‹ Histoire de la musiqueChapitre 9 sur 37 · IÏK LA MUSIQUE CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

IÏK LA MUSIQUE CHEZ LES ROMAINS

Tout occupés du soin de conquérir le monde, les Romains n'ont été dans les arts que de faibles imitateurs des Grecs. Le goût de la musique néanmoins leur était commun avec tous les peuples ; et l'on trouve des traces de l'art parmi eux dès les premières pages de leur histoire. Selon Denis d'Halicarnasse , les Arcadiens furent les premiers qui apportèrent en Italie les lettres grecques et les instrumens de musique, tels que la lyre et le triangle ; car jusque-là le chalumeau y avait été le seul instrument en usage. Quant à leur musique vocale , les Romains l'imitèrent d'abord des Etrusques leurs voisins, et elle paraît avoir différé sous quelques rapports de la musique grecque. L'historien que je viens de citer dit, en parlant du premier triomphe romain, qui fut celui

de Romulus, que ce prince, couvert d'une robe de pourpre, était porté dans un char traîné par quatre chevaux, et que l'armée suivait en ordre de bataille, les soldats louant les dieux dans des hymnes nationaux, et chantant des vers impromptus ' en l'honneur de leur général.

Numa commença son règne 7 1 5 ans avant J.-C, vers le temps où Pythagore était en Italie; et le sixième article de ses règlemens religieux institue les salii, jeunes gens qui dansaient , et chantaient des hymnes en l'honneur du dieu de la guerre. La fête de Mars se célébrait dans le mois qui porte ce nom , et durait plusieurs jours pendant lesquels les salii parcouraient la ville, dansant et chantant au Capitole et dans le forum. Ils étaient au nombre de treize, et l'on avait soin de les choisir beaux et bien faits.

Dans les fragmens qui nous restent des lois des douze tables , lesquelles furent insti-

1 Ce passage donne une origine Lien ancienne aux improvisateurs italiens , le triomphe de Romulus ayant pu lieu dans la quatrième année de Rome , 749 an* avant J.-C.

tuées 45o ans avant J.-C. vers l'époque de l'abolition du pouvoir des décemvirs, on trouve les deux articles suivans.

« I. Le crieur proclame les funérailles. Le » conducteur du deuil dans les jeux funè- ». bres peut se faire assister d'un officier pu- » blic et de licteurs. Il lui est permis de » faire usage de trois manteaux carrés , » d'une bande de pourpre sur la tête, et de » dix joueurs de flûte ; mais rien de plus. » « XII. Les prières pour les hommes révé- » rés auront lieu dans une assemblée du » peuple, et les chants funèbres seront ac- » compagnes par une flûte. »

Les Romains avaient des chansons nuptiales -, mais avant qu'ils eussent imité lepitiialame des Grecs, ils chantaient aux noces certains airs en usage à Fescennia, ville d'Étrurie, et qu'ils appelaient pour cette raison versus fescenini. Horace dit que la poésie en était obscène ; il est probable que la musique en était grossière.

On sait que dans les beaux temps de Rome, la musique, au théâtre, était inséparable du drame. Il parait même prouvé que les Romains eurent toujours cet usage; car

(if> HISTOIRE

Jeur premier spectacle dramatique eut un objet religieux, et la musique était de la plus haute importance dans toutes leurs institutions religieuses. La peste ayant désolé Rome sous le consulat de C. Sulpicius Peticus, et C. Licinius Solo, les magistrats imaginèrent, pour apaiser la colère céleste, d'instituer de nouveaux jeux en l'honneur des dieux. Ces jeux, appelés scenici, étaient des représentations théâtrales , dans lesquelles des acteurs, qu'on avait fait venir de l'Etrurie, exécutaient, au son de la flûte, des danses pantomimes à la manière des Toscans. Bientôt de jeunes Romains voulurent imiter ces danseurs, et ils entremêlèrent les pantomimes de railleries et de vers grossiers. Ces jeux une fois établis se perfectionnèrent peu à peu , et les acteurs romains furent appelés histrwnes , du mot toscan hister, qui signifie joueur sur le théâtre.

