‹ Histoire de la musiqueChapitre 37 sur 65 · PR A" PE · texte numérisé non relu

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uon; 2° commémorer les Saints et les miracles qu'ils ont :

accomplis. On peut donc (en adoptant ici le principe d'exposition suivi plus haut pour la musique grecque) classer ainsi les drames que nous avons conservés : 1° ceux qui se rapportent aux principaux moments de la vie de Jésus : les Prophètes, qui prédisent la venue du Messie;

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l’Annonciation; le Massacre des Innocents; l'Adoration des Mages; les Pasteurs; les Trois Rois; les Saintes femmes au tombeau; les Trois Maries; la Résurrection... Le second groupe comprendrait les drames dont le sujet est tiré de la vie des Saints : les Filles dotées, le Juif volé, le Fils de Gédron..…..

Considéré d’un point de vue extra liturgique, ce théâtre offre des spécimens de genres divers : drame symbolique (les Vierges sages et les vierges folles); mélodrame avec enlèvement et retour final d’un enfant (le Fils de Gédron); drame à grand spectacle (Daniel); féerie (pièces sur les miracles de saint Nicolas); comédie lyrique (le Juif volé). La musique est mixte, tantôt plane, tantôt mesurée; les auteurs, tout en restant sous l'influence de l'Eglise, veulent parfois exprimer des émotions qu'ignorent les: mélodies rituelles : la colère, la haine, la crainte, la jalousie, la douleur maternelle... Il y a des morceaux, tels que le chœur des princes autour de Balthazar (dans Daniel), dont on peut dire qu’ils ont le caractère et l'allure grégoriens; ailleurs (et dans la même pièce) apparaît la musique mesurée. Il ne faut pas cependant aller jusqu’à croire avec Danjou et de Coussemaker, que telle monodie conservée par le manuscrit de Beauvais, appartenait à une composition polyphonique dont les autres parties « écrites sans doute sur des feuilles volantes », sont aujourd’hui perdues. (Les deux archéologues se sont trompés sur le sens du mot conductus, qui a bien souvent un sens musical et désigne, selon la définition de Jérôme de Moravie, un cantus multiplex, mais qui, souvent aussi, indique un cortège : cortège de la reine, de Darius, de Daniel, etc.). Dans le Fils de Gédron, on trouve un bizarre souci d'adapter la mélodie aux personnages : les ministres de Marmorinus, le roi, l'enfant, sa mère Euphrosine, les consolatrices, tous les personnages ont chacun une mélodie propre, qui les caractérise, et qu'ils chantent avec des paroles diverses dans toutes les scènes. (Le Leit-motiv wagnérien ne va pas jusque là, etil ne faut point le regretter). Il y avait une musique instrumentale, au moins dans certains drames. Ainsi, dans l’orgie HER les Satrapes apportant les vases sacrés à Balthar chantent en chœur : Qu'on fasse entendre les cithares !

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qu'on frappe dans les mains (citharizent, plaudant manus, mille sonent modis!). Il y a là, probablement, une musique ‘instrumentale ad libitum. Darius faisait son entrée au milieu des instruments à cordes; les rubriques sont précises sur ce point.

Que manque-t-il à ces drames lyriques? Les décors? Il y en a plutôt surabondance, étalage excessif, puisque, dès le début de la pièce, on exhibait et juxtaposait, au mépris des distances, {ous ceux qui devaient être nécessaires, dans la suite, au développement de l’action; les costumes? Ils sont indiqués avec la plus grande précision; ainsi, dans l’Apparition à Emmaüs, le Christ doit avoir une tenue de pèlerin, un bâton et une musette sur l’épaule, et marcher pieds nus; ailleurs, il doit apparaître en aube rouge, couronné d’un diadème et portant la barbe, la croix en main (Office du sépulcre). Quand les détails font défaut, les rubriques disent que le rôle doit être joué ir similitudinem du personnage biblique. Est-ce le jeu des acteurs qui est oublié? Il y a le manuscrit d’une pièce, la Complainte des trois Maries, où chaque vers est accompagné d'une note indiquant l'attitude et le geste qui conviennent au pérsonnage (désigner le Christ ; — désigner l'autel ou l'assistance; — embrasser Madeleine; — se mettre à genoux, etc., etc.). Analysons quelques-unes de ces œuvres primitives. . Les Prophètes, dont le manuscrit de Saint-Martial de Limoges contient le texte et la musique, présentent une succession de tableaux vivants, une série d'images, un défilé de personnages comme on en voit à la cathédrale de Strasbourg, sur le coup de midi, en une sorte de guignole où chaque battement de l'horloge fait passer devant le spectateur une nouvelle figure de l'Ancien Testament.

