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DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE EN ITALIE

C'est surtout au théâtre que la musique exerce tous ses avantages. C'est là qu'elle peint , et que la mélodie unie à la parole peut prendre l'accent des différentes passions et les exprimer toutes, en même temps que l'harmonie renforce le tableau et complète l'effet. Aussi la musique dramatique est-elle plus à la portée du vulgaire que toute autre , de même qu'on n'a pas besoin de se connaître en peinture pour jouir de l'expression qu'un grand peintre sait donner à ses figures.

L'invention du drame lyrique parmi les modernes remonte à une époque très-reculée, et c'est encore chez les Italiens qu'on en trouve les premières traces. La Conversion de saint Paul , opéra de Francesco Baverini, fut représenté à Rome sur une place publique, en i44o; d'autres ouvrages du même genre lui succédèrent , et toujours sur des

sujets tirés de l'Ecriture Sainte. Vers 1A75 seulement, paraissent les opéras profanes, et l'on cite de cette époque \'Oifeo d'Ange Politien , et une tragédie en musique exécutée à Rome en 1480, dont le cardinal Riatti , neveu du pape Sixte IV, avait fait les paroles.

Les papes avaient déjà un théâtre à machines et à décorations en i5oo. Cependant, le dram« chanté se perfectionna peu pendant le seizième siècle ; ce ne fut qu'en ï 597 que trois nobles florentins, Jean de Bardi , Pierre Strozzi et Jacques Corsi, grands amateurs de musique , engagèrent le meilleur poète et le meilleur musicien connus de leur temps à composer exprès pour eux un opéra que l'on représenta dans le palais Corsi à Florence , et qui surpassa tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Les mêmes auteurs , proclamés avec raison les créateurs du genre, firent suivre cet ouvrage de l'opéra à'Euridice , qui fut joué publiquement à Florence , à l'occasion du mariage de Henri IV, roi de France , avec Marie de Médicis. Jules Caccini donna ensuite l'opéra de Céphale, et Péri celui $ Ariane.

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Dans la même année où Ariane fut exécutée , Péri et Emilio del Cavalière , l'auteur de l'oratorio intitulé X Anima e 7 corpo , se disputaient l'invention du récitatif , et tenaient d'autant plus tous deux à s'en attribuer la gloire , que le récitatif à cette époque composait à peu près toute la musique dramatique. Péri est le premier qui , dans Ariane , plaça en tête de certains passages le mot aria , quoiqu'on ait peine à trouver ce que ces passages ont de particulier. On peut en dire autant de l' Orfeo de Claudio Monteverde, donné en 1607, dans lequel il est très-difficile de distinguer les airs du récitatif. C'est seulement dans l'opéra de Jason , de Cicognini , mis en musique en 16/19, Par Cavalli, que l'on commence à voir des airs ayant une mélodie un peu différente de la déclamation notée.

Cesti , né à Florence vers l'an 1620, et l'élève du célèbre Carissimi, fit faire de grands progrès au drame lyrique ; il contribua beaucoup à réformer la psalmodie monotone qui régnait au tbéàtre, en composant des airs propres à faire briller le chanteur. Mais, quel que soit le nombre immense de compositeurs qui suivirent la carrière théâtrale , depuis

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cette époque jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, aucune production de ce temps n'eut la grâce, le charme et le style vraiment convenable à la musique dramatique. Gasparini , Perti, Colonna, Lotti, et même le grand Scarlatli , mirent du savoir dans leurs ouvrages , mais n'y mirent point autre chose. Aussi remarque -t-on qu'à cette époque, où l'art se réduisait à la science du contre-point, l'opéra n'était rien qu'un spectacle pour les yeux ; au point que dans l'imprimé des ouvrages représentés à la fin du dix-septième siècle, on ne faisait mention ni du poète , ni du compositeur , ni des chanteurs , mais seulement du machiniste et du décorateur.

L'art était arrivé au dernier degré de la science et de la sécheresse ; des compositions hérissées de difficultés avaient passé des cathédrales sur le théâtre, avant qu'on eût fait aucune tentative pour trouver le vrai style dramatique. Un homme de génie, tel qu'Alexandre Scarlatti , ne pouvait se dissimuler que la musique tendait vers sa ruine, si l'on ne parvenait à lui rendre de la giàce et de la simplicité. Ce grand maître fit quelques

