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DE LA MUSIQUE INSTRUMENTALE EN ALLE- MAGNE

De tous les temps les Allemands ont été renommés comme instrumentistes. Soit que la dureté de leur langue leur ait fait chercher une autre route que celle de la mélodie vocale pour se distinguer dans un art dont ils sont idolâtres , soit qu'ils aient cédé en cela à leur goût naturel pour la sonorité, goût qui se reconnaît, dans toutes leurs compositions, à la préférence qu'ils accordent aux accords qui ont le plus d'éclat et aux instrumens les plus bruyans.

A une époque où l'orgue était à peu près le seul instrument en usage, ce fut un Allemand, nommé Bernhard qui, en 1 470 , inventa les pédales pour les orgues de Venise ; et depuis , les organistes des églises allemandes n'ont pas cessé d'être les plus habiles de

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l'Europe. Il en exislait au moins un dans toutes les grandes villes, et la liste en serait immense. Chacun d'eux ayant composé pour son instrument, les Allemands posséderaient une superbe collection de musique dans ce genre , sans la négligence qu'ils ont mise pendant long-temps à conserver leurs productions musicales , principalement les plus anciennes, qui seraient les plus curieuses.

Quant à la musique de violon , l'Allemagne n'a d'abord fait que suivre l'école de Corelli , et c'est alors que Benda et Stamitz ont marché avec succès sur les traces de ce grand maître. Le premier, qui fut maître de chapelle du grand Frédéric , n'a publié que des sonates ; mais le second fit exécuter à Manheim , où il était directeur de la musique de l'électeur palatin, des symphonies qui donnèrent à l'art une sorte d'élan vers ce grandiose dont Haydn et Mozart ont laissé de si beaux modèles.

L'époque ne pouvait être plus favorable à la musique instrumentale : les grands et petits souverains de l'Allemagne avaient alors chacun un orchestre nombreux attaché à leur cour. Vers l'année 1759, l'orchestre de Man-

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heim était regardé comme le plus complet et le mieux conduit de l'Europe. C'est là que Stamitz , Holzbauer, Filz, Canabich , Toeski et Frantzel , firent entendre des symphonies qui obtinrent par leur éclat le plus brillant succès ; et ces pompeuses compositions avaient déjà supplanté les concerto et les ouvertures d'opéra , dans les concerts , lorsque Haydn parut.

Joseph Haydn naquit le 3i mars 1732, dans le village de Rorhau , sur les confins de l'Autriche et de la Hongrie. Son père n'était qu'un pauvre charron , mais il avait appris à pincer de la harpe; car en Allemagne il faudrait ne pas savoir lire pour n'être pas musicien , puisqu'on enseigne la musique dans les moindres écoles de charité1. Le petit Joseph assistait donc tous les dimanches à un concert de famille , dans lequel il essayait dès l'âge de cinq ans de faire sa partie , en figurant un violon avec une planche et une baguette. Son premier maître fut le maître

' Aucun maître d'école n'est admis à exercer sa profession , à moins qu'il ne sache enseigner les éle'mens de la musique et qu'il ne joue île quelque instrument.

d'école de la ville d'Hambourg; puis il resla huit ans enfant de chœur à l'église de Saint- Étienne à Vienne. Là ses progrès furent si rapides, qu'à peine âgé de dix ans il composait des morceaux à seize parties. Je croyais dans ce temps , disait-il souvent, que plus le papier était noir, plus la musique devait être belle. A l'âge de seize ans, ayant perdu sa belle voix , il se vit réformé, et son existence devint très-pénible. Sans fortune , sans protecteur, car son indigence l'écartait de la société , il gagnait sa vie avec peine, en donnant des leçons , en faisant des parties d'orchestre. Cependant il était heureux , et on lui a entendu dire qu'à cette époque de sa vie , assis à son clavecin rongé par les vers , il n'enviait pas le sort des monarques. Ce fut alors que les six premières sonates d'Emmanuel Bach lui tombèrent entre les mains. Je ne quittais pas le clavecin, disait Haydn depuis , sans les avoir jouées d'un bout à l'autre ; et celui qui me connaît à fond trouvera que j'ai de grandes obligations à Bach, que j'ai saisi son style , et que je l'ai étudié avec soin ; cet auteur lui-même m'en fit jadis compliment.

