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DE LA MUSIQUE DE CHAMBRE EN ITALIE

On distingue , dans la musique de chambre, quatre espèces de compositions , les madrigaux simples , les madrigaux accompagnés, les cantates , et les pièces fugitives, qui comprennent , pour l'Italie , la canzonnette, la villanelle, la barcarole , etc. ; pour la France , la romance, le vaudeville , etc. *.

Le madrigal, qui a pris naissance à l'époque où la musique était toute scientifique , se ressent de son origine , et tient beaucoup de la fugue , quoiqu'il permette des licences que

' L'Espagae a le boléro. Je saisis celte occasion pour m'excuser de n'avoir parle' , dans ce petit ouvrage , que de l'Italie , de la France et de l'Allemagne. Il est bien vrai que l'Espagne et l'Angleterre ont produit des musiciens, et même des compositeurs ; mais c'est en si petit nombre qu'on ne peut pas dire qu'il existe une e'cole espagnole , une école anglaise ; et je me suis borné à ne parler que des nations qui ont eu et ont encore une école.

celle-ci ne permet pas. Il tire son nom des petites pièces de peu-sic sur lesquelles il se composait , et qu'on appelait des madrigaux. Cette espèce de musique était en extrême faveur dans le seizième siècle et au commencement du dix-septième ; mais depuis qu'on n'exécute plus dans les concerts que de la musique dramatique , les madrigaux ne sont plus connus et chantés que par un très - petit nombre de musiciens. Les maîtres de l'école flamande s'étaient fort distingués dans ce genre; cependant l'Italie les a surpassés, et le madrigal a été porté à la perfection par Luca Marienzo, Palestrina , Cl. Monteverde , Carlo Gesualdo, prince de Venosa . , et enfin Alessandro Scarlatti. Luca Marienzo, qui a précédé tous les autres, est si remarquable par la grâce et l'élégance de son style , que l'Italie le nommait il pià dolce cigno, et qu'on a prétendu depuis que les muses mêmes ne rougiraient pas d'avoir composé ses chants. Il est admirable en effet que, dans des compositions vocales à cinq

1 Ce prince , plus connu encore par son talent que par ' .( liante naissance , e'tait Napolitain; il est morl en iGr^-

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et à six voix ' , les attaques et les imitations soient toujours des traits mélodieux , qui se succèdent, s'entrelacent, et forment un tout ravissant pour l'oreille , en dépit de la sévérité de la facture; aussi Marienzo est-il encore regardé comme un homme d'un génie remarquable pour le style madrigalesque , et l'on conserve avec soin tous ses ouvrages à la chapelle sixtine 2.

Le madrigal accompagné est d'invention plus moderne , et comporte plus de liberté que le madrigal simple. Il n'a pu exister que depuis le moment où l'usage s'est introduit de placer sous les voix une basse instrumentale différente de la basse vocale, usage qui ne remonte qu'au commencement du dix-septième siècle. Frescobaldi , Carissimi , Lotti , Scarlatti , Clari , Marcello et Durante, ont excellé dans le geni'e du madrigal accompagné ; mais depuis eux , cette

1 Les madrigaux se composaient à trois, quatre , cinq , >ix , et même sept parties, toutes oMige'es , à cause des fugues ou desseins dont ces morceaux étaient remplis

2 II est mort à Rome où il e'tait maître de cliapclle du Pape , en t5()g.

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branche de l'art a été totalement abandonnée, soit à cause des difficultés de la composition, soit à cause de celles de l'exécution.

La cantate est, comme on sait, une sorte de petit poëme lyrique qui se chante avec des accompagnemens; et j'aurais pu la ranger indifféremment dans la musique d'église ou la musique de chambre , puisqu'il existe aussi des cantates sacrées. Elle tire son origine du draine lyrique , et l'on fait remonter l'époque de son invention au commencement du dix-septième siècle. Les madrigaux avaient composé jusque-là toute la musique de concert, en sorte qu'on ne chantait qu'en parties. Giulo Caccino, célèbre chanteur qui vivait vers l'an 1620, semble avoir été le premier qui imagina de chanter des solo ou des airs. Il en composa lui-même qui eurent le plus grand succès, quoique, si l'on en juge par ce qui nous en reste, ils fussent assez médiocres; mais on conçoit que ce genre de musique, qui laissait mieux entendre les paroles, et qui permettait beaucoup plus d'expression, dut plaire infiniment , surtout dans sa nouveauté ; et l'usage s'en répandit

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rapidement dans l'Italie et dans toute l'Europe.

