ORGANISATION DU CHANT LITURGIQUE CHRÉTIEN
comme le célébrant, à l’action sainte, car chacun s’acquittait d’une charge propre dont l’autre n'avait pas à se mêler. Aujourd’hui le chœur ne remplit plus une fonction à proprement parler liturgique; il est plutôt partie ornementale de la sainte cérémonie que partie organique. La fonction du chœur n’est pas regardée à l'autel comme suffisante, puisque le célébrant doit toujours réciter les textes chantés. Ceite intime relation entre l’auteur et le chœur fait comprendre que la réforme de la liturgie dut naturellement entrainer celle du chant; et même, sans le témoignage des auteurs, on déduirait presque forcément l’organisation du chant de celle de la liturgie ».
Autour de la messe, sommet de la liturgie, il y a l’office monastique et l'office du clergé séculier, c’est-à-dire les « Heures », le cursus diurne et le cursus nocturne des assemblées de prière : Vigiles ou Matines, rendues nécessaires dans la période des. commencements par l’impossibilité de se réunir autrement que la nuit, à l'insu des persécuteurs; Laudes; les quatre « petites heures » : Prime, (6 heures du matin), Tierce (9 heures, en souvenir de la condamnation du Christ), Sexte (midi, en souvenir du crucifiement); ÂVone (3 heures, en souvenir de la mort de Jésus); Vépres, et Complies. L'institution des Heures liturgiques, constituant la vie religieuse complète, est due aux communautés des chrétiens mystiques qui, dès le iv° siècle, se formèrent en Orient. Le mouvement initial partit d’Antioche, vers 350, et se répandit d’abord dans les églises grecques. La pèlerine gauloise Silvia décrit dans la relation de son voyage les cérémonies des Vigiles et des autres Heures dans l’église de Jérusalem (386). Pendant le séjour qu'il y fit de 390 à 403, l’évêque d’Autun, Cassien, trouva l'heure de prime introduite à Bethléem. L'usage monastique se répandit de bonne heure à Alexandrie, à Contanstinople, à Milan, à Rome. En Occident, la première réglementation complète de l'office fut donnée par la Aègle de saint Benoît (530).
Les Heures ont des prières chantées comme la messe : répons, antiennes, hymnes, avec des différences de style justifiées par ce fait que l'office était une fonction des clercs et des moines, plus préoccupés de liturgie que de
Se
‘musique, tandis que. certains chants de la messe ne tardèrent pas à être confiés à des chanteurs de profession, à des spécialistes plus soucieux de mélodie que de liturgie.
Si l’on tient compte de la diversité des genres de chant, de leurs modes d'exécution, des paroles diverses qu'ils mettent en œuvre, de leurs fonctions déterminées dans la liturgie, des circonstances où ils étaient exécutés, on ne s’étonnera pas que, le texte des psaumes étant une de leurs bases communes les plus importantes, les livres de chant de l’église soient si nombreux. Les plus importants sont, avec le Psautier, le Graduel (chants de la messe) et l’Antiphonaire (offices).
Bibliographie.
D'après Amalaire de Metz (De ordine Anrtiphonarü, 1x° s.), le livre de chant que les Francs appelaient Antiphonaire, était triple et portait trois noms différents chez les Romains : 1° Cantatorium, contenant les graduels (peut-être tous les chants de la messe), et correspondant au Gradale des Francs; 2° Responsorius, contenant les répons; 3° Antiphonarius, contenant les antiennes. — Le plus important des livres du chœur fut, de tout temps, le Psautier. Les hymnes, souvent intercalées dans le texte du Psautier, furent parfois réunies en un seul volume ou /ymnaire. Les chants interpolés ou « farcis » soit de paraphrases en prose (x°-xl° s.), soit de poésies régulières (x1°-xv° s.), étaient insérés dans les Tropaires. — Sur les livres liturgiques en usage au moyen âge, on peut consulter : Du CANGE, aux Indices de son Glossarium; ZACARIA, Bibl. ritualis, Rome, 1786: WiLHELM BRAMBACH, Psallerium, Bibliographischer Versuch über die liturgischen Bücher des christlichen Abendlandes, Berlin, 1887; la Bibliothèque liturgique d'ULyssE CHEVALIER; l'Histoire du bréviaire romain de PIERRE BATIFFOL (Paris, 2° édit., 1894) et l'ouvrage (même titre), en désaccord avec le précédent sur plusieurs points, de DOM SUITBERT BÂUMER, bénédictin de l’abbaye de Beuron (traduit en français, enrichi de notes et remanié par Dom RÉ- GINAL BIRON, bénédictin de l’abbaye de Farnborough, Paris, 1905, 2 vol. in-8). — Sur les livres rituels du moyen âge, leur contenu, les modifications qu’ils subirent au cours des siècles, soit à Rome, soit dans les diverses communautés chrétiennes, la critique en est encore réduite, d’après les juges les plus compétents, à des idées incomplètes et provisoires, puisées le plus souvent dans des ouvrages de la fin du xvrri° siècle et insuffisants. Pour élucider cette obscure et difficile question, il faudrait, dit Bäumer, « entreprendre l'étude et la comparaison des manuscrits liturgiques en dépôt dans les bibliothèques de l'Europe ».