DK LA MUSIQUE CHEZ LES ÉGYPTIENS ET CHEZ LES HÉBREUX
(jomme l'Egypte est le premier pays du globe où l'histoire nous montre d°s coutumes établies , des lois rédigées en code et un gouvernement organisé , c'est aussi là qu'il faut remonter pour trouver les premières notions de tous les arts. A la vérité il ne reste aucune trace du système musical des Egyptiens, mais une foule de preuves attestent que ce peuple cultivait la musique dès l'antiquité la plus reculée. Platon , qui avait voyagé en Egypte pour y puiser des connaissances dans les lettres et dans les arts ,
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(lit que la musique qui s'exécutait de son temps dans les temples égyptiens était la même depuis dix mille ans ; que le peuple la croyait composée par Isis , et qu'une loi défendait d'y faire aucun changement , cette mélodie étant jugée la seule propre à corriger la perversité humaine. Et de plus , Hérodote nous apprend que la musique jouait un grand rôle dans toutes les fêtes instituées en Egypte en l'honneur des dieux, et qu'il vit célébrer lorsqu'il visita cette contrée.
La théorie de la musique égyptienne , si l'on s'en rapporte à Platon ', consistait dans un recueil d'observations sur l'expression naturelle du langage , faites de temps immémorial par les hommes les plus sages et les plus instruits.
Quant aux instrument , les Grecs confessentunanimement que tous les leurs étaient d'invention égyptienne ; tels que la lyre triangulaire, le monaulos ou la flûte simple, la cymbale , enfin le sistre , instrument de sacrifices , dont les prêtres égyptiens avaient
* Livre II des Lois.
DE LA MUSIQUE. il
tellement multiplié l'emploi dans les cérémonies religieuses , et qui était en si grande faveur parmi la nation , que l'Egypte a souvent été appelée le pays du sistre , comme on disait que la Grèce était soumise à la lyre.
Les différens arts fleurissent toujours simultanément chez les peuples; ils se prêtent un appui mutuel pour traverser les âges : ainsi les plus vieux monumens connus de l'industrie humaine ont transmis jusqu'à nous le modèle d'un instrument dont les cordes résonnaient à Héliopolis quatre cents ans avant la guerre de Troie. On voit encore aujourd'hui à Rome deux obélisques qu'Auguste y fit apporter lorsqu'il réduisit l'Egypte en province romaine : sur celui des deux que les savans et les artistes connaissent sous le nom de Colonne brisée \ on remarque , parmi d'autres hiéroglyphes, un instrument de musique à deux cordes , avec un col , qui ressemble beaucoup au calascione , instrument encore en usage dans
■ Cette colonne a été brisée dans le pillage de Rome lorsque la ville fut prise par le connétable de Bourbon.
le royaume de Naples. Or , si les musiciens de l'Egypte accordaient les deux cordes à la quinte comme on fait pour le calascione , cet instrument ayant un col pouvait donner les notes d'une oclave entière, faculté qu'on ne trouve à aucun autre instrument ancien; car le P. Montfaucon dit avoir examiné la représentation de plus de cinq mille lyres , harpes et cithares, et n'avoir trouvé dans aucune la possibilité de raccourcir la corde en jouant, par le moyen du doigter. Ceci ferait penser que les Egyptiens avaient porté l'art à un point où n'arrivèrent pas les Grecs.
La profession de musicien était héréditaire chez les Egyptiens , comme toute autre profession, et les Hébreux ont imité d'eux cette coutume, puisque nous voyons dans les livres saints que les prêtres musiciens, car il fallait être à la fois l'un et l'autre, sortaient tous de la tribu de Lévi.
La musique était en grande estime parmi le peuple de Dieu. Moïse , élevé par la fille de Pharaon , fut instruit dans les sciences et dans les arts, et surtout dans la médecine et la musique, dit Clément d'Alexandrie.
Les lois, les prophéties se chantaient : plusieurs endroits de l'Écriture Sainte indiquent que non - seulement les prophètes étaient poètes, mais qu'ils chantaient leurs vers au son d'un instrument l.
Samuel, après avoir secrètement sacré Saiil, lui annonce qu'il montera sur le trône quand il aura rencontré des prophètes descendant de la ville haute avec un psaltérion , un tambour, une flûte et une harpe devant eux : et ils prophétiseront, dit Samuel, et l'esprit du Seigneur descendra sur toi, et tu prophétiseras avec eux.
La musique se mêlait à toutes les cérémonies, à toutes les fêtes des Hébreux. On chantait et l'on dansait devant l'Arche. Lorsque David a tué Goliath , les femmes de toutes les villes d'Israël viennent au-devant de lui en chantant, et en s'accompagnant avec des instrumens de musique :
«Les femmes se répondaient,» dit l'Écriture; ce qui indique un chant en dialogue ou à deux chœurs, dont l'usage est prodigieuse-
1 Le ruât vates en latin signifie indifféremment poêle, prophète , et musicien.
ment ancien, et qui peut être regardé comme l'origine de la manière dont se chantent les psaumes dans nos cathédrales. On voit aussi les femmes jouer du tambour dans les processions ; et le savant dom Calmet rapporte avec fort peu de galanterie, que les femmes mêmes, à qui il fut défendu plus tard de parler dans l'église , avaient le privilège d'y chanter avec les hommes.
Il faut dire cependant que les Ecritures font plus souvent mention d'instrumens de percussion, tels que les cymbales et les tambours, que de tout autre; ce qui pourrait faire croire que la musique hébraïque était généralement plus bruyante que mélodieuse. A la vérité nous voyons David calmer par les doux sons de sa harpe les fureurs de Saiil; et l'on est conduit à penser que sous le règne de ce prince, le goût qu'il avait pour la musique, non moins que le soin qu'il prit de payer un grand nombre de musiciens pour les attacher au service divin, durent contribuer beaucoup à étendre l'influence de l'art et à le perfectionner; aussi la musique, de même que la poésie, paraît-elle avoir atteint son plus haut degré
de gloire sous le règne de Saloinon. Depuis , les malheurs qu'éprouva successivement le peuple hébreu , et les sanglantes catastrophes qui l'ont fait disparaître du rang des nations , ont détruit jusqu'à la trace des arts qu'il cultivait dans sa prospérité. Dispersés sur toute la terre, les Juifs s'interdisent maintenant, dans leurs synagogues, l'usage des instrumens £, persuadés , d'après les interprétations de leurs docteurs, qu'il est contre la loi de se réjouir avant l'arrivée du messie. Les Juifs anciens comme les modernes n'ayant jamais eu de caractères pour écrire leur musique , qui de tous temps chez eux fut traditionnelle , il en résulte qu'il ne peut exister de modèle de ce qu'exécutaient les musiciens de David et de Salomon. Les Juifs allemands, cependant, qui chantent encore dans leurs synagogues, ont conservé certaines mélodies que l'on croit être fort anciennes, et qu'ils chantent en parties.
1 Les plus sévères mêmes s'interdisent le chant.
tffr