‹ Histoire de la musiqueChapitre 4 sur 65 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

tiques, luxueux et coûteux. On devine la grossièreté à laquelle ils seraient condamnés s'ils voulaient rester populaires : les masures de village, les croquis enfantins, les caricatures, les chromolithographies seraient leurs chefs-d’œuvre.

Telles sont les frontières que l’on peut donner aux domaines de nos deux triades.

Ainsi assurée de ses droits à la vie et de ses titres à l'attention, l'Histoire de l’art... rnusical est une branche de la philologie; elle appartient à ce faisceau de sciences qui apportent des contributions diverses à l’étude de l'esprit humain. Sa méthode n’est autre que celle des histoires classiques : étude des documents originaux, déchiffrement des vieilles écritures, comparaison des témoignages, classement des œuvres, et çà et là, quand il faut combler des lacunes, conjectures discrètes. Comment en serait-il autrement quand on songe que depuis Pythagore et durant une période de vingt siècles, les bases de la théorie musicale sont exposées dans des textes grecs et latins? Jusqu'à l’époque de la Renaissance environ, les musiciens ont cru qu’ils continuaient l'antiquité.

Je me suis attaché à débrouiller la question des origines. Je crois y être parvenu, grâce à une idée qui, en reliant les conceptions les plus primitives de l’art musical à celle de grands philosophes et de grands compositeurs modernes, permet, — pour ne parler que du point de vue historique, — d'introduire un peu d'ordre et d’unité dans un sujet qui paraît extrêmement confus. Cette idée n’est pas un jugement à priori, une hypothèse imaginée d'abord et soutenue ensuite à l’aide de textes : elle est la récompense inattendue d'un long travail d'observation, ce qui me donne confiance dans sa valeur. :

La musique a commencé par être une œuvre de magie à laquelle les premiers hommes demandaient d'opérer les miracles les plus invraisemblables: et,

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pour les penseurs, pour le dilettante lui:même qui ne

croit plus qu'aux miracles dont l'âme est le théâtre, elle a conservé, plus ou moins reconnaissable, ce caractère mystérieux de grande puissance morale. Le Grec de l’époque homérique se sert d’une incantation pour arrêter le sang qui s'échappe d’une blessure; l’Indien d'Amérique a un chant spécial pour conjurer un orage ou maîtriser le gibier dont il a besoin: Schopenhauer dit que la musique exprime une vérité supérieure à toute réalité matérielle, Universalia ante rem; et R. Wagner, dans son opuscule Beethoren, développe longuement cette thèse : l'auteur de la IX° symphonie, grâce au privilège de son art, a eu l'intuition directe des vérités éternelles. Au fond, ces quatre faits ont la même signification. Le primitif, le sauvage, le métaphysicien, le compositeur s'accordent dans leur conception de la musique. La seule différence est que les uns, incapables d’analyse, traduisent par des actes ce que les autres traduisent par un système de philosophie. Rechercher s'ils ont raison est l'affaire des esthéticiens. Nous nous bornons à conclure d’abord de cette observation que, s’il en est ainsi, c’est que la musique a les attaches Les plus fortes avec la nature humaine; elle vient des profondeurs du sentiment et de l’esprit : elle intéresse toute l’âme. Si elle tient une si grande place dans les civilisations, c’est que l’homme n’agit pas par raison pure : il est avant tout un être de foi, de sentiment et d'imagination. Ensuite, à la lumière des origines, toute l'histoire s’éclaire et s’ordonne : d’abord, la magie avec ses incantations; ensuite, la religion avec son lyrisme aux diverses formes, hymnes liturgiques, odes, drames; enfin, apparition d’un art qui se sépare peu à peu des dogmes pour s'organiser parallèlement au chant sacré et passer par ces trois phases : le divertissement profane, l'expression individualiste, le raturalisme (Beethoven). Telles sont les grandes périodes de l'histoire. Leur succession s’est

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renouvelée plusieurs fois, et elles se prolongent l’une dans l’autre : elles n’en sont pas moins les trois moments principaux dans l’évolution de Part.

Un autre fait que, suivant la même méthode expérimentale, j'ai eu plaisir à mettre en lumière sans crainte d’accumuler parfois les documents, c’est l'influence très grande que la France n’a cessé d’exercer, depuis le moyen âge, sur la musique internationale. On a dit que les Français étaient peu musiciens. L'histoire donne un démenti formel à cette opinion.

JC

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