Les premiers essais de Rome dans tous les arts furent donc entièrement dus à ses relations avec les Etrusques , jusqu'à l'époque où les Romains firent la conquête de la Sicile, deux cents ans avant J.-C. Aucun état de la Grèce n'avait produit un aussi grand nombre

d'hommes célèbres que la Sicile ; et , pour ne parler ici que de ce qui a rapport à la musique, les Siciliens étaient les inventeursde la poésie pastorale et des instrumens à vent, avec lesquels les bouviers et les bergers accompagnaient leurs airs champêtres. Rome s'enrichit des connaissances acquises par ce vieux peuple, et la musique s'y perfectionna comme tous les autres arts. Enfin , les Romains , ayant conquis toute la Grèce , eurent le bon esprit d'en adopter les coutumes '. On vit les vainqueurs solliciter des leçons de leurs tributaires , toute la jeunesse romaine se rendre à l'école d'Athènes , et les Grecs conserver une sorte de souveraineté sur leurs maîtres , même au temps où vivait Cicéron. Il est donc très-probable que la musique de Rome , à l'époque la plus brillante de la république et sous les empereurs, ne fut point autre chose que la musique grecque. Le Car.

■ On doit remarquer , dit Montesquieu , que ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maîtres du monde, c'est qu'ayant combattu successivement contre tous les peuples , ils ont toujours renonce' à leurs usages sitôt qu ils en ont trouvé de meilleurs. {Grandeur et Décadence des Romains. )

men seculare ' d'Horace , et son Dianam tenere en sont de fortes preuves ; ces odes , précieux modèles de la poésie lyrique des Latins , ont la forme et la mesure des odes grecques ; et il n'est guère possible de douter que la musique n'en fût aussi dans le style grec. On peut en dire autant de la musique dramatique , le théâtre romain étant entièrement calqué sur celui des Grecs , au point que beaucoup de drames latins ne sont pour ainsi dire que des traductions.

Soixante ans après J.-C. , Néron institua des exercices de musique , de poésie et d'éloquence qui devaient avoir lieu tous les cinq ans; et l'on sait qu'il monta lui-même plusieurs fois sur le théâtre, comme un chanteur public. Il fit son premier début chez les Grecs , l'an 66 de notre ère , lorsqu'il lui prit fantaisie d'imiter Flaminius , en rendant aux états de la Grèce leur antique li-

1 Le Carmen seculare était clianté à deux chœurs par trente-sept jeunes nobles et autant de jeunes filles. Ils chantaient différentes strophes , tantôt ensemble , tantôt alternativement Ces deux premières strophes de l'hymne e'taient chantées par un chœur plus nombreux , qui représentait le peuple.

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berté. On sent qu'une pareille intention , et le soin qu'il prit de corrompre par des présens ses juges et ses compétiteurs , contribuèrent plus que son talent à le faire couronner : il obtint le prix de musique dans tous les jeux, sans en excepter les jeux olympiques , et revint en Italie, rapportant dixhuit cents couronnes. Il fit son entrée dans Rome en triomphateur , porté sur le même char qui n'avait servi jusque -là qu'aux généraux romains. Diodorus, fort célèbre alors par son talent sur la cithare , et un grand nombre d'autres musiciens grecs le suivaient, confessant qu'ils avaient été vaincus par lui. Une pareille adulation prouve que les artistes grecs ne se distinguaient pas par l'indépendance de leur caractère.

Les successeurs de Néron encouragèrent les jeux qu'il avait établis , et qui se célébrèrent long-temps dans toutes les grandes villes de l'empire. Il ne paraît pas cependant que jamais les Romains aient porté la musique au degré de perfection que les Grecs avaient atteint. Il en fut de même chez eux de tous les autres arts. On peut trouver la cause de leur infériorité dans l'usage où ils étaient

d'abandonner ce genre d'occupations à leurs esclaves, tandis que dans la Grèce, au contraire , l'exercice des beaux-arts , des arts libéraux , était uniquement réservé au.\ hommes libres.

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