MUSIQUE D EGLISE EN ALLEMAGNE
Quoique généi'alement, en Allemagne, la musique ait fait depuis long-temps partie de l'éducation , et que tous les souverains de ce pays se soient montrés zélés protecteurs d'un art dont plusieurs d'entre eux faisaient leurs délices , la négligence des Allemands pour recueillir les productions de leurs premiers maîtres a été encore plus loin peut-être que celle des Italiens; et l'on ne peut juger du véritable état de la musique en Allemagne qu'à partir du dixseptième siècle. Jusque-là nous possédons un nombre immense de traités de musique écrits par des Allemands, mais fort peu de compositions.
L'origine des écoles de l'Allemagne cependant remonte aux jours de l'école fia-
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mande l, et sous ce point de vue elles sont antérieures à celles de l'Italie. Il est vrai que depuis elles restèrent long-temps en arrière, et qu'elles ne reprirent de force et d'activité que beaucoup plus tard ; mais ce fut avec tant d'éclat, qu'un demi-siècle a suffi pour que nous devions à l'Allemagne un nombre prodigieux de chefs-d'œuvre en musique d'église.
Les Allemands cultivèrent toujours ce genre , auquel la religion luthérienne est aussi favorable que la religion catholique. Outre leurs chorals 2, espèce de musique qui leur appartient entièrement, ils ont reçu de l'Italie le chant grégorien, et se sont aussi exercés au contre-point sur le plain-chant ou au style fugué ; mais le peu qu'ils en possèdent est loin de valoir celui des Italiens ; et c'est seulement dans le style accompagné, et le style concerté, qu'ils se sont élevés au
1 Plusieurs auteurs allemands de ce temps sont cités dans diffe'rens ouvrages comme allant de pair avec les Flamands et les Français.
» Les chorals sont compose's à plusieurs parties , et chante's par toute la masse du peuple.
plus haut degré de perfection. Toute l'Europe connaît les oratorio de Handel dont il faut parler le premier, lors même que ce ne serait pas sous le rapport de l'ancienneté. Georges-Frédéric Handel naquit à Halle, dans le pays de Magdebourg, le ik février 168/» , et reçut dans cette ville, jusqu'à l'âge de quatorze ans, des leçons de Zachau, qui y était alors organiste. Il avait à peine vingtquatre ans, lorsque la réputation qu'il s'était déjà acquise par plusieurs opéras donnés en Allemagne et en Italie, engagea l'électeur de Hanovre à le nommer son maître de chapelle. Depuis ce temps il séjourna beaucoup à Londres ; il finit par s'y fixer tout-à-fait à l'époque où l'électeur de Hanovre devint roi d'Angleterre sous le nom de Georges Ier. C'est là qu'il composa plus de quarante opéras, et une quantité prodigieuse de musique instrumentale, outre sa musique sacrée.
Ses oratorio, si célèbres, sont au nombre de vingt-six. Il en écrivit la plus grande partie quand ses querelles avec les directeurs du théâtre de Londres l'eurent dégoûté de la carrière dramatique ; car il était impossible
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à ce génie si fécond de cesser de produire : aussi Handel composa-t-il jusqu'à ses derniers momens. Devenu aveugle dans sa vieillesse , il dictait sa musique , et l'exécutait luimême sur l'orgue. Ses nombreux ouvrages et le traitement de ^oo livres sterling par an que lui faisait le roi d'Angleterre , lui firent acquérir une fortune considérable *; quant a la considération dont il jouissait parmi les Anglais, on en peut juger par les honneurs qui furent rendus à sa mémoire. Ce grand maître , ayant cessé de vivre le i3 avril i~5g, prit place auprès des rois , et on lui éleva un monument funèbre dans l'église de Westminster. En 1784, on obtint l'agrément du monarque pour célébrer à sa gloire un jubilé solennel ; et pendant quatre jours consécutifs , ses ouvrages furent exécutés dans l'abbaye de "Westminster , auprès de sa tombe, par un orchestre de cinq cents musiciens, à la tête duquel était le célèbre violiniste Cramer. Cette pompe funèbre fut
1 II a laissé à ses païens en Allemagne vingt mille lm ei tevlins de liien
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renouvelée en 1785, en 1786 et en 1787 '.
Handeleut pour ami l'iiomme le plus étonnant peut-être par la multiplicité de ses talens et de ses travaux , Jean Matheson , né à Hambourg, le 28 septembre 1681 , et mort le 17 avril 1764. Il était en même temps secrétaire de légation du duc de Holstein , et chanteur a la cathédrale et au théâtre de Hambourg ; il enseignait la musique a plus de vingt écoliers ; il remplissait plusieurs places d'organiste , se livrait a l'étude du droit, à celle de différentes langues , et acquérait une haute réputation comme compositeur. Ses ouvrages , tant théoriques que pratiques, sont au nombre de quatre-vingthuit, et il a laissé à sa mort des matériaux, manuscrits pour en publier autant.
A l'époque où Handel enrichissait l'Angleterre de ses chefs-d'œuvre , C.-H. Graun brillait en Allemagne. Ce célèbre compositeur naquit en 1701 à Wahrenbruck , en Saxe. Il fit ses études à Dresde , à l'école de
1 Cette même anne'e , le Messie, un des plus beaux oratorio de Handel , -fut exe'cuté à Berlin , par un orchestre de trois cents musiciens
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Sainte-Croix , et devint maître de chapelle du roi de Prusse , Frédéric II. Ses messes , ses motets, la musique funèbre qu'il composa pour les obsèques du roi Frédéric- Guillaume , suffiraient à sa gloire comme auteur classique ; mais son chef-d'œuvre en musique d'église est l'oratorio de la mort de J.-C. Le magnifique caractère de cette composition fait presque regretter que Graun se soit autant livré à la carrière dramatique, quel que soit le succès qu'ont obtenu en Allemagne ses nombreux opéras.
Graun joignait à tout son génie le mérite d'être un excellent chanteur : il mourut en 1759, et l'on rapporte que le roi de Prusse en apprenant, à Dresde , la nouvelle de sa mort , versa des larmes , et s'écria : Nous ri entendrons jamais chanter aussi bien. On ne saurait connaître la moindre composition de Graun , sans s'étonner de voir le grand Frédéric le regretter avant tout comme chanteur !
Dans ce siècle si brillant pour l'école allemande , on vit éclore les sublimes productions de Hasse, de Haydn et de Mozart, qui, comme musique d'église, serviront à
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jamais de modèle. Ayant à parler de ces grands maîtres à l'article de la musique dramatique et instrumentale , je dirai seulement ici que les compositions de Hasse dans le genre sacré , quoique moins savantes que celles de Handel , sont tellement admirables sous le rapport de la mélodie , que le père Martini donne le nom de musique divine au Miserere que Hasse composa à Venise pour le conservatoire des incurables , quand il en fut nommé maître de chapelle. Quant aux messes et aux oratorio de Haydn * et de Mozart , le succès que ces chefs - d'œuvre obtiennent maintenant en France , sont la plus forte preuve que nous devenons enfin appréciateurs du vrai beau.
1 M. Choron , ilans le sommaire de la musique qu'il a mis en tête de son dictionnaire , observe avec raison que la Création et les Saisons de Haydn ne devraient pas s'appeler des oratorio , et qu'il faut les ranger dans la classe des cantates sacre'es. Les cantates n'exigent point d'action, ci diffèrent en cela de l'oratorio, que j'ai de'fini dans le chapitre précédent comme un petit drame.
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