‹ Histoire de la musiqueChapitre 31 sur 65 · AN " ERA N · texte numérisé non relu

AN " ERA N

252 LE LYRISME RP£LIGIEUX ET PROFANE DU GA AGE Dans un autre manuscrit monumental de la Bibl. de St-Gall (n° 390- 391, Antiphonaire de Hartker, 1x° siècle, publié intégralement en facsimilés phototypiques par les Bénédictins de Solesmes, 1900), on trouve — aux pages 52, 53, 158, 219, 222, 361, 265, 120, 118, 74, 220, 235, 361, 365 — des antiennes qui, de toute évidence, reproduisent un type unique de mélodie, un air constituant un de ces « timbres » qui sont nombreux dans le chant grégorien. Or, si la mélodie est certainement la même, le mode d'écriture des neumes ne l'est pas.

Par exemple, on trouve (p. 52, 158, 222, 265) le neume composé 71 et, ailleurs (p. 219, 220) les deux neumes simples, / -. Va-t-on en conclure que, dans une notation moderne, il faudrait traduire le pre-

mier signe, rythmiquement, par dd; et le second par d d?Ence cas, si on appliquait cette règle à tout l’ensemble de la composition, la mélodie-type serait constamment altérée; le timbre n’existerait plus.

En dehors des manuscrits, l'égalité des notes dans le plain chant est attestée par un très grand nombre de textes; on n'a que l'embarras du choix en feuilletant les divers recueils des Scriptores.

Les théoriciens de la musique mesurée l’opposent toujours au plain chant, qui lui est antérieur :

Cum de plana musica quidam philosophi sufficienter tractaverint, ipsam quoque nobis tam theorice quam practice efficaciter elucidaverint : theorice, præcipue Boetius ; practice vero Guido monachus; et maxime, de tropis Gregorius, idcirco nos, de mensurabili musica, quam ipsa plana musica præcedit tanquam principalis subalternativam, ad preces quorumdam magnatum tractare volentes, non pervertendo ordinem, ipsam planam perfectissime a prædictis philosophis supponimus propalatam.

(Zncipit de l'Ars Cantus mensurabilis de « Magister Franco pa- TisSiensis », XIII s.; texte d'après le mss. de la B. ambrosienne de

Milan).

Musicam dividunt in planam sive immensurabilem, et mensu-

‘rabilem, immensurabilem intelli-

Certains sages ont traité suffisamment de la musique plane et nous l'ont très bien expliquée, autant pour la théorie que pour la pratique (Boèce pour l’une, le moine Guido pour l’autre, et surtout Grégoire, pour les tropes); aussi, selon le désir de quelques hommes distingués, traiteronsnous ici de la musique mesurée, que la musique plane précède comme l’art principal précède l’art subalterne; en respectant cet ordre, nous supposons la musique plane connue grâce aux excellents exposés des savants dont noùs venons de parler.

On divise la musique en musique plane où non mesurée, et mesurée; on entend par musique

gentes ecclesiasticam que secundum S. Gregorium pluribus tonis determinatur.

non mesurée celle de l'Eglise qui, selon saint Grégoire, est déterminée par plusieurs tons.

(Jean de Grocheo, vers 1300, Theoria, traité publié et traduit en

allemand par J. Wolf, 1899.)

Elias Salomon (xm° s.) donne le principe suivant comme « regula

infaillibilis » :

Omnis cantus planus in aliqua parte sui festinationem in ullo loco patitur plus quam in alio, quam est de natura sui; ideo dicitur cantus planus, quia omnino planissime appetit cantari.

Le plain-chant n'admet nulle part une accélération de mouvement qui serait contraire à sa vraie nature; on l'appelle « plainchant » parce qu'il veut être chanté d’une façon absolument unie.

(Elias Salomo, Scientia artis musicæ, texte dans Gerbert, Se JE, ZA

La liste de ces témoignages pourrait être interminable...

Le vrai point de vue de la critique moderne a été fixé en 1852 seulement, lorsque M. de Coussemaker a trouvé, dans les archives du Mont-Cassin, un tableau des neumes intitulé : « De accentis (sic) vel” nomina notæ », et qui commence ainsi :

Prima (neuma), accentus acutus, facta est sic : + (virga); Secunda, accentus gravis, facta est sic : = (punctum). CLCE RS

Ce tableau indique à la fois que les neumes sont dérivés des accents aigu et grave, et que, comme les accents eux-mêmes, ils indiquent uniquement une élévation ou un abaïssement de la voix, sans rien de relatif à la durée des tons.

Ces preuves de l'égalité des notes dans le plain chant (exception faite des moræ yocis, aux signes de ponctuation) nous paraissent décisives. Elles nous dispensent de donner une bibliographie des longues et inutiles controverses instituées sur cette question,

-N. B. — L'argument exposé ci-dessus aux pages 250-251, est développé dans deux articles qu’a publié la Revue musicale (année 1901). L'article est signé de mes initiales; mais les documents et tous les éléments de la démonstration m'’avaient été fournis par un Bénédictin de Solesmes désirant garder l’anonyme. Suum cuique.

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