DES CHANSONS ET DE LA MUSIQUE MILITAIRE CHEZ LES ANCIENS
Ce n'était pas seulement dans les temples, dans les jeux publics et sur les théâtres , que la musique charmait l'antiquité. Chez aucun peuple l'usage des chansons ne fut aussi répandu que chez les Grecs : ils en avaient sur tous les sujets, pour toutes les circonstances; et quand on pense que leur histoire et jusqu'à leurs lois furent chantées avant d'être écrites ' , puisque de là vient , selon Aristote , que le même nom fut donné aux lois et aux chansons , on serait tenté de croire que les anciens ont plus chanté qu'ils n'ont parlé.
1 Strabon nous apprend que Lycurgue e'tant arrivé en Crète (aujourd'hui l'île de Candie), s'adjoignit Thaïes pour mettre en musique les lois qu'il destinait aux Laccdé-
A table , dans les premiers temps , tous les convives chantaient ensemble les louanges des dieux , et ces chansons étaient de véritables cantiques. Dans la suite les convives chantaient successivement , chacun à son tour , tenant une branche de myrte , qui passait de la main de celui qui venait de chanter à celui qui allait chanter. Mais quand la musique se fut perfectionnée chez les Grecs , et qu'on employa la lyre dans les festins , il n'y eut plus que les gens habiles qui furent en état de chanter à table , du moins en s'accompagnant de la lyre. Les autres convives , contraints de s'en tenir à la branche de myrte , donnèrent lieu au proverbe grec , qu'un homme chante au myrte , pour faire entendre qu'il est ignorant.
Ces odes accompagnées de la lyre s'appelaient scolies. Leurs sujets se tiraient nonseulement de l'amour et du vin, mais encore de l'histoire, de la guerre, et même de la morale. Nous pouvons juger des premières, par les soixante-dix odes d'Anacréon qui nous restent.
Les Grecs avaient aussi des chansons pour
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les diverses professions. Telles étaient les chansons des bergers, dont une espèce , appelée bucoliasme , était le véritable chant de ceux qui conduisaient le bétail, tandis que le chant bucolique , ou ce que nous appelons la pastorale , n'en offrait qu'une agréable imitation ; telles étaient les chansons des moissonneurs , des meuniers, des tisserands, des ouvriers en laines , des nourrices , etc.
Pour des occasions particulières, ils avaient le chant des noces, qui s'appelait hy menée , épithalame ; le chant de Datis , pour les réunions joyeuses , Xlalème et le linos , pour les cérémonies funèbres et les événemens malheureux. Ce linos se chantait aussi chez les Egyptiens , et s'appelait par eux maneros , du nom d'un de leurs princes, aux obsèques duquel on l'avait chanté.
Enfin , il y avait encore des hymnes ou chansons en l'honneur des dieux et des héros, telles que les Jules de Cérès et de Proserpine , la Philélie d'Apollon, les Upinges de Diane , etc.
Les anciens étaient trop passionnés pour la musique et trop persuadés de l'influence
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qu'elle exerçait sur le moral de l'homme , pour n'en point faire usage dans leurs armées. « Rien n'est plus propre, dit Plutarque , que » la musique , à porter les hommes aux » grandes actions , et particulièrement à ex- » citer en eux le degré de courage nécessaire » pour braver les dangers de la guerre ; c'est » à cette fin que les uns employaient la flûte ■> et les autres la lyre dans leurs armées. » En effet , les austères Lacédémoniens euxmêmes , malgré leurs lois inhospitalières contre les étrangers , s'efforçaient d'attirer dans leur pays les musiciens célèbres , et ils encourageaient la musique, dans l'intention surtout de s'en servir pour animer le courage de leurs soldats. Tyrtée , général athénien , et musicien renommé pour la composition de ses airs militaires ^ fut appelé par eux dans leur seconde guerre contre les Messéniens , et les écrivains attribuent la victoire qu'ils remportèrent alors à l'enthousiasme qu'excita dans l'armée le son d'une nouvelle flûte militaire ou d'un clairon que Tyrtée venait d'inventer. Aussi Plutarque dit-il que Tyrtée fut admis au rang des citoyens de Sparte , et que ses airs militaires furent chantés dans
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l'armée lacédémonienne tant que dura la république.
Thèbes et Lacédémone avaient une flûte sur leurs enseignes ; les Cretois avaient une lyre.
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