DEUXIEME SIECLE DE LERE CHRETIENNE
On se rappelle sans doute que nous avons laissé Trajan sur le trône de l'empire romain , et saint Evariste , cinquième successeur de saint Pierre , à la fin du premier siècle.
Adrien^ neveu et fils adoptif de Trajan, lui succéda l'an 117, et régna en philosophe jusques en l'année 138.
Antonin monta sur le trône après Adrien , l'an 138 . et régna heureusement jusques en 161.
Marc-Aurèle succéda immédiatement à Antonin, et gouverna renipire depuis l'an 161 jusques en 180.
Après Marc-Aurèle, la pourpre impériale fut décernée à Commode, qui en prit possession l'an 180, et la conserva jusques en l'année 192.
A ce monstre, dont la présence souilla trop longtemps le trône, et ternit l'éclat de ce beau siècle, succéda le sévère Per^ma^; ce prince ne régna qu'un an et périt misérablement l'an 193, massacré par les gardes prétoriennes qu'il avait voulu faire rentrer dans le devoir et soumettre aux exigences de l'antique discipline.
DidiusJulianus, qui ambitionnait le pouvoir suprême et voulut prendre la place de Pertinax, ne trouva pas de meilleur expédient, pour y parvenir, que celui d'acheter la couronne 5 mais Septime- Sévère, du fond de la Pannonie, protesta contre cet odieux marché, demanda la tète de Didius, que les prétoriens lui envoyèrent, et vint régner jusques en l'an 211 : il termina ainsi le deuxième siècle et commença le troisième.
A saint Evariste, mort Tan 108, succéda saint Alexandre P^ qui mourut lui-même l'an 117. Alexandre était né en Grèce et fut persécuté sous le règne de Trajan^ il eut, comme son prédécesseur, le chagrin de voir le christianisme en proie aux plus fougueuses hérésies^ elles se multipliaient chaque jour, loin de diminuer, et chaque jour s'aigrissaient davantage l'une contre l'autre. On croit que ce fut lui qui , le premier, divisa la ville de Rome en paroisses, ou quartiers ecclésiastiques. Si le fait est vrai, cette division dût, à coup sûr, être tenue fort secrète, car le gouvernement, justement alarmé de cet empiétement sur son autorité, ne l'eût certainement pas souffert.
Alexandre P^, dont l'histoire ne parle pas autrement, fut remplacé dans l'exercice de ses fonctions pontificales par saint Sixte P% né à Rome, et qui mourut en 127. La biographie garde le même silence sur cet évêque.
Dans cette même année ^ saint Télesphore fut appelé à le remplacer^ et demeura dansée poste jusques en l'année 138, qu'il mourut martyr: c'est tout ce que Ton sait.
Le successeur de saint Télesphore fut saint Hi^gin^ qui fut aussi martyr, à ce que l'on croit ; mais on ne donne point la date précise de sa mort.
5am^ Pte P'' prit la place de saint Hygin, et fut pape huit ans: il régna jusques en l'année 150. Il était né à Aquilée ^ on ignore son véritable nom : on sait seulement que le surnom de Pie lui fut donné à cause du zèle qu'il ne cessa de déployer pour la prospérité de la foi.
A sa mort, arrivée comme je viens de le dire l'an 150, saint Anicet fut appelé à sa succession ^ il la conserva jusques en l'an 161 , qu'il périt martyr sous le règne de Marc-Aurèle.
Saint Soster prit sa place, et la conserva jusqu'en Tan 171 qu'il mourut. Il était né à Fondi , petite ville du royaume de Naples dans ïa terre de Labour, la première province de cet état dans laquelle on entre en venant de Rome, et en sortant des fétides marais Pon-* fins. On ne dit pas que ce Soster ait été persécuté. (La biographie de 1833 dit qu'il fut pape jusqu'en 177.)
Saint Eleuther succéddi à saint Soster l'an 171, et gouverna l'Eglise jusqu'en 185. Il est le premier que l'on cite pour avoir envoyé des missionnaires dans la Grande-Bretagne prêcher le christianisme, el instruire dans cette religion le roi Lucius, qui régnait alors. Saint Eleuther ne mourut, dit-on; qu'en l'an 192 • il aurait donc alors abdiqué le pouvoir sept ans avant sa mort? (voy. plus haut.)