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Le bonheur d'Haydn voulut que le célèbre Métastase se trouvât loger dans la même maison que lui , et qu'il chargeât le jeune musicien de donner des leçons à une demoiselle Martinez , qu'il faisait élever. Haydn, dès cet instant, eut la table chez Métastase ; c'est là qu'il connut le vieux Porpora, maître de chapelle , dont le commerce lui fut utile sous tous les rapports. Enfin , à l'âge de dix-huit ans, il composa son premier quatuor, qui obtint le suffrage général , et qui lui ouvrit à la fois la carrière de la fortune et celle de la gloire.

Le baron de Fùrnberg lui donna une généreuse hospitalité; il obtint peu de temps après la place d'organiste chez les carmes du faubourg de Léopold. Il touchait l'orgue à la chapelle du comte de Haugwitz , et il chantait à l'église de Saint-Etienne. A cette époque il fit son premier opéra [le Diable boiteux); bientôt sa brillante réputation le fit placer chez le prince Esterhazy en qualité de maître de chapelle. C'est pour ce jeune prince qu'il composa surtout les belles symphonies qui l'immortalisent. Chacun sait que, dans ce genre de musique , non-seulement

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il n'a point de maître , mais si Mozart , ce génie universel en musique, n'eût point existé, il n'aurait pas même de rival. Toujours noble et chantant, toujours savant et clair, nul ne sait dessiner et conduire un morceau avec plus de sagesse , et l'orner avec autant d'élégance; nul ne sait tirer d'aussi grands effets du motif le plus simple. La mélodie de ses admirables symphonies , toujours pure et originale, appelle la parole ; elle inspirerait un poète ; et tel est l'art avec lequel les différens instrumens sont employés, que tout est senti, tout est entendu, et tout se fond pour ainsi dire dans une unité parfaite.

L'existence de l'homme doué d'un si beau génie devait être heureuse et brillante ; elle le fut en effet. Haydn jouit pendant de longues années des hommages et de l'admiration de l'Europe. Il fit deux voyages en Angleterre , où l'enthousiasme pour lui était général. L'institut de France le nomma associé étranger, et lui envoya une médaille. L'opéra, après avoir exécuté l'Oratorio de la Création , le ï % décembre 1 800, fit aussi frapper une médaille en son honneur , et ce fut M. Chérubini qui , dans son voyage à Vienne,

la remit lui-même au grand symphoniste.

Haydn avait dans le caractère beaucoup de douceur et de naïveté. Sa femme exerçait sur lui un grand empire; comme on lui demandait un jour pourquoi il avait résisté aux vœux des amateurs qui l'appelaient en France: Ma femme prétend, répondit -il, que les Français ne font plus aussi grand cas d'un homme dès qu'ils l'ont vu de près.

Le docteur Burney, célèbre auteur de l 'Histoire de la musique , fut le premier qui lui proposa de se faire recevoir docteur à Oxford. Le lendemain de sa nomination , Haydn dirigea la musique : dès qu'il parut , il fut accueilli par des bravos universels ; I thanl you , i thankyou z , répétait-il en saluant de tous côtés.

A son retour d'Angleterre , il acheta dans un faubourg de Vienne une petite maison à laquelle attenait un petit jardin. Ce fut là qu'entouré de sa famille , de ses amis et des hommages de toute l'Europe, il termina doucement sa vie le 29 mai 1809, âgé de soixante-dix-sept ans.

Je vous remercie.

