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DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE CHEZ LES GRECS

Tous les drames ancieos étaient chantés. Les Grecs donnent constamment le nom de mélodie à la déclamation, et le chant est regardé par Aristote comme le plus grand embellissement que puisse recevoir la tragédie. Mais ce qui dut aussi contribuer à établir cet usage, c'est que les théâtres anciens étaient beaucoup trop spacieux pour que les acteurs eussent pu se faire entendre autrement. Outre leur immense étendue, ces théâtres n'étaient point couverts; aussi tous les moyens étaient-ils employés pour augmenter la force de la voix et pour empêcher le son de se perdre. Les acteurs portaient tous des masques de métal construits d'après les mêmes principes qui constituent la trompette, et des échos étaient ménagés dans différentes parties de la scène, au moyen

de vases harmoniques dont on ne peut aujourd'hui expliquer clairement l'effet, mais dont l'usage n'est pas douteux.

L'orchestre n'était point, comme chez nous, placé plus bas que le théâtre; il se trouvait sur le théâtre même, dont il occupait la partie inférieure, qui était faite en demi-cercle, et garnie de sièges tout autour. On l'appelait orchestre parce que c'était là que s'exécutaient les danses *.

La musique qui accompagnait le dialogue ou l'action différait de celle qui accompagnait le chœur; car, si l'on s'en rapporte à Plutarque, les poètes tragiques avaient adopté la méthode inventée par Àrchiloque, qui « récitait une partie de ses vers iambi- » ques avec un accompagnement, et chan- » tait les autres que les instrumens suivaient « note pour note. » Le dialogue élait donc une espèce de récitatif interrompu ou soutenu de temps en temps par la cithare et par d'autres instrument a cordes, tandis que le chœur était accompagné de suite par tout

* Chacun sait que la danse faisait partie de la tragédie ancienne.

l'orchestre. Ce chœur des anciens, si célèbre, formait, comme chacun sait, une partie importante du drame : il ne remplissait point les entractes , puisqu'il paraît prouvé à fous nos savans que la tragédie grecque n'était point divisée par actes; mais il intervenait fréquemment dans l'action , soit en totalité , soit par l'organe de son chef qu'on appelait coryphée. C'était aussi ce chœur qui exécutait les danses pantomimes inventées par Eschyle.

Rien n'indique d'ailleurs que les odes chantées par le chœur aient été autre chose que la déclamation notée. En 'général la musique dramatique parait avoir été plus simple qu'aucune autre; et selon Plutarque, le genre chromatique n'était jamais employé dans la tragédie.

On a dit que les tragédies grecques, n'étant composées que de quinze ou seize cents vers , auraient été beaucoup trop courtes si elles avaient été simplement déclamées comme nos tragédies ; on peut dire aussi qu'elles seraient devenues beaucoup trop longues si on les avait semées d'airs semblables à ceux de nos opéras. Telle était au

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reste, sur ce point l'opinion de Voltaire ' : « Le récitatif italien , dit-il , est précisément » la mélopée des anciens , c'est cette décla- » mation soutenue par des instrumens de « musique. Cette mélopée qui n'est ennuyeuse » que dans vos mauvaises tragédies-opéras, » est admirable dans vos bonnes pièces 2 . » La musique dramatique des anciens était donc propre seulement à renforcer l'articulation , et son plus grand charme résidait bien certainement dans l'harmonie des vers grecs.

La profession d'acteur fut long-temps honorable chez les Grecs. Leurs poètes , dont la plupart étaient orateurs , hommes d'état et généraux , jouaient tous dans leurs propres pièces ; et Sophocle , qui le premier ne parut pas sur le théâtre , fut obligé de s'en excuser sur son défaut de voix.

1 Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne.

2 Nos dilettanti peuvent se rappeler que lorsqu'on a donné la Clemenza di Tilo , le récitatif était fort souvent applaudi , surtout celui du rôle de Crivelli , parce que ce chanteur prononçait parfaitement Lien. Ce récitatif, cependant , n'avait sur tous les autres que l'avantage d'accompagner les beaux vers de Métastase , dont fort peu de spectateurs comprenaient le sens.

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