Saint Victor /^^ qui remplaça saint Eleuther en 185, était né en Afrique. Il excommunia Théodore de Byzance qui , avant que deux siècles fussent accomplis, niait déjà la divinité de Jésus. C'est saint Victor qui fixa le jour de Pâques au dimanche après le quatorzième jour de la lune de mars : on ne nous dit pas quelles furent les puissantes raisons qui déterminèrent cette, fixation. Je suppose que l'on attachait un sens positif quelconque à V excommunication; je suppose qu'à cette époque on savait ce que l'on voulait dire, mais surtout ce que l'on pouvait faire-, je m'étonne à juste titre de ce
que Victor, sous le coup de la persécution, puisqu'il mourut martyr l'an 197, je m'étonne, dis-je, qu'il ait eu l'audace de fulminer cet anathème, lui qui était frappé d'une condamnation qui allait mettre violemment fin à ses jours ^ en vérité, il faut faire un grand effort pour se reporter à l'esprit de ces temps et comprendre de pareilles choses !
Saint Zéphirin succéda à saint Victor, et ne mourut qu'en 217? c'est-à-dire au commencement du troisième siècle ; il était romain de naissance. Le clergé, qui le fit saint après l'avoir fait pape, lui fut redevable d'un grand éclat, et de beaucoup plus d'importance qu'il n'en avait eu jusque-là. Il est bon de savoir que, jusqu'au temps où les empereurs romains se firent chrétiens , les papes furent élus par le peuple et le clergé ^ les empereurs , dans la suite , s'arrogèrent le droit de confirmer leur élection. Justinien même, JusLinien le Docte, ainsi que ses successeurs, exigèrent une somme d'argent pour l'octroi de cette confirmation^ mais Constantin Pogonat les délivra de cette servitude en 681. houis-le -Débonnaire déclara, en 824, que désormais V élection des papes serait libre. Sous Innocent II, en 1143, les cardinaux prétendirent avoir seuls le droit de pourvoir à celte élection. Grégoire Z ordonna, en 1274 ou 1276, que l'élection se ferait désormais dans un conclave , et cette coutume s'est conservée jusqu'à nos jours.
Le second siècle de l'ère chrétienne compte donc huit empereurs romains depuis la fin du règne de Trajan, appelé au trône deux ans avant fexpiration du premier siècle, jusques et y compris celui de Septime Sévère, empereur des Romains depuis l'an 193, c'est-à-dire avant la fin de ce deuxième siècle.
Dix évêques, ou papes, se partagèrent durant ce siècle la succession laissée par saint Pierre, depuis saint Evariste jusqu'à saint Zéphirin, élu l'an 197, et dont le pontificat se prolongea jusques en 217.
L'histoire nous dit bien que le christianisme pénétra dans les Gaules vers le mifieu du deuxième siècle et y fit de rapides progrès, mais elle ne nous apprend pas quels furent les premiers missionnaires envoyés sur le sol de notre antique patrie, ni par qui ils
furent chargés de convertir les Gaulois; leurs moyens d'action sur l'esprit de ces peuples, encore peu civilisés, ne sont indiqués en aucun lieu, d'aucune manière: ce qui est dit au chapitre précédent sur saint Clément est peu concluant.
J'ai cru être mieux informé en consultant V Histoire des Papes, source naturelle de tout ce qui concerne nécessairement cette époque et cette partie si importante de la religion: la propagation de la foi ; je n'ai pas été plus heureux ni mieux instruit , loin de là ; une mission est indiquée dans le premier siècle et attribuée à saint Clément, troisième pape, mais rien ne fait soupçonner la nature de ses résultats, l'époque de son départ, le lieu de son apparition , l'effet de ses prédications, le temps de son retour. Enfin, dans le second siècle, rien ne confirme ce qu'avance l'histoire, ni sur la première, ni sur la seconde mission et ses succès dans les Gaules: tout est muet. Je dois donc à mon tour me taire prudemment sur ces deux faits , et me borner à déplorer l'aridité de ce second siècle, qui semble désavouer implicitement ce qui est avancé dans le premier, par le silence absolu qu'il garde à cet égard.
Cependant, comme la musique moderne dût sa rénovation dans les Gaules à l'introduction de ce nouveau culte, on nous l'affirme au moins, je ne néglige rien pour percer l'obscurité qui enveloppe ce point si intéressant pour l'histoire de l'art, et dissiper l'incertitude que fait naître cette obscurité: j'aurai fait tout ce qui m'aura été possible; un plus habile, ou plus heureux fera le reste.
Ici finissent mes recherches sur le deuxième siècle ; ces recherches, comme on le voit, n'ont rien produit qui mérite quelque attention touchant le but réel de cet ouvrage. J'abrège donc les réflexions qu'il aurait pu me fournir, et je me console d'avoir inutilement labouré ce sol ingrat, par l'espoir que mes efforts ne demeureront pas longtemps stériles, et que je serai bientôt en mesure d'offrir au lecteur quelque fruit qui le dédommage de la patiente et pénible audience qu'il aura bien voulu accorder à ces premiers chapitres.
TOMK I.