‹ Histoire de la musiqueChapitre 15 sur 37 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

de la musique d'Église en italie.

Le genre d'église admet quatre espèces bien distinctes : l'espèce à capella, le style accompagné, le style concerté, et enfin l'oratorio.

On nomme espèce à capella un genre de composition écrit ordinairement sur les tons du plain-chant,dans la mesure à deux temps, et pour les voix sans accompagnement. C'est dans ce genre que Palestrina est devenu si célèbre. Mais comme toute composition exige du génie en raison même de sa simplicité, les successeurs de ce grand maître ne pouvant égaler le charme et la noblesse de son style, renoncèrent au genre; et il n'existe pas maintenant en Europe trois compositeurs en état de le traiter d'une manière convenable.

On doit regretter l'espèce a capella pour

plusieurs motifs. D'abord, comme on y employait les tons du plain-chant, et qu'un art n'a jamais trop de moyens, il est malheureux qu'on ne s'exerce plus que sur la tonalité moderne. Ensuite, ce genre appartenait essentiellement à l'église. Une mélodie noble et majestueuse, une harmonie simple et pure, semblent être plus convenables dans la maison de Dieu que le bruit et le fracas d'un orchestre, sans parler des autres inconvenances qu'entraîne aujourd'hui l'exécution d'une messe en musique dans nos églises.

Le style à capella ayant été abandonné, on n'usa plus, dans les compositions d'église , que du style accompagné et du style concerté. Le premier est celui dans lequel l'orgue et tout au plus quelques instrumens graves accompagnent les voix; le second, celui qui emploie tous les instrumens tant aigus que graves. Ce dernier est le seul qui soit maintenant en usage : on sait qu'il diffère peu du style dramatique. C'est dans le dix-septième siècle que plusieurs maîtres de l'Italie, entraînés par le succès qu'obtenait la musique du théâtre, commencèrent à pla-

cer des solo et des duo dans la musique d'église. Jusqu'alors tout avait été fugues, canons, morceaux dont le principal mérite consistait à porter au plus haut degré la science de l'harmonie; aussi, quoique ia musique d'église ait été cultivée alors par un grand nombre d'hommes habiles, entr'autres par Grégorio Allegri ', la plupart des productions de ce temps , hérissées de difficultés et privées de grâce et d'expression , sont plutôt des ouvrages classiques que des ouvrages agréables.

Il faut distinguer néanmoins les œuvres de l'illustre Alessandro Scarlatti, qui, pour être le fruit du savoir le plus profond, n'en plaisent pas moins à tous ceux que n'effraie point une grande sévérité de style. Les Italiens ont nommé Scarlatti la gloire de l'art, et le chef des compositeurs ; ses messes et

■ Allegri est l'auteur du fameux Miserere qu'on exe'cute à Borne, tous les ans, dans la semaine sainte, et qu'il est défendu de laisser copier sous peine d'excommunication. On sait que Mozart alla l'entendre deux fois a la chapelle Sixline , et le grava si bien dans sa mémoire , qu'il en présenta une copie parfaitement conforme au manuscrit original.

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*es motets, qui sont en très-grand nombre ' , étaient regardés par Jomelli comme les chefs-d'œuvre du genre.

Ce célèbre maître fut suivi dans la carrière parles plus grands harmonistes du dixhuitième siècle, dont plusieurs ont été ses élèves : on vit briller alors Léo, Marcello et Durante.

Léo, qui reçut des leçons de Scarlatli, travailla beaucoup pour l'église. Son Miserere, son Ave Marin Stella , passent pour des modèles de grandiose et de noblesse de style.

Marcello, noble vénitien, et patrice de Venise, est connu de toute l'Europe par sa magnifique collection de psaumes *, qui excitent encore aujourd'hui l'admiration de tous les musiciens. Ce célèbre compositeur était né en 1686, et mourut en 1741.

1 Un particulier de Naples assurait posse'der quatre cents morceaux de la composition de Scarlalti.

3 Ils ont éLe imprimés en Angleterre vers le milieu du dix-huitième siècle, avec une traduction anglaise. En l8o3, Seb. Valle, imprimeur à Venise , en a donne' une belle e'dition en huit volumes in-fol., en tête de laquelle se trouve le portrait de l'auteur.

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Quant à Durante, on sait qu'il est cité comme le plus grand harmoniste qui ait existé, et que ses compositions servent aujourd'hui de modèles dans tous les conservatoires d'Italie. Il était né à Naples en 169'i, et fut élevé au conservatoire <le Saint- Onofrio, où il recul des leçons de Scarlatti. Il ne fit jamais rien pour le théâtre, et se livra tout entier à la musique d'église. Il avait arrangé en duo les cantates de son maître; et l'on rapporte que Sacchini, qui les enseignait au conservatoire de Venise, baisait respectueusement , après chaque leçon, le livre qui les renfermait. Durante était aussi habile professeur que grand compositeur : il fut mis à la tête du conservatoire dei poteri di J.-C; et lorsqu'on parle encore aujourd'hui des maîtres qui ont illustré le dix-huitième siècle, on dit indifféremment qu'ils étaient de l'école de IVaples ou «le l'école de Durante.