Ce « drame » se jouait dans l'Église, la veille de Noël.

Durant la période qui précède la grande fête, l'Avent, aussi bien dans les chants de la messe que dans ceux des offices du jour et de la nuit, l'Eglise faisait converger toute sa liturgie vers cette idée : le Christ est proche, le Sauveur va naître. Elle l’exprime de mille façons : prière, supplication, annonce solennelle, vision mystique et anticipée, chant d’allégresse, avec toutes les nuances de sentiment qui correspondent à ces divers modes de la foi. Ainsi (à la féerie II, infra Hebdom.1Il Adventus), à Laudes et aux Heures, on chantait :

in quo mi . sit De . us fi-li-um suumin ter . ras

Les antiennes de l’antiphonaire sont, pour cette période, toutes remplies d'images brillantes : elles annoncent une « source » prochaine où toutes les nations viendront boire la joie et le salut, une « rosée », une « pluie de justice » qui du ciel va tomber sur la terre (feria III, ad Laudes et per Horas), une récompense suprême qui sera donnée aux observateurs de la Loi... On compare Jésus à une. lumière dans la nuit, au soleil qui va paraître à l'horizon (antienne In Vigilia Nativ. Dom.). C’est une attente universelle (graduel du premier dimanche de l'Avent). La nature entière sera transformée : les montagnes distilleront le nectar; des collines, couleront des fleuves de laitet de miel (aux V êpres, premier dimanche de l'Avent). — Jérusalem, lève-toi, et vois le bonheur que ton Dieu t'apportel (Comm. du troisième dimanche de l’Avent). C’est un enthousiasme qui va gagner jusqu'aux objets inanimés; les arbres eux-mêmes applaudiront! (omnia ligna silvarum plaudent manibus, — ant. du deuxième dimanche de l'Avent). On va jusqu’à dire naïvement au Christ : « Viens! ne sois pas en retard! Noli tardare ».

Pour célébrer comme certaine la venue du Christ, l'Église s’'appuyait sur le témoignage des Prophètes (ainsi, férie IT, infra hebdomadam Adv., l’antienne : « Da mercedem domine sustinentibus te, ut prophetæ tui fideles inveniantur »; et, férie IV : Prophetæprædicaverunt nasei Salvatorem de Virgine Maria). Ces prophéties occupaient une. place considérable dans la liturgie (a l'office du matin, le samedi saint, l’Église n’en lii pas moins de douze, d’une grande étendue). De même, la Rome antique aimait à citer les vieux oracles annonçant l’empire universel. Mais le peuple ne veut pas seulement se souvenir et croire : il veut porr. A la facade de presque toutes les cathédrales du xrm° siècle il y a une galerie de statues colossales, qui ne sont pas les rois de France (comme on l’a cru d’abord), mais les rois. de Juda, prédécesseurs de Jésus. De la poitrine ou dela bouche du vieux Jessé endormi, on voit sortir un arbre chargé de

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feuilles, de fruits et de fleurs décoratives, sur les branches duquel, en buste ou en pied, apparaissent les rois de Juda, ancêtres du Christ; au sommet, dans le calice d’une fleur, en costume royal, la Vierge tient Jésus dans ses bras. Et

uelquefois, tous ces rois de Juda font de la musique (vitraux de la chapelle du Christ à la cathédrale du Mans, vitraux de la Sainte-Chapelle, miniature du psautier de saint Louis à l’Arsenal, etc.).

La pièce des Prophètes répond à un même besoin instinctif de réaliser des idées. I] y a quatorze personnages : un préchantre, qui fait office de prologue (personnage du théâtre latin antique), les prophètes, que le préchantre introduit un à un et qui sont : Israël, Moïse,

. Isaïe, Jérémie, Daniel, Abacuc, David, Siméon, Élisabeth, Jean-Baptiste, Virgile, Nabuchodonosor, et la Sybille. Choix singulier! mélange naïf de souvenirs de la Bible et d'éléments païens! Le préchantre pose une question à chacun de ces personnages : « Toi, un tel, que sais-tu sur le Christ? Dis-nous quelque chose! » Le prophète répond par une phrase tirée habituellement d’un texte biblique, et on passe à un autre. Tout est en latin et en plain chant.

Le prologue du préchantre est une séquence latine dont voici le début :

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Bien qu’il s'agisse d'exprimer l’allégresse (et que les paroles aient même un caractère assez militant, car il s’agit de combattre l’incrédulité par une démonstration décisive), le plain chant ramène tout à la sérénité de ses formes habi-

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