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■violon fut invente en France sous la première race; car c'est de celte époque et dans ce pays qu'on en trouve les premières traces. Ce ne furent cependant pas les inventeurs de ce bel instrument qui en perfectionnèrent l'usage , et il faut pour ceci , comme pour toute autre branche de l'art, retourner en Italie.

Baltazarini, qu'on appelait en France de Beaujoyeux , est le premier violiniste fameux dont il soit fait mention. Il fut amené du Piémont à la reine Catherine de Médicis, par le maréchal de Brissac, en 1577. A cette époque, la musique instrumentale prenait un grand accroissement en Italie. Les instrumens avaient été introduits dans les concerts, afin de renforcer les voix dans l'exécution du madrigal; et lorsqu'il arrivait qu'un chanteur venait à manquer , un instrument le remplaçait. Bientôt on écrivit des parties instrumentales dans les madrigaux et dans les messes l. On appelait ces

1 Montagne dit qu'en l58o, lorsqu'il alla en Italie , les messes , dans la grande e'glise de Ve'rone , étaient accompagne'es pas des orgues et des violons.

parties concerto , quoiqu'elles ne fussent que des accompagnemens aux psaumes et aux motets; car le concerto purement instrumental ne parait pas avoir existé avant l'époque où brilla Corelli : plusieurs écrivains en attribuent l'invention à Torelli son comtemporain, mais sans aucune bonne autorité. Quant aux sonates, les premières dont on a connaissance sont composées pour deux violons et une basse, par Francesco Turini, organiste, qui les publia en 1624- Mais Corelli est le premier qui ait laissé de vrais modèles dans ce genre. Ce grand violîniste naquit à Fusignano sur le territoire de Bologne, et il eut pour maître J.-B. Bassani. Son talent sur le violon était tel qu'on le demandait dans toute l'Europe , et que les souverains se le disputaient. L'école romaine, qu'il fonda, a produit durant la première moitié du dix-huitième siècle, tant en instrumentistes qu'en compositeurs pour le violon, les plus grands artistes dont l'Italie puisse se glorifier. On compte parmi ses élèves, Baptiste, Geminiani, Locatelli, Lorenzo et Giambattista Somis.

Après avoir fait les délices de l'Italie et

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s'être assuré les titres les plus brillons a la renommée, comme exécutant, comme chef d'école et comme compositeur, Arcangelo Corelli mourut à Rome le 18 janvier 171 3. On lui a érigé un buste dans le Vatican avec cette inscription :

« Corelli princcpa musicorum. ■>

Ses admirables sonates sont regardées par tous les maîtres comme des chefs-d'œuvre de grâce, de goût et d'élégance. On en possède quatre œuvres, que les musiciens considèrent avec raison comme le rudiment de ceux qui se livrent à l'étude du violon. Il en est de même des solo et des concerto de ce grand violiniste. Tartini formait tous ses élèves sur les solo de Corelli ; et le docteur Burney rapporte que le célèbre Giardini lui a dit un jour que, sur deux écoliers d'âge et de dispositions égales, il parierait toujours pour le talent de celui qui aurait commencé ses études par les œuvres de Corelli. Il est beau d'être encore le maître par excellence, en musique surtout, cent cinquante ans après sa mort; et ce mérite pa-

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rait vraiment étonnant, quand on songe aux progrès qu'a faits l'harmonie pendant ce laps de temps, et au changement presque total qui s'est opéré dans le style. Mais les caractères du génie de Corelli étant la grâce, le naturel et la simplicité , sa musique brave le temps ; tandis que les compositions tourmentées dans lesquelles la recherche se montre ne sont à la mode qu'un instant, et prennent bientôt un air suranné '.

La publication des œuvres de Corelli mit le violon en si grande vogue en Italie, qu'au commencement du dix-huitième siècle chaque ville possédait un ou plusieurs violinistes du premier ordre : On cite Clari à Pise , Veracini et Bitti à Florence, Lamentià Bologne, Vitah à Modène, Perelli et Ciampi à Massa Carrai a , Lombardi à Lucca, Yisconti à Crémone , Giacopino di Pistoia à Pistoia , et Masciîi à Naples.

Tous ces habiles artistes , auxquels il faut joindre les élèves de Corelli, et notamment

1 Henri Purccll , violiniste anglais , et contemporain de Corelli , fui oblige' de récrire , au bout de peu d'années, tous les agre'mens dont il embellissait sa musique , parce <[ne ces tournures avaient trop vieilli.

Geminiani, composèrent dans tous les genres pour le violon , et maintinrent l'école dans l'état le plus brillant , jusqu'à l'époque où l'admirable Tartini vint porter pour ainsi dire jusqu'au prodige le pouvoir d'un instrument.

