050) auteur de la prose Victimæ pascali laudes (chantée encore le jour de Pâques, au dimanche « de la Résurrection »); Berxow de ReicHENAU, HERMANN ConTRACT; — Apam pe Saixr-Vicror, le chanoine parisien qu'on a pu appeler un second Notker..….. Le Concile de Trente les supprima, sauf les Cinq encore aujourd'hui chantées : Victimæ pascali; Lauda Sion Salvatorem, qui est chantée à la messe pour la fête du corps du Christ, et dont l’auteur est sarr Taomas p'Aquin (126%); Dies iræ, de Taomas pe Cecano (x siècle); Stabat mater de Jacques De Bexepicris (xrv® siècle); Veni Sancte Spiritus, chantée à la Pentecôte.
Extrêèmement nombreux, les #ropes sont aussi une sorte d'ornement accessoire et extérieur n'intéressant pas le fond de la liturgie, mais issus d’un mode de formation qui est le contraire des séquences. Au lieu du remplissage d’une place restée vide (sous une vocalise) dans le texte verbal, il s’agit au contraire d’une dilatation de ce texte, où on insère de nouvelles formules, des gloses, des idées complémentaires. Le trope est de trois sortes; il peut consister, ou bien en une composition nouvelle et complète, paroles et musique; ou bien en paroles seules; ou bien en musique sans paroles.
Au lieu de chanter : Æyrie, eleison (neuf fois), on chante : Kyrie cuncti potens genitor Deus, omni creator eleison. — fons et origo boni pie luxque perennis, eleison.
Kyrie salvificet pietas tua nos, bone rector, eleison, ate.…. (Trope de Tutilon, cod. 484 de Saint-Gall, p. 21 sqq.)
M. L. Gautier a donné une liste de soixante-dix-huit types de tropes du Kyrie, seulement pour la première époque. Un des tropes les plus célèbres de Tutilon, intéressant pour l’origine des drames liturgiques au moyen âge et contenu dans le même manuscrit (p. 13 et sqq.) est celui de l’introït « Puer natus est » (ad tertiam missam, in die nativitatis domini). On fait précéder ces trois mots d’un dialogue, et ils deviennent la réponse à une question. — Dans un manuscrit de la B. N. (Mss. lat. nouvelles acquis., 1235, f° 185) les mots Gloria in excelsis Deo, laudamus te, benedicimus te, sont noyés dans une prose qui les déborde. Tels les manuscrits où il faut un gril spécial pour annuler les passages inutiles et ne laisser apparaître que les mots essentiels; tel l’introït de l’Epiphanie : Ecce advenit Dominator (Codex Rhenaug. 97, Bibl. cantonale de Zurich, p. 6 et sqq.). On a tropé toutes les parties de la messe, depuis l'introït jusquà la communion. Un trope célèbre est celui qu’on chantait sur les dernières paroles du répons de Noël Descendit de cœlis (Processionnal de Solesmes, p. 27-28); c’est un trope purement musical. La prose Inviolata est un trope du répons Gaude, Maria Virgo; on l'intercalait entre les mots de la fin, Virgo — inviolata (Variæ preces, Solesmes, p: 28 et 127).
La messe du moyen âge avait ceci de particulier que le chant y remplissait une fonction Uturgique, essentielle à la célébration du sacrifice : « Au moyen âge, dit M. Peter Wagner, les relations des chanteurs liturgiques avec l'autel étaient plus intimes qu’elles ne le furent plus tard. La messe basse et la messe solennelle ne diffèrent aujourd’hui que par un plus grand apparat de cérémonies et de chants. Dans l’une et l’autre, le prétre est tenu de réciter les parkes chantées, qu'elles soient, ou non, redites par un chœur. C'est même le cas pour les pièces chantées à l’autel par un autre que le célébrant, par exemple l'Evangile, etc. Au moyen âge, il en était autrement. Non seulement les pièces de chant ne se disaient qu’à la messe solennelle — à la messe basse il n’y avait, à l'origine, ni introiït, ni Offertoire, etc. — mais encore elles étaient dévolues exclusivement au chœur et n'étaient pas marquées au Sacramentaire. On n’y trouvait non plus ni les chants des solistes ni ceux de l’ensemble; les soli étaient méme écoutés par tous, célébrant compris, en sorte que l’action sainte était suspendue. Le chœur médiéval remplissait d’éminentes fonctions liturgiques; en un certain sens il avait part