DE LA MUSIQUE DE CHAMBRE EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
Depuis le règne de François Ier., jusqu'à celui de Louis XIV, époque à laquelle Lully nous apporta la mélodie des Cavalli et des Cesti , la musique , peu protégée en France, y fut à peine cultivée. Les guerres civiles et religieuses qui déchirèrent ce beau pays pendant près d'un siècle , étouffèrent tous les arts , et la profanation des églises surtout devait être fatale à la musique, qui n'avait fleuri jusqu'alors qu'à l'abri des autels. Aussi l'école française resta - t - elle , durant ce temps , fort en arrière des écoles d'Italie. Le père Mersenne cependant , dans son Harmonie universelle , ouvrage publié à Paris en i636, décrit treize différentes espèces de compositions qu'il dit avoir été en usage alors ; telles que passacailles , courantes ,
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branles , Canaries , sarabandes, etc. Mais la plupart de ces noms indiquant des airs de danses ', et la partialité du père Mersenne pour la musique française , se montrant à chaque ligne de son livre, cette pompeuse énumération prouve plus que touie autre chose la pauvreté de l'art à cette époque.
M. Laborde a inséré , dans son second volume a, un grand nombre d'airs français du seizième siècle. Il est fort malheureux que ces airs soient visiblement tronqués ; et tous les éditeurs de vieille musique devraient bien s'abstenir de ces arrarigemens à la moderne, qui rendent leurs découvertes nulles aux yeux des curieux et des savans.
D'après ce que je viens de dire , on voit que les Français n'ont point de madrigaux ; puisque ce genre de musique se cultivait en Italie à l'époque où la France ne possédait pas de compositeurs. Quant aux cantates, on cite parmi les plus anciennes celles de Clérambaut et de Bernier, qui tous deux na-
1 Le père Mersenne ne fait aucune mention du menuet, qui fut en si grande vogue plus tard.
2 Essai sur la musique ancienne et moderne.
quirent dans le dix-septième siècle. Bernier surtout paraît avoir été un des plus habiles maîtres qui se soient montrés à la renaissance de la musique en France. Trèssavant dans le contre -point, il aimait son art avec une si grande passion qu'on rapporte que pendant son séjour à Rome, voulant prendre connaissance des partitions de Caldera, et ne trouvant pas d'autre moyen d'y parvenir que de se faire recevoir chez lui en qualité de domestique, il entra sur ce pied dans la maison du compositeur italien. Un jour Caldera ayant laissé sur son bureau un morceau qu'il n'avait point terminé, Bernier prit la plume, et l'acheva. Cette aventure le fit reconnaître, et les deux artistes restèrent liés de l'amitié la plus intime. Bernier fut maître de musique de la Sainte-Chapelle, et ensuite de la chapelle du roi.
Maintenant, la cantate, abandonnée en Italie, le serait aussi en France, si tous les ans , les élèves qui concourent pour la place de l'école française des beaux -arts, à Rome, n'étaient point obligés par le règlement d'en composer une. On a pensé avec raison qu'au-
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cune autre composition ne pouvait être aussi propre à faire juger tout à la fois du savoir et du génie des concurrens. Ces petits poèmes renfermant ordinairement trois morceaux dont le mouvement et l'expression diffèrent, et qui sont coupés de récitatif, donnent à l'artiste la faculté de déployer tous ses moyens, de faire entendre des citants mélodieux et expressifs , tels qu'ils conviennent à la musique dramatique, et d'employer les plus brillantes ressources de l'orchestre. Aussi voyons-nous tous les ans la foule se porter dans la salle de l'Institut royal où se donnent les grands prix, chacun étant curieux d'entendre la cantate, et d'apprendre par là si la France possède un nouveau compositeur.
C'est surtout dans le genre des pièces fugitives que les Français réussissent, et que leur musique de chambre ua caractère original. Dans aucun pays du mondton ne fait d'aussi jolies romances, et les plus anciennes ne sont pas les moins agréables. Les chansons françaises ont un caractère de gaieté et de facilité remarquable ; il en existe un nombre prodigieux, et de
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tous les genres. Depuis quelques années on compose pour les concerts des petits canons et des nocturnes qui forment de charmans recueils. Ces morceaux, réservés aux amateurs, ont le double avantage de n'être point chantés sur les théâtres, et de jeter de la variété dans les soirées musicales.
Les Allemands ayant surtout cultivé la musique instrumentale, se sont peu distingués dans le style de ehambre. Ils ne possèdent rien de remarquable ni en madrigaux , ni en pièces fugitives ; mais dans la cantate ils ont de fort beaux ouvrages , à la tête desquels il faut placer les chefs-d'œuvre de Haydn et ceux de Ramier.