La gloire de ce grand artiste est encore si près de nous , puisqu'il n'est mort qu'en 1770, et que nos plus habiles violinistes sont élèves de ses élèves , qu'on ne saurait rien dire sur lui qui ne soit connu de tous les amateurs de musique. C'est en 1728 que Giuseppe Tartini fonda à Padoue la célèbre école qui le fit justement nommer par les Italiens , il maestro délie nazioni. Cette école adonné à l'Europe, Nardini,Pascalino Bini , Alberghi , Carminati , et une foule d'autres grands talens. Ses leçons étaient si précieuses, qu'un de ses plus chers élèves, Pascalino Bini, dont la réputation était faite depuis long-temps, ayant appris, en 1744» que Tartini venait de changer son style , et d'abandonner la difficulté pour la grâce et l'expression , retourna à Padoue , afin d'étudier de nouveau sous cet excellent maître. Il paraît que jamais on n'a joué l'adagio

d'une manière plus expressive et plus ravissante que Tartini; aussi disait-il , toutes les fois qu'il entendait jouer avec dextérité , mais sans âme : Cela est beau , cela est difficile , mais cela ne parle pas au cœur.

Il est malheureux qu'un si grand violiniste et un si grand compositeur ait eu , comme Rameau , la faiblesse de vouloir fonder un système , qui n'est entendu de personne , pas même de Jean - Jacques, quoique ce séduisant écrivain le prône dans son Dictionnaire de musique. Le temps que Tartini perdit en essayant d'appliquer à la musique la géométrie et la physique qu'il savait mal aurait été bien mieux employé s'il l'eût consacré à son art qu'il savait si bien ! Il faut lui savoir gré cependant de sa découverte du troisième son, ou de la résonnance de la troisième note de l'accord quand on fait sonner les deux notes supérieures ; découverte qui ne lui a été contestée par aucun mathématicien , et dont plusieurs ont parlé avec éloge l. Mais

1 Si Ton chante uu duo en tierces , la basse est sousrntendue pour toute oreiile sensible. Elle se fait entendre distinctement , lorsque sur le violon on forme une suittf

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ce qui a surtout fondé la haute réputation de Tartini , c'est la beauté de ses compositions musicales. Il a laissé plus de cent sonates pour le violon , qui toutes portent l'empreinte du génie et ne laissent rien à désirer sous les rapports du savoir , de la variété , du sentiment, et du grandiose de style. Quant à ses concerto , qui sont en aussi grand nombre , voici ce qu'en dit Ginguené dans l'Encyclopédie , à l'article Concerto : « On sait que ce grand homme ( Tartini ) fit une double révolution dans la composition musicale et dans l'art du violon ; des chants nobles et expressifs , des traits savans , mais naturels et dessinés sur une harmonie mélodieuse , des motifs suivis avec un art infini, sans l'air de l'esclavage et du pédantisrne que Corelli lui-même , plus occupé du contre-point que du chant, n'avait pas toujours évité ; rien de négligé , rien d'affecté , rien de bas ; des chants aux-

<le tierces parfaitement justes. « Si vous n entendez pas la basse, disait Tartini à ses élèves , vos tierces et vos sixte; sont imparfaites pour la justesse. »

( M. CLoron , Dictionnaire des musk n m

» quels il est impossible de ne pas attacher » un sens , et où l'on s'aperçoit à peine que » la parole manque : tel est le caractère des » concerto de Tartini. »

Tartini joignait toutes les vertus à son beau génie. Doux , bienfaisant , de mœurs irréprochables , l'homme le plus recherché de l'Italie était le plus modeste des hommes. Bien différent en cela de Veracini , son contemporain et dans les premiers temps son rival , dont le mot habituel était : Il n'y a qu'un Dieu et un Veracini.

Dès qu'il avait existé de la musique purement instrumentale , une carrière fermée jusqu'alors se trouvait ouverte aux compositeurs , et l'art ^2 devait pas tarder à s'enrichir d'une îoule de productions aussi neuves que variées. Le premier morceau pour quatre instrumens dont il ait été fait mention, est un quatuor de Gregorio Allegri , l'auteur du fameux Miserere. Ce quatuor est écrit pour deux violons, un alto et une basse , et le père Kircherl'a inséré dans sa Musurgia, ouvrage qui aparuen i65a. Cependant l'époque à laquelle le trio, le quatuor et le quintetto prirent un caractère fixe, est celle où brilla Boccherini.

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Ce grand maître , ne à Lucques le 14 janvier 1740» et mort à Madrid en 1806, a publié cinquante-huit œuvres de symphonies , sextuor , quintetti , quatuor , trio , duo et sonates pour le violon , le violoncelle et forte-piano. Depuis lui , nous devons à l'Italie les brillantes compositions de Fiorillo , Giardini , Pugnani , etc.

Quant à la symphonie, cet ensemble pompeux de tous les instrumens, quoique l'Italie en ail produit un certain nombre, c'est en Allemagne qu'elle a été portée au plus haut degré de perfection. Comme les Italiens jusqu'ici n'avaient fait cas que du talent de leurs chanteurs, il en résulte qu'ils sont bien loin maintenant d'égaler la France et l'Allemagne sous le rapport de l'exécution instrumentale. En Italie , le meilleur orchestre ne vaut pas celui d'un petit théâtre de Paris. Ce qu'on appelle bons musiciens, c'est-àdire les gens qui lisent à première vue la musique avec facilité et précision , y sont plus rares que partout ailleurs; mais les difficultés que présentent pour l'orchestre les nouveaux opéras formeront indubitablement, et avant peu, des instrumentistes.

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