Poliaschi de Rome , Loretti Vittori de Spolète, et Benedetto Ferrari de Reggio, sont les premiers auteurs que l'on cite pour avoir acquis quelque réputation dans le genre de la cantate. On nomme après eux Merula *, Graziani, Bassani , et surtout Carissimi. Ce dernier, que toute l'Europe a regardé comme le plus habile compositeur de son temps, faisait les délices de l'Italie vers l'année i635, et vivait encore en 1672. On lui attribue généralement l'oi-ganisation actuelle du récitatif, qu'il rapprocha de l'accent du langage naturel , ainsi que le perfectionnement de la basse, qui avait été jusque-là lourde et monotone, et à laquelle il donna plus de mouvement. C'est encore lui qui, le premier, joignit aux motets l'accompagnement de la musique instrumen-

' C'est dans unccanlate burlesque de Merula , dont le jirjet est Curtius se précipitant dans le gouffre ( Curtio précipitait) ), que l'on trouve pour la première fois une ligne de démarcation parfaitement établie entre le re'citatil et l'air.

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taie, et l'introduisit dans les églises. Carissimi ne travailla jamais pour le théâtre ; niais ses cantates sacrées et profanes sont si admirables qu'elles font partie de toutes les collections de bonne musique, et qu'elles ont suffi pour lui conserver, dans toute l'Europe , la plus grande renommée. Il n'est cependant pas l'inventeur de la cantate, ainsi que l'ont écrit plusieurs auteurs; seulement il parait avoir été le premier qui en ait composé pour l'église, et sur des sujets religieux : ses plus célèbres sont le Jugement de Salomon et Jephté.

Carissimi fut le maître de Cesti , de Scarlatti , de Buononcini, de Bassani , etc. C'est lui qui répondait, quand on le complimentait sur l'extrême facilité de son style : Ah ! qu'il est difficile d'être facile!

On cite , pour la cantate , depuis Carissimi , le fameux Al. Scarlatti , Marcello , Pergolèse , dont l'Orphée passe pour un chef-d'œuvre ; enfin le baron d'Astorga et le célèbi'e Porpora,quiont laissé l'un et l'autre des recueils que l'on considère comme ce qu'il y a de plus classique en ce genre. Mais toutes ces belles productions ne sont plus

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étudiées que par des amateurs instruits ; on connaît à peine, et on ne chante pas des cantates beaucoup plus modernes que Sarti a composées, vers la fin du dernier siècle, sur de charmans petits poèmes de Métastase, pour les voix de Pacchierotti , Marchesi et Rubinelli *. Ce recueil est la perfection comme musique de chambre ; et loin d'être ignoré, il se trouverait sur tous les pianos, si la cantate n'avait point partagé le sort du madrigal , en cédant comme lui la place dans les concerts à la musique dramatique. Les cantates sont donc aujourd'hui entièrement reléguées dans les bibliothèques , et depuis qu'on n'en chante pas on n'en compose plus. Dans le genre des pièces fugitives, les Italiens sont encore les plus riches. Il existe chez eux un nombre prodigieux de canzoni ou de morceaux de musique de chambre , composés par les plus grands maîtres , et dont un amateur pourrait former une collection délicieuse. Outre ces productions d'un style relevé , chaque différent peuple de l'Italie possède des canzonctle qui lui sont par-

' Ces cantates ont paru sous le nom Je canzonetle.

ticuîières, qui toutes ont, pour ainsi dire , une couleur locale , et dont le charme égale la variété: telles sont la villanellè , la flololle , et surtout la barcarolle ou chanson <le barque, ainsi nommée parce que ce sont les gondoliers à Venise qui la chantent , et qui souvent même la composent. Les airs des barcarolles sont simples, mais si mélodieux et si agréables sur le dialecte vénitien , que beaucoup d'airs de nos opéras sont bien loin de produire autant d'effet. Comme , en Italie, le chant est pour ainsi dire le langage naturel du peuple , et.que d'ailleurs les gondoliers ont à Venise leurs entrées gratuites à tous les théâtres , et s'y forment le goût , ces hommes grossiers chantent les barcarolles avec autant de grâce que de pureté. La plupart d'entre eux savent par cœur tout le poème de la Jérusalem délivrée ; et dans les nuits d'été on les entend, à la gloire du Tasse, chanter alternativement d'une barque à l'autre , les Amours cV Armide ,ou la Mort de Clarinde.

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