‹ Histoire de la musique moderneChapitre 12 sur 109 · TROISIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE

Au troisième siècle, où nous allons entrer, Septime Sévère, élu empereur en 195 , régna encore et gouverna l'empire romain jusqu'en 211,

Caracalla lui succéda , après avoir fait assassiner son frère Geta, et régna jusqu'en l'année 218. Peu scrupuleux sur les moyens d'atteindre le but de sa cupide ambition, il acheta les soldats et tout ce qui est ordinairement à vendre dans un pays sans morale publique, sans conscience politique, ou la corruption est l'unique moyen d'arriver au pouvoir et de le conserver, ou la soif ardente de l'or, des dignités, et l'égoïsme sont les seuls mobiles de tous les calculs comme de toutes les actions.

Macrin, préfet du prétoire, délivra la terre de ce tyran, prit sa place et gouverna Tempire jusqu'en 222. Battu près d'Antioche par Héliogabale, dont le nom indique qu'il était adorateur du soleil, Macrin disparut du trône et du monde, laissant le pouvoir au vainqueur qui le conserva jusqu'en l'année 225. Pendant ce court espace de temps , il poussa la turpitude et la folie jusqu'à se déclarer femme et à se faire épouser comme telle par un esclave nommé Hieroclès. Après avoir joué cette ridicule et repoussante comédie , il adopta Alexandre Sévère et le déclara son successeur^ mais, plus tard, il en devint jaloux, et s'occupait des moyens de s'en défaire, lorsqu'il fut lui-même massacré par ses soldats et jeté dans le Tibre, à l'âge de vingt deux ans, après en avoir régné près de quatre.

Alexandre Sévère occupa le trône de 225 à 235 : il était digne du rang où la fortune l'avait élevé. Il rendit la paix à l'empire et la Mésopotamie aux Romains qui l'avaient précédemment perdue. Il

passa ensuite dans la Gaule pour en chasser les barbares du Nord, débordés dans cette partie des possessions romaines^ mais il y fut tué au milieu d'une sédition dont on ignore la véritable cause.

Après Alexandre Sévère, et depuis 235 jusqu'en 253, figurent successivement sous la poupre impériale Maximin, Balhin, Gordien, Philippe, Décius, Gallus, Emilien, dont je n'ai certainement pas le projet de raconter ici l'histoire.

En 253, Valérien arracha le pouvoir à Emilien, et régna à sa place jusqu'en 259.

Gallien lui succéda et gouverna l'empire depuis Tan 259 jusqu'en Tannée 268.

Il fut remplacé sur le trône en 268 par Claude II, qui ne garda le pouvoir que deux ans et mourut de la peste en 270.

Aurélien revêtit la pourpre impériale en 270, vengea les affronts de l'empire , battit les Goths , les Perses , soumit les Gaulois révoltés , et , après un règne glorieux de six années , périt victime de son secrétaire Mnesthéus, en 276.

Tacite lui succéda et ne régna que six mois.

Probus parvint au pouvoir qu'il conserva jusqu'en 282. 11 fut massacré par ses propres soldats qu'il voulait forcer à travailler pendant la paix.

Carus, après lui, monta sur le trône impérial et s'y maintint deux ans, au bout desquels il périt frappé par la foudre, en 284.

De 284 à 306 régnèrent l'un après l'autre Dioclétien, Maximin, Constance- Chlore ^ et enfin Galerinