I»F. I. A MISIOUE CHEZ T.ES GRECS
L'histoire de la musique chez les Grecs est tellement mêlée à la fable, surtout dans ce qui concerne son origine, qu'on chercherait en vain la vérité parmi les nombreuses contradictions que présentent sur ce sujet les écrits de l'antiquité. Les uns attribuent l'invention de l'art à Mercure; d'autres veu-
I ent que les Grecs en soient redevables à Cadmus, qui, en se sauvant de la cour du roi de Phénicie, amena en Grèce la musicienne Harmonie : d'où il s'ensuivrait que la musique était connue en Phénicie avant Cadmus. Enfin d'autres nomment pour inventeurs Apollon , Amphion , etc., etc. Au reste , ce point ne vaut guère la peine d'être discuté.
II nous importerait bien plus de connaître le véritable caractère de l'invention que le nom de l'inventeur; et nous devons d'autant
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plus regretter la perte des modèles qui n'ont pu arriver jusqu'à nous, que les différens ouvrages des anciens sur la musique sont bien loin de remplir cette lacune, et qu'ils ne nous donnent réellement de l'art qu'une idée vague et imparfaite.
Ces ouvrages cependant suffisent pour nous apprendre que les Grecs ne connaissaient point l'harmonie , dans le sens où nous entendons ce mot aujourd'hui, et que par conséquent ils n'eurent jamais la moindre notion du contre-point. Ils se servent à la vérité du nom d'harmonie, mais c'est pour désigner cette partie de l'art quia pour objet la succession convenable des sons, en tant qu'ils sont aigus ou graves ; et c'est ce que nous appelons proprement la mélodie. Du reste , il est impossible de trouver dans aucun de leurs traités un seul passage où il soit question d'accords ; tandis que tout y concourt à prouver que les anciens ne chantaient jamais qu'à l'unisson ou à l'octave *.
Leur système, entièrement différent du
1 Aristoxène et Nicomaque intitulent leurs traites sut la musique Élémens d'harmonie. Manuel d"/iur/>;oiùe ,
nôtre, ne fut d'abord composé que de quatre sons, et l'on peut juger de son état et de ses progrès par ceux des instr amers destinés à l'exécution. En effet, ces instrumens, accompagnant à l'unisson les voix , et jouant tout ce qu'elles chantaient, devaient former autant de sons différens qu'il en entrait dans le système. Mais les cordes de ces premiers instrumens se touchaient toujours à vide : il fallait donc autant de cordes que le système renfermait de sons; et c'est ainsi que, dès l'origine de lamusique, on put, sur le nombre des cordes d'une lyre ou d'une cithare , déterminer le nombre des sons du système.
Ce système s'étendit insensiblement tant en haut qu'en bas, au point qu'il atteignit et passa même la double octave ; car il renfermait seize sons. Mais les accroissemens successifs qui lui donnèrent une pareille étendue n'eurent pas lieu sans de fortes oppositions. Les Grecs, attribuant à la musique la plus grande influence sur les mœurs,
ei cependant ils ne parlent, dans ces ouvrages, que de l'arrangement des sous du système.
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repoussèrent long-temps les innovations * : les Lacédémoniens donnèrent surtout l'exemple d'une extrême sévérité sur cet article; et non-seulement Terpandre fut banni par les Ephores pour avoir ajouté une corde à la lyre, mais une des pièces les plus curieuses qui nous restent de l'antiquité est le décret rendu contre Timothée par le sénat Spartiate, qui se trouve conservé tout entier dans Boèce *.
