CHAPITRE XX
de la Musique instrumentale en france.
Le luth ' et le violon étaient les instrumens les plus en usage en France vers le temps de Henri IV. Mais quoiqu'à cette époque la musique paraisse avoir été en grande faveur chez les Français, aucune composition instrumentale et aucun artiste remarquable n'ont illustré l'école française dans ce genre, avant la fin du dernier siècle. La supériorité des vingtquatre petits violons de Louis XIV, formés par Lully, est fort douteuse ; et ce qui prouve que la France a long-temps manqué d'instrumentistes, c'est le petit nombre et la faiblesse des productions instrumentales: car, dès qu'il existe des exécutans, il naît des compositeurs, et réciproquement.
Jusqu'à la révolution, les théâtres se re-
• Le lutb a c'té entièrement délaissé pour la guitare : il était monté de vingt-quatre cordes.
crutaient dans les maîtrises des cathédrales; mais ces établissemens, si utiles pour la partie vocale de l'art , formaient principalement des chanteurs *. En 1789, quarante-cinq musiciens, provenant du dépôt des gardes-françaises , furent réunis par M. Sarette , et devinrent le noyau de Ja musique de la garde nationale de Paris. Le coqjs municipal les prit à ses frais en 1790, et porta leur nombre à soixante-dix-huit musiciens , auxquels M. Sarette engagea plusieurs artistes recommandables à se joindre. En 1792, la garde nationale soldée ayant été supprimée, et la municipalité n'ayant plus de fonds pour cet objet, M. Sarette, aux frais duquel retombait ce corps de musique, sollicita et obtint de la municipalité de Paris l'établissement d'une école gratuite de musique , propre à
1 Sous ce rapport , rien n'a remplace' les maîtrises où c|uatre mille enfans , re'partis dans différentes villes , étaient loge's , nourris, velus aux frais du chapitre , et recevaient la meilleure e'ducation musicale. Nous avons dû aux maîtrises , non-seulement nos plus célèbres chanteurs, mais encore un grand nombre d'habiles compositeurs ; et tous les amis de l'art ne sauraient trop désirer leur rétablissement.
ig4 uistoiri;
remplacer les maîtrises qui n'existaient plus. Comme l'école de musique ainsi formée fournissait pendant la guerre des musiciens à nos armées , le gouvernement accorda les fonds nécessaires au traitement des professeurs ; et enfin en 179^, une loi fixa définitivement l'organisation de cette école, qui prit le nom de Conservatoire de Musique.
Depuis cette époque , le Conservatoire a subi quelques variations dans le mode d'administration , mais il n'a jamais cessé de compter au nombre de ses professeurs les artistes les plus distingués de la France. Il est devenu la pépinière d'une multitude prodigieuse de jeunes talens qui fournissent nos orchestres et les orchestres de toute l'Europe. Environ trois mille musiciens ont été formés dans cet établissement. Les plus distingués sont dans la chapelle du roi et dans les principaux théâtres de Paris; ceux du second ordre passent da ns les départemens et dans les divers corps de musique militaire : tous ont reçu une forte éducation musicale, et plus d'un élève des Baillot , des Lefebvre , des Duvernoy, etc. , vont , en sortant de la classe, donner dans
la ville d'excellentes leçons de violon, de clarinette ou de cor.
Le fond de l'École française en instrumentistes est maintenant si riche, qu'on ne peut rien entendre de plus brillant que les concerts publics qui se donnent au Conservatoire , et dans lesquels on ne compte pas un seul artiste étranger. Dans aucun lieu du monde, de l'aveu même des Allemands et des Italiens , on n'exécute la symphonie avec autant d'ensemble , de précision et de feu.
f'oici l'état de l'organisation actuelle du Conservatoire I.
MM
Directeur Cherubini.
Bibliothécaire honoraire faisant fonction Perne,
Classes de composition.
MM
Professeur de style Berton.
Idem. . le Sueur.
' En 1822,
jyG HISTOIRE
MM
Professeur de style Boieldieu.
Professeur de contre-point et
fugue Reicha.
Idem Fétis.
Professeur d'harmonie .... Dourlan.
Profess. d'accompagnemeyt . Daussoigne.
Chant.
MM
Professeur de déclamation lyrique Baptiste aîné-
Idem de chant Garât.
Idem Lays.
Idem Gérard.
Idem Plawtade.
Idem Blangini.
Idem ' Bordogni.
Idem de Garaiidé.
Idem Henry.
Idem Berton fils.
Solfège.
MM
Professeur Gobert.
MM
Professeur adjoint Farquel.
Idem Amédée.
Idem Halevy.
Idem le Borne.
Répétiteur Goblin.
Idem Mlle. Goblin.
Etude des rôles.
Professeur Saint-Aubin.
Classes d'inst rumens.
MM
Professeur d'orgue Benoist.
Idem de piano Adam.
Idem . . idem Pradher.
Idem . . idem Zimmermann.
Idem . . idem Mlle. Michu.
Idem de violon KREUTZERaîn.
Idem . . idem. Kreutzer j.
Idem . .idem Baillot.
Idem . . idem Habeneck..
Idem de violoncelle. . . . Levasseur.
Idem . . idem Baudiot.
KjH HISTOIRE
MM Professeur de flûte Guillon.
Idem de hautbois Vogt.
Idem de cor Dauprat.
Idem . .idem Frédéric Du-
VERNOY.
Idem de basson Delcambre.
Idem . . idem Gebauer.
Idem de clarinette X. Lefebvre.
Idem . . idem Charles Du-
vernoy.
Classes de déclamation.
MM
Professeur Saint-Prix.
Idem Baptiste aîn.
Idem Lafon.
Idem Granger.
Répétiteur Conard.
Idem Provost.
Profess. de langue française. Cros.
Idem de maintien du corps. Deshayes.
Idem d'escrime Lebri •>-.
On doit au Conservatoire les meilleurs ouvrages qui aient paru en France sur la théorie de l'art. En ce qui concerne la composition, le petit traité d'harmonie de M. Catel, et pour l'exécution , les méthodes de violon et de violoncelle rédigées par M. Baillot, sont des ouvrages précieux aux yeux de tout amateur de musique.
Si nous parlons maintenant des compositions instrumentales , la France n'a point produit de symphonistes que l'on puisse placer à côté des symphonistes allemands ; mais de fort belles sonates , de très -beaux concerto , etc. , sont dus à des artistes français ; et je ne puis oublier de citer ici les quatuor et les quintelti de M. Onslow, que les premiers violinistes exécutent alternativement dans nos concerts avec ceux de Mozart et de Beethoven, et qui ont le plus grand succès en Allemagne r.
1 M. Onslow , né à CLrmont , ( département du Puyde-Dôme ) de parens anglais , est un amateur fort riche, que son génie a entraîné vers un art auquel il se livre presque exclusivement.
UVXUVM