Parmi ces maîtres si célèbres, le premier qui se présente au souvenir est Pergolose , non-seulement à cause de son divin génie, mais aussi parce qu'il contribua plus qu'aucun autre à opérer la révolution musicale

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que l'excès de la science avait préparée dans le siècle précédent. Quelle que soit notre admiration pour les grands compositeurs dont je viens de parler, il faut oser dire qu'ils avaient suivi le torrent, et que c'était surtout sous les rapports de l'harmonie que brillaient toutes leurs productions. Des auteurs qui n'avaient point leur génie s'étaient du moins efforcés d'imiter leur savoir, en sorte que la musique, réduite à l'a pure harmonie , n'offrait plus qu'une suite de combinaisons savantes ; et l'on sent bien qu'arrivé à ce terme l'art devait périr ou retourner à la simplicité. Pergolèse opéra cette révolution dans la musique d'église, de même qu'il contribua avec Hasse et Vinci à l'opérer aussi dans la musique dramatique; et ces trois grands noms font époque.

Giovanni Batista Pergolèse naquit en 1704, à Casoria, petite ville à quelques milles de Naples. Il fut reçu en 17 17 au conservatoire de cette dernière ville, appelé dei poi-eri di Giesu-Christo , qui depuis a été supprimé, mais qui comptait au nombre de ses élèves les plus célèbres compositeurs de

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l'Italie, entre autres Léonard Vinci. Gaetano Greco était alors à la tête de cette fameuse école. Ce grand maître, dont les Italiens ne parlent encore qu'avec éloge, distingua bientôt le génie de son jeune élève, il lui donna des soins particuliers, et lui apprit de bonne heure tous les secrets de l'art. A. l'âge de quatorze ans, Pergolèse s'était déjà fait connaître par des compositions plus scientifiques que mélodieuses ; mais à peine fut-il sorti du conservatoire, qu'il changea totalement de manière. Il entendit alors les ouvrages de Leonardo Vinci et d'Adolpho Hasse ', dont la clarté et la simplicité le ramenèrent bientôt à son goût naturel. Pergolèse prit des leçons de ces deux grands maîtres, qu'il semble avoir surpassés par le charme et la grâce de sa mélodie, et dont il adopta entièrement le style. Cependant, par une bizarrerie, qui peut-être contribua beaucoup à abréger les jours du Dominiquin de la musique 2, tous les ou-

1 Hasse, quoique ne' en Saxe, e'tait de l'école italienne ; i] avait reçu des leçons du grand Scarlatti.

2 C'est ainsi que depuis les Italiens ont appelé Pergolèse.

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vrages dramatiques de Pergolèse tombèrent ou furent reçus froidement. Les Florentins, la Serva padrona, et plusieurs opéras qu'il fit jouer sur le second théâtre de Naples, n'obtinrent aucun succès *; et V Olympiade, donnée à Rome en 1735, fut sifflée, tandis que dans le même temps et sur le même théâtre, la Didon de Duni attirait la foule 3. C'est donc seulement par ses compositions d'église que Pergolèse parvint à se faire apprécier de son vivant. A son retour de Rome, où le sort de X Olympiade l'avait entièrement dégoûté du théâtre, il composa à Naples la messe, le Dixit et le Laudate que nous avons de lui; et le grand succès qu'ils obtinrent le consola un peu des nombreuses

1 Ces derniers opéras, il est vrai, compose's sur le dialecte napolitain, e'iaient inintelligibles pour la plupart des Italiens.

3 Duni, qui avait de la bonne foi, et qui du reste e'I ait bon musicien , quoique bien inférieur à Pergolèse , rougit lui-même d'un pareil triomphe, et de'clara avec une noble indignation qu'il était furieux contre le public romain. II essaya même de former un parti des artiste* et des connaisseurs en faveur de V Olympiade , mais ce fut inutilement; le temps où le goût devait IVmp.nier n'était pas encore venu.

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injustices qu'il avait éprouvées jusqu'alors.

Cependant sa santé déclinait visiblement, et, depuis son voyage de Rome surtout, ses crachemens de sang devenaient plus fréquens et plus graves. Ses amis l'engagèrent à prendre une petite maison au pied du Vésuve, sur le bord de la mer '. C'est dans cette re- Iraite qu'il composa son fameux Stabat, la cantate d'Orphée, et le Salve regina : ce dernier ouvrage fut le cliant du cygne, et Pergolèse mourut, âgé seulement de trente- Irois ans, au commencement de l'année 1737.

A peine sut- on qu'il était mort que le deuil se répandit dans toute l'Italie; et si la justice fut tardive, elle ne pouvait être plus éclatante. Tous les musiciens s'arrachaient ses moindres productions, toutes les églises retentissaient de ses motets; on ne voulait plus entendre aux théâtres que sa musique, sans même en excepter ses intermèdes les plus trivials. Rome, comme pour faire amende honorable, fît remettre

1 Si l'on en croit les Napolitains, les personnes attaquées de la consomption guérissent proroptement dans ce lieu, ou elles succombent plus tôt, quand le mal est incurable.

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son Olympiade, honneur qu'on n'avait encore accordé à aucun opéra, et l'enthousiasme que cet ouvrage excita fut égal à l'indifférence qu'on avait témoignée d'abord. Enfin, après avoir abreuvé sa vie de chagrin , on couvrit de gloire son cercueil.

Tel est le charme des mélodies de Pergolèse , qu'il résiste aux changemens que la musique a subis depuis un siècle. Les grands progrès fie l'art, dans sa partie instrumentale, nous ont en vain habitués a des orchestrés formidables , nous n'en restons pas moins sensibles k cette grâce, à cette élégance qui distinguent des compositions purement vocales , aussi simples qu'expressives.

Les ouvrages de Pergolèse pour l'église sont :

i°. Une messe.

2°. Une idem à deux chœurs.

3°. Un Salve regina.

4°. Un Domine ad adjuvandum.

5". Un Confitebor.

6°. Un oratorio ( S. Guglielmo ).

7°. Un Laudate pueri.

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8°. Un Miserere.

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