« Attendu que Timothée le Milésien est » venu dans notre ville déshonorer notre » ancienne musique, et, méprisant la lyre » de sept cordes, a , par l'introduction d'une » plus grande variété de notes corrompu » les oreilles de notre jeunesse , et par le » nombre de ses cordes a donné à la musi-
1 • Ce n'était pas par ignorance , nous dit Plutarque , •• que les anciens avaient réduit les insl rumens à un petit
- nombre de cordes , dont la tension , toujours la même, » rendait l'accord invariable : il fallait au contraire qu'ils » eussent atteint un très- haut degré' de perfection pour
- produire avec aussi peu de moyens les effets surprenaus » que l'on nous rapporte de leur musique. »
1 Boëce , bomme d'état, pbilosopbe et savant célèbre, vivait dans les Ve. et YIe. siècles de l'ère ebrétienne.
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» que un caractère artificieux, et efféminé; » qu'au lieu de conserver à la mélodie la » simplicité et la sagesse qu'elle a eues jus- » qu'ici, il l'a rendue infâme, en composant » dans le genre chromatique au lieu de l'en- » harmonique', le roi et les éphores décla- » rent qu'ils censurent Timothée; que de » plus ils l'obligent à retrancher de ses neuf » cordes les cordes superflues , pour ne •» laisser que les sept tons, et qu'ils le ban- ». nissent de notre ville, afin d'avertir pour » l'avenir tout homme qui voudrait intro-
' L'enharmonique des anciens tirait son principe non pas de i'harmonie , comme lenôlre , mais seulement de la différence qui existe entre deux notes situées à un ton l'une de 1 autre , dont l'infe'rieure porte un dièze , et la supérieure un be'mol , comme ut dièze et ré bémol ; différence qui se trouve nulle dans notre système , au moyen du tempérament qui fait servir le même son à deux usages. Le genre enharmonique était le plus admiré chez les anciens; cependant il ne demeura pas long-temps en Tigueur; son extrême difficulté le fit abandonner à mesure que l'art perdit de l'énergie , et que la finesse de l'oreille diminua . Aussi Plutarque reprend-il vivement les musiciens de son temps d'avoir perdu le plus beau des trois genres , et d'oser dire que les intervalles n'en sont pas sensibles; comme si tout ce qui échappe à leurs sens grossiers, ajoute ce philosophe , devait être hors delà nature
HK LA MUSIQUE. 3l
» «luire dans Sparte quelque indécente cou- >. tume '. »
Néanmoins toute la Grèce finit par adopter le système dont j'ai parié plus haut, et qui comprenait deux octaves: il fut même appelé par les anciens système parfait. Les seize sons qui le composaient étaient divisés en tétracordes, c'est-à-dire en assemblage de quatre cordes, marchant par un demiton et deux tons :
Exemple.
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Au-dessous des quatre tétracordes, dont trois étaient disjoints et un conjoint, on avait ajouté une corde pour achever la double octave, et cette corde portait le nom de proslambanomène , ou corde ajoutée. Les seize notes du système, pouvant devenir sons fon-
' Plusieurs critiques modernes regardent ce de'cret comme apocryphe ; mais lors même qu'il le serait , un verrait encore , dans la supposition même d'un pareil acte. la preuve de l'extrême importance que les anciens attachaient à la musique.
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damentaux , donnaient autant de modes. Cependant le dénombrement qu'en a donné Alypius1 ne s'élève pas au delà de quinze, dont voici les noms: hypo -dorien, hypoionien , hypo - phrygien , hypo - éolien , hypo- lydien , dorien, ionien, phrygien , éolien, lydien, hyper - dorien , hyper-ionien, hyper-phrygien , hyper-éolien , hyper lydien.
Cette nomenclature seule suffit pour prouver qu'à une certaine époque, et peut-être pendant long-temps, les modes se réduisirent à cinq, et qu'ils augmentèrent en nombre à mesure que le système s'étendit à l'aigu et au grave, auxquels cas on se contenta d'ajouter les mots hypo, ou hyper, ( audessous, et au-dessus) aux noms des modes primitifs.
On sent que le son fondamental variant selon le mode, il s'en suivait, pour le lieu qu'occupait chaque mode dans le système
1 Alypias , né à Alexandrie en Egypte , vivait vers l'an de J.-C. 36o. Son manuscrit sur la musique est conservé dans la bibliothèque de Saint-Sauveur de Bologne. Saris cel ouvrage , nous n'aurions jamais su de quelle manière les anciens écrivaient leur musique.
total, une différence du grave à l'aigu qui multipliait beaucoup les sons ; car si les divers modes avaient plusieurs sons communs, ils en avaient aussi de particuliers à chacun ou à quelques-uns seulement. Mais il faut remarquer que l'hypo-dorien était le seul mode qu'on exécutait dans toute son étendue. A mesure que les autres s'élevaient, on en retranchait des sons à l'aigu, pour ne pas excéder la portée de la voix. Chez un peuple où tout se chantait, on apportait le plus grand soin à diminuer les difficultés de l'exécution ; aussi tous les modes étaientils en mineur, parcequ'il est bien plus aisé pour le gosier d'attaquer la tierce mineure que la tierce majeure I.
Il nous est difficile maintenant , pour ne pas dire impossible , d'imaginer l'effet qui pouvait résulter des nombreuses altérations que subissait l'échelle dans un pareil système, où les intervalles devant rester les mêmes, les
'. C'est sans doute aussi pour cette raison que tous les chants des sauvages sont mineurs, ce qui les faisait trouver mélancoliques à nos voyageurs ; il en est de même des diffe'rens cris de nos marchands dans les rues , dont pas un n'est en majeur,
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semi-tons changeaient de place. Ces altérations néanmoins, si sensibles qu'elles puissent être à l'oreille de tout musicien , ne suffisent pas pour expliquer tout ce que les anciens ont écrit sur la prodigieuse variété de leurs modes , et l'on peut croire que d'autres caractères distinctifs ajoutaient à l'effet produit par la transposition de l'échelle. Peut-être employait-on pour chaque mode une poésie différente, un autre rhythme , ou bien enfin de certaines mélodies inventées et usitées par des nations particulières. Xes noms de do rien , de phrygien , etc., etc., donnés aux divers modes , rendent assez probable cette dernière supposition. Quoi qu'il en soit , nos deux modes aujourd'hui étant uniquement fondés sur notre système harmonique , et non sur aucun caractère de sentiment , nous ne pouvons nous former une idée exacte de la puissance des modes anciens. Nous savons seulement que chacun d'eux avait un caractère marqué qui le rendait convenable à tel ou tel sujet. Le dorien par exemple , d'une gravité tempérée, était propre à la guerre; le phrygien, plus sérieux , aux cérémonies religieuses ;
l'éolien , flatteur et caressant , s'employait pour la réception des hôtes, et pour dresser les chevaux ; l'hyper-dorien , tendre et langoureux, convenait aux chants d'amour',etc. : et l'on passait, en chantant, d'un mode dans un autre, selon que l'exigeait le caractère de la poésie.
Les anciens avaient plusieurs genres, qui dépendaient de la manière d'accorder le'tétracorde, enmodifiant les intervalles des quatre sons qui le composaient. Dans le genre diatonique , la modulation procédait par un semi-ton , un ton et un autre ton , si ut ré mi; et comme on y passait par deux tons consécutifs, de là lui venait le nom de diatonique. Le genre chromafr<7ueprocédait successivementpar deux semitons et un hémi-ton ou une tierce mineure, si ut ut dièze mi. Cette modulation tenait le milieu entre celles du diatonique et de l'enharmonique, y faisant, pour ainsi dire, sentir diverses nuances de sons, de même qu'entre deux couleurs principales. On introduit plu-
* On le dit inventé par Saplio , qui avait la voi* tièjhzute. La tonique de ce mode est placée sur la septième corde du système.
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sieurs nuances intermédiaires; et de là vient qu'on appelait ce genre chromatique ou coloré. Dans l'enharmonique , la modulation procédait par deux quarts de ton, en divisant, selon la doctrine d'Aristoxène l , le semi-ton majeur en deux parties égales et une tierce majeure, comme si, si dièze enharmonique , ut et mi. Cette modulation , se tenant d'abord très - serrée , et ne parcourant que de petits intervalles, des intervalles presque insensibles, on la nommait enharmonique , comme si l'on disait bien jointe , bien assemblée.
Outre ces genres principaux , il y en avait d'autres epii résultaient tous des divers partages du tétracorde , ou de façons de l'accorder différentes de celles dont je viens de parler. Aristide Quintilien en compte six qu'il donne pour très - anciens , outre un genre commun dans lequel on n'employait que des sons stables qui appartiennent à tous les genres -, et un genre mixte qui par-
1 II existe une autre division de Pythagore pour l'enharmonique ; mais je ne la donne point ici , désirant passer rapidement sur ces détails techniques.
ticipait du caractère de deux genres ou de tous les trois. Or il faut bien remarquer que dans ce mélange de genres , qui était trèsrare , on n'employait pas pour cela plus de cpiatre cordes , mais on les tendait ou relâchait diversement durant une même pièce; ou peut - être , vu la difficulté de cette pratique, un tétracorde était -» il accordé dans un genre , et un autre dans un autre genre : les auteurs ne s'expliquent pas clairement là-dessus.
Lorsque l'on réfléchit à l'extrême variété de sons que les modes et les genres produisaient dans la musique ancienne , on ne s'étonne plus que Platon dise avoir employé trois ans à l'étude des élémens de l'art. La seule lecture de la musique était d'une difficulté excessive , vu la prodigieuse quantité de signes que nécessitait un aussi grand nombre de notes *. Aussi était- il beaucoup plus aisé d'accompagner une voix ou un instrument , que de chanter à livre ouvert , de
' Les seize sons n'étant pas tous les mêmes dans les trois genres ; il fallait des notes pour exprimer ces différences. Il y en avait aussi d'appropriées à chacun des quinze modes, et de plus la musique se notait pour les
même qu'il est moins difficile de parler le chinois que de l'écrire , vu la multiplicité des caractères.
Les Grecs , n'ayant point de signes particuliers pour noter leur musique , se servaient des lettres de leur alphabet ; mais comme ces vingt - quatre lettres étaient bien loin de . suffire , on imagina de leur donner différentes situations , de les accoupler , de les mutiler , de les allonger en divers sens. Par exemple , la lettre pi , écrite de toutes ces manières n , u ; C , r , 3 , exprimait cinq différentes notes.
Rousseau, qui , dans son dictionnaire de musique, a donné la table des notes du genre diatonique dans le mode lydien, s'exprime ainsi, en renvoyant ses lecteurs à cette table : « Elle suffit pour désabuser le public, » qui croit ra manière de noter des anciens » tellement perdue que cette musique serait » maintenant impossible à déchiffrer. Nous » la pourrions déchiffrer tout aussi exacte- » ment que les Grecs mêmes auraient pu le
instrumens autrement que pour la voix ; en sorte que les caractères musicaux des Grecs étaient au nombre de seize cent vingt , comme on le voit par les tables d'AIypius.
x faire; niais la phraser, l'accentuer, l'en- » tendre, la juger, voilà ce qui n'est plus » possible à personne, et ce qui ne le de- » viendra jamais. En toute musique , ainsi » qu'en toute langue, déchiffrer et lire sont » deux choses très-différentes. »
En effet, quoique nos richesses en musique ancienne se réduisent à bien peu de chose, nous possédons quatre fragmens précieux que le temps a laissés arriver jusqu'à nous, qui sont déchiffrés , traduits en notes modernes, et dont la traduction, faite avec tout le soin et l'exactitude imaginables , ne présente qu'un chant plat et insignifiant. Trois de ces morceaux sont des hymnes, dont l'un est adressé à la muse Calliope, un autre à Apollon et le troisième à Némésis. On les croit écrits tous trois par un poète appelé Denys. Vincent Galilée , père du grand Galilée , fut le premier qui les publia avec les notes grecques, dans son dialogue sur la musique ancienne et moderne, imprimé à Florence en i58i. Il assure les tenir d'un gentilhomme florentin, qui les avait exactement copiées d'un manuscrit grec conservé dans la bibliothèque du car-
dirial Saint- Angelo, à Rome, et dans lequel se trouvait en outre le traité de musique d'Aristide Quintilicn. En 1720, M. Burette publia , dans les mémoires de l'Académie des Inscriptions , ces trois hymnes qu'il avait traduits en notes modernes d'après un manuscrit grec, qui contient aussi le traité de musique d'Aristide Quintilien et celui de Bacchius Senior, et qui se trouve à la Bibliothèque du roi, sous le n°. 3221.
