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CHAPITRE XV

musique d'église en france.

Si on excepte l'époque où l'école française marchait de pair avec l'école flamande, époque à laquelle presque toutes les compositions étaient religieuses , ce n'est pas sous le rapport de sa musique d'église que la France pourrait lutter avantageusement contre l'Allemagne et l'Italie. Personne n'a jamais écrit sur la musique, sans reprocher aux Français d'avoir dénaturé le chant romain qu'ils avaient reçu de saint Grégoire, et d'y avoir substitué d'absurdes plains- chants , composés à l'époque de la plus grande dégradation de l'art; ridicule psalmodie, qui a fait dire à l'un de nos écrivains sur la musique *, que l'abomination de la désolation est dans le lieu saint.

Le genre d'église fut pendant long-temps

' ~S\. Choron.

DK LA MUSIQUE. 1^5

si mal cultivé en France, qu'on n'y possède pas de contre-point écrit sur le plain-chant, et que nous pourrions croire qu'on y connut à peine l'existence des différentes espèces à copclla, tant il en reste peu de vestiges. C'est donc seulement pour la musique d'église accompagnée par les instrumens que les compositeurs français ont acquis une réputation méritée.

Avant et pendant le dernier siècle, Campra, le Sueur de Rouen, Lalande, Blanchard, Mondonville , ont enrichi les cathédrales d'un grand nombre de compositions qui sont loin d'être sans mérite, mais qu'on n'exécute plus aujourd'hui, attendu que la révolution qui s'est opérée dans notre mélodie a donné une couleur surannée à la musique d'église comme à la musique dramatique de ce temps. Et ceci offre un motif de plus pour regretter que l'espèce à capella n'ait pas été spécialement attachée à l'église, à l'exclusion de tout autre genre. Les compositions religieuses étant bien moins soumises au goût et aux caprices du public que ne le sont les opéras, cette branche de l'art, au moins, aurait conservé un caractère in-

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variable , et passerait sans altération aux siècles à venir.

MM. Gossec, le Sueur, et plusieurs autres , ont prouvé que le style noble et sévère qui convient à la musique d'église n'était pas étranger aux compositeurs français. Nous devons à M. Cherubini, que la France s'honore d'avoir naturalisé, des messes, des psaumes, des motets et des oratorio, audessus desquels on ne peut rien citer sous le rapport du grandiose dans le style , et de la réunion si rare de la facture la plus savante à des mélodies pleines de grâceet d'expression. La messe à trois voix de ce grand maître est surtout regardée par tous les connaisseurs comme un chef-d'œuvre, et placerait seule M. Cherubini à côté de Mozart pour le genre d'église.

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