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heureux essais dans ce genre , et ses illustre» élèves consommèrent une révolution devenue nécessaire. Léo, Vinci, Sarro, liasse, Porpora, et surtout Pergolèse, secouèrent la poussière scolastique qui couvrait l'art et le dénaturait : sans être moins savans que leurs devanciers, ils renoncèrent à l'abus de la science. Dans leurs immortels ouvrages, une harmonie simple et pure vint accompagner des chants gracieux , expressifs , élégans , tels qu'on n'en avait jamais entendus ; les véritables accens de la musique retentirent enfin dans les églises, sur les théâtres , et l'Italie enivrée de plaisir crut connaître un nouvel art. L'enthousiasme pour le nouveau style fut alors porté si loin, qu'on rejeta dès ce moment toute musique qui n'était pas facile et agréable , et que tout le génie de Jomelli, ainsi que jel'aidéjà dit ailleurs, ne put forcer ses compatriotes à lui pardonner la facture savante qu'il avait adoptée en Allemagne.

Il faut dire que toutes les circonstances concouraient au succès des novateurs. Sans parler de l'avantage qu'a toujours la mélodie , lorsqu'elle vient charmer des oreilles

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fatiguées d'une harmonie sèche et bruyante , les grands maîtres de cette époque avaient le bonheur de se trouver contemporains de Zéno et de Métastase ; la plupart d'entre eux mettaient en musique les premiers drames qu'on eût écrits avec élégance et pureté, et qui offrissent un fond intéressant. En outre , l'Italie de leur temps possédait des chanteurs dont les noms sont encore connus de toute l'Europe musicale : Pasi , Amoreveli , Farinelli1, Cuzzoni et la célèbre Faus-

r L'anecdocte suivante fait juger delà célébrité universelle dont jouissait Farinelli. Etant à Madrid , il avait commandé à un tailleur un habit magnifique. Quand on le lui apporta, il demanda son mémoire. Je n'en ai point fait, répondit le tailleur , et je n'en ferai point ; pour tout paiement je n'ai qu'une grâce à fous demander. Je sais, routinua-t-il en tremblant, que ce que je désire est d'un prix inestimable : c'est un bien réserve' à des monarques ; mais puisque j'ai eu le bonheur de travailler pour un homme dont on ne parle qu'avec enthousiasme , je ne veux d'autre paiement que de l'entendre chanter un air Farinelli tenta vainement de lui faire accepter de l'argent ; le tailleur ne voulut jamais y consentir. Enfin , après beaucoup de débats , Farinelli s'enferma avec lui , et se plut à déployer la supériorité de son talent. Le tailleur était enivré de plaisir : quand le chanteur eut fini , il lui faisait des remercimens , et se préparait à sortir ;

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tina , qui devint l'épouse de liasse , offraient tous des modèles de ce style grandiose qui a distingué si long-temps l'école de chant des Italiens, et dont, il faut l'avouer, on retrouve à peine aujourd'hui des traces , même en Italie '.

On peut donc regarder le dix-huitième siècle comme l'époque la plus brillante de l'école italienne. La génération des illustres maîtres que j'ai nommés fut suivie de Piccini, Sacchini, Guglielmi , Traetta , Anfossi,

JVnn, lui dit Farinelli ; j'ai l'âme sensible etjîère , et ce n'est /ne'me que par-là que fai acquis quelque avantage sur la plupart des autres chanteurs ; je vous ai cédé , il est juste que vous me cédiez à votre tour : en ménu-lenips il tira sa bourse et força le tailleur de recevoir au moins le double de ce que son habit pouvait valoir.

Dict . des Mus. par M. Choron.

1 Madame Grassini et Crescentini , que nous avons entendus ici , il v a peu d'années, offraient tous deux des modèles de celte manière large et hardie qui constituait la bonne e'cole italienne , et qui se reconnaît surtout dans le récitatif, la pierre de touche du chanteur. Madame Pasla a eu le bon goût d'adopter ce style , et elle lui doit la célébrité' dont elle a joui dès son entrée dans la carrière dramatique. Quels que soient les succès qu'elle obtient , on peut lui en prédire de plus grands encore , si elle ne s'écarte pas de la route qu'elle a prise.

Taradellas et autres, qui tous conservèrent le feu sacré , qui firent de la musique noble , simple, expressive, comme en avaient fait leurs maîtres. Enfin la troisième génération du dernier siècle , illustrée par Paësiello et Cimarosa , fut la dernière qui suivit la routeouverte par Vinci et Pergolèse. Les liabiles maîtres qui lui succèdent, MM. Rossini , Orlando, etc. , ont adopté une autre facture et un autre style ; et je remets à parler, dans le dernier chapitre de cet ouvrage, du grand changement qui s'est opéré en musique depuis vingt-cinq ans.

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