Il existe , ainsi que je l'ai déjà dit , un quatrième fragment de musique grecque; nous le devons au P. Kircher, qui l'a découvert dans la bibliothèque du monastère de Saint- Sauveur , en Sicile. Ce sont les huit premiers vers de la première pythique de Pindare, écrits entre deux lignes de musique. Cette musique est notée avec les caractères qu'Alypius attribue au mode lydien; et, selon qu'il était d'usage pour toute la musique ancienne, la ligne placée au-dessus des vers est la partie du chant, et celle qui est placée au-dessous est la partie des instrumens, qui jouaient à l'unisson ou à l'octave. La mélodie est fort simple, elle ne parcourt que six sons ; preuve évidente de
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l'ancienneté de ce morceau, qui fut vraisemblablement composé avant l'invention de la lyre à sept cordes. On peut voir, à la planche ci-jointe, la traduction en notes modernes que M. Burette a faite de ce fragment, et certainement on n'attribuera pas à une pareille musique l'enthousiasme qu'excitait Pindare lorsqu'il chantait ses vers. Rien ne saurait mieux prouver que les grands effets de l'art tenaient chez les anciens à son alliance intime avec la poésie, aux beautés de cette langue grecque dont l'accent, perdu pour nous, faisait une musique ravissante de la déclamation notée. Et comment croire, en effet, que ces Grecs, dont nous connaissons les tragédies et les statues, nous soient restés fort inférieurs dans celui de tous les arts qui leur semblait le plus important ? Mais comme le beau simple était pour eux le sublime, il est probable qu'en musique ils le faisaient consister uniquement dans l'énergie, la noblesse et la vérité de l'expression, et que tout ce qu'on pouvait y ajouter leur paraissait superflu ou même défectueux. Ainsi, ce qui chez les modernes constitue la musique,
4 a histoire
à l'exception de l'harmonie ' , tenait chez les Grecs à la poésie. La mélodie suivait le vers plutôt qu'elle ne l'accompagnait , et le rliythme n'avait point d'autres règles, puisque les mesures de la musique répondaient aux pieds des vers : aussi les notes n'avaientelles que deux valeurs, une pour la longue syllabe, une pour la syllabe brève.
Aristide Quintilien donne une liste fort étendue des différentes mesures, et des diverses propriétés qu'elles avaient pour calmer ou agiter l'âme, selon la nature des syllabes. Je m'abstiens de la rapporter toute entière; mais on y trouve que « le raouve- » ment de deux syllabes ou de deux notes » égales, si elles sont courtes, est vif, im- » pétueux et propre pour les danses mili- » taires appelées pyrrhiques, dans lesquelles x les danseurs sont armés ; que le mouvement » réglé par des pieds poétiques composés de » syllabes longues , étant plus grave , plus » sérieux, convient aux hymnes chantés en » l'honneur des dieux, aux fêtes religieuses » et aux sacrifices. »
"i Nous avons déjà vu que les anciens ne la connaissaient point.
Ces deux exemples suffisent pour faire juger edmbien la note était esclave du mot ; ils nous montrent la musique intimement unie à la poésie, et se confondant en quelque sorte avec elle, au point qu'on ne sait plus à laquelle doit rester le nom de mélodie. Et l'on ne doit point oublier ici que les instrumens mêmes se trouvaient soumis au joug du poète , puisqu'ils n'accompagnaient jamais le chant qu'à l'unisson ou à l'octave.