CHAPITRE III
DES IlfSTRUHEWS GRECS.
Les Grecs avaient des instrument de trois espèces , dont les sculptures antiques nous font connaître les différentes formes. Les principaux instrumens à cordes étaient la lyre, la harpe , la cithare, le psaltérion , etc. : on les touchait tous avec les doigts , ou avec le plectj'um ' , qui servait à pincer les cordes. Les instrumens à vent étaient la flûte , îe svrinx ou la flûte de Pan , le cor, la trompette % etc. Enfin, les instrumens de per-
1 Virgile . dans l'Enéide , dit que le pleclrum était d'ivoire.
2 Quoique Homère fasse mention de la trompette dans l'I liade , et qu'elle existât de son temps , tous les critiques s'accordent à dire que cet instrument était inconnu aux. Grecs à l'époque de la guerre de Troie. Avant son invention , les anciens se servaient à la guerre , pour donner le signal des batailles , de torches allumées , et plus tard , de conques de mer dans lesquelles en soufflait, ce qui fit imaginer la trompette.
cussion étaient la cymbale , le tambour , la cloche x, etc.
Parmi cesinstrumens,etbeaucoup d'autres du même genre que je n'ai pas nommés, la lyre et la flûte étaient les deux plus estimés , et ils paraissent avoir été multipliés à l'infini chez les anciens. Tous les poètes jouaient de la lyre, et s'en accompagnaient lorsqu'ils chantaient leurs vers; car tous les vers se chantaient, et de là vient le début de nos poèmes , ou , comme le dit Rousseau , l'habitude de dire encore je chante , quoiqu'on ne chante plus. Les premiers rapsodes, ou chanteurs de vers , ressemblaient beaucoup aux bardes écossais et aux troubadours de la Provence. Le plus célèbre d'entre eux ,
1 II ne parait pas que les anciens aient connu l'espèce de tambour qu'on emploie aujourd liui dans nos armées , mais seulement les tambours de basque. A l'égard des cloebes, quoiqu'elles aient e'te' certainement connues dès la plus liaule antiquilè, puisqu'il en est fait mention fréquemment dans la Bible , on n'avait point imagine' de les suspendre aux. mouumens e'ieve's et de les faire sonner par le moyeu des cordes. Cet usage n'a pris naissance qu'au sixième siècle, et plusieurs écrivains grecs donnent le nom de vase à la cloebe.
le divin Homère , s'accompagnait de la lyre, lorsqu'il allait chantant de ville en -ville son Iliade et son Odyssée ; la lyre de Pindare est connue de l'univers ; Hésiode ne put être admis au nombre de concurrens dans les jeux pythiqnes , parce qu'il n'était pas capable de s'accompagner lui-même sur la lyre ; enfin , tout ce qui était poésie chez les anciens, depuis l'hymne adressé aux dieux jusqu'à la joyeuse chanson de table, nécessitait l'emploi de cet instrument.
La différence qui existait entre la lyre, la cithare et le psaltérion , ne nous est pas bien connue, et beaucoup d'auteurs anciens et modernes confondent ces instrumens. Il paraît cependant , d'après un passage d'Aris tide Quintilien, qu'il y avait entre eux des nuances très-sensibles du grave à l'aigu. Peut-être aussi quelques-uns étaient-ils faits pour demeurer sur leur base , comme notre harpe ; mais il est bien certain que le joueur de cithare portait son instrument , et qu'il pouvait jouer assis ou debout , puisque Tacite, en parlant des règles du décorum observées par les musiciens de profession , auxquelles Néron se soumettait , dit que cet
empereur ne s'asseyait point tant qu'il jouait, selon les lois de la cithare.
Quant à la flûte , elle tomba en disgrâce peu de temps après avoir été inventée. Les prêtres d'Apollon l'ayant bannie de leurs temples , en souvenir de la lutte de ce dieu contre Marsyas , on l'abandonna d'abord au peuple comme un instrument ignoble ; mais quand le luxe et le goût des plaisirs se furent introduits dans la Grèce , elle reprit tellement faveur , qu'il était indigne d'un homme bien né de n'en pas savoir jouer; etPériclès, ayant entrepris l'éducation de son neveu Alcibiade, lui donna pour maître le célèbre Antigénides , qu'il fit venir de Thèbes. Les Thébains se piquaient de surpasser tous les autres Grecs sur la flûte, et regardaient cette prééminence comme un point très - important. On en peut juger par ce passage de Dion-Chrysostome : « Après la ruine totale » de leur ville , dit-il , qui n'est pas encore » rebâtie , il ne restait plus d'habitans que >> dans le moindre quartier appelé Cadmée. » Ceux-ci s'occupèrent fort peu du soin de » restaurer leurs monumens publics , qui » avaient été abattus ; mais ils se donnèrent
» la plus grande peine pour tire/ des débris » et pour relever une statue de Mercure sur » laquelle se lisait cette inscription : La Grèce » a déclaré que Thèbes a remporté Le prix » sur la Jîûtc. Cette statue est encore sur » pied , parmi les ruines, dans la vieille place » publique. »
Les joueurs de flûte célèbres faisaient des fortunes immenses. Plutarque parle des grandes richesses de Théodurus, maître de flûte renommé, qui futpère d'Isocrates l'orateur. Lucien rapporte qu'un certain Isménias de Thèbes acheta une flûte, à Corinthe, trois talens , ce qui fait i6,5oo francs de notre monnaie : beaucoup d'autres gagnaient et dépensaient des trésors. Il fallait, au reste, que les joueurs de flûte fussent en bien grand nombre dans la Grèce ; car , nonseulement ils étaient nécessaires dans les temples où ils jouaient pendant les sacrifices, dans l'orchestre des théâtres et dans toutes les cérémonies publiques , mais on les voit encore appelés aux noces , aux fêtes et aux festins , comme des personnages obligés.
Plusieurs femmes ont aussi excellé à jouer de la flûte. La plus célèbre est Lamia , que
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sa beauté ', son esprit et son talent ont fait regarder comme le prodige de l'antiquité. Elle était née à Athènes, mais le désir de se perfectionner dans son art l'ayant attirée à la cour d'Alexandrie, elle devint captive de Démétrius lorsqu'il eut défait et vaincu Ptolémée Soter. Démétrius , le plus bel homme de son temps, et beaucoup plus jeune que Lamia, n'en tomba pas moins dans les fers de sa captive ; et sur ses prières il accorda de grandes faveurs aux Athéniens , qui érigèrent un temple à leur protectrice, sous le nom de Vénus Lamia.
' On peut voir sa tête , gravée sur une amètlusle , à la Bibliothèque du roi. Elle est repre'sente'e avec le voile el les bandelettes que portaient les joueuses de flûte.