Haydn a composé quatorze opéras italiens, et cinq opéras pour les marionnettes allemandes. Ces ouvrages sont peu connus, et jamais on n'en parle, ce qui ferait croire ou qu'ils ne sont pas dignes de leur auteur , ou que c'est un parti pris de regarder Haydn comme le premier compositeur pour la musique instrumentale , et de lui refuser tout talent dramatique. Cependant les beaux airs de la Création , ceux de la cantate d'Ariane, que nous connaissons tous et dont les chants sont si nobles et si originaux, ne permettent pas de croire que dans dix-neuf opéras , Haydn n'ait point jeté quelques-unes de ces perles, de ces étincelles du génie qui brillent dans toute sa musique instrumentale; et il serait à désirer qu'une personne habile se procurât ces partitions en Allemagne, et fit un choix des meilleurs morceaux pour en composer un opéra italien ou français.

Les symphonies de Haydn sont au nombre de cent dix-huit , et nous avons de lui une quantité prodigieuse de concerto , sonates , quatuor , trio et duo , pour toute espèce d'instrumens. Enfin il existe aussi trois cent soixante -six romances écossaises originales

arrangées par lui, et plus de quatre cents menuets , allemandes et walses.

Depuis que les instrumens à vent ont été échelonnés et complétés comme l'étaient ceux à cordes , les Allemands sont les premiers qui les aient réunis pour faire ce qu'on appelle de l'harmonie. Mozart a fourni le modèle de ce genre; Beethoven, Kroinmer , ont aussi composé de fort beaux morceaux ^harmonie , et M. Reicha ( établi depuis long-temps à Paris ) , a dans ses quintetti hardiment étendu les ressources des instrumens à vent , en augmentant pour eux les difficultés d'exécution , et leur faisant faire ce que jusqu'alors on n'avait osé tenter; de sorte qu'avec de nouveaux moyens de s'exercer ils acquièrent maintenant plus d'habileté.

On doit néanmoins convenir que la suavité même de ces instrumens produit à la longue un peu de monotonie, et que leur association aux instrumens à cordes est préférable; le septuor de Beethoven, qui est peut-être le chef-d'œuvre de ce maître , pourrait en fournir une preuve. Son quintetto, et ceux de Mozart et de Spohr pour quatre instru-

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mens à vent et piano ; le septuor d'Hummel , et le nonetto de Spohr, sont aussi de superbes pièces pour servir de modèles.

Les compositeurs les plus illustres de l'Allemagne ont tous travaillé pour le fortépiano. Cet instrument, malgré la brièveté, l'uniformité, la confusion des sons, et la difficulté de nuancer le chant , n'en offre pas moins d'immenses ressources, puisque, orchestre en miniature , il exprime à lui seul tous les développemensdel'harmonie. Haydn, Mozart , Beethoven , l'ont enrichi d'admirables morceaux, mais dans un système différent de celui des pianistes d'exécution proprement dit ; ils se sont plus occupés de la musique que de l'instrument, et ont cherché à faire valoir le compositeur avant l'instrumentiste. Cela établit donc deux genres de musique dans les solo de piano. Les auteurs ci-dessus nommés sont à la tête du premier1. A la tête du second genre il faut placer Dusseck, Cramer 2 et Steibelt. Une école plus

1 On ne joue plus Handel , Seb. Bach , Scarlatti , etc. que comme étude.

2 Cramer a été l'élève du célèbre Clementi qu'on re-

récente suit encore une route différente ; on y voit briller Moschelès, Kalbrenner , Hertz, etc. L'exécution mécanique est portée par elle à un tel degré de vigueur, de vitesse et d'étendue , que les difficultés méritent maintenant le nom de tours de force. On ne peut se dissimuler au reste que les compositions actuelles nécessiteraient un nouvel instrument ; car si dans la musique d'orchestre et de quatuor la plus compliquée , il n'y a jamais confusion lorsque l'exécution est bonne, le piano est aujourd'hui insuffisant pour exprimer clairement tout ce qu'on lui fait dire.

garde comme le premier pianiste qui ait existé , et comme le chef de l'école actuelle. Muzio Clementi, né à Rome en 17^6 , vit à Londres depuis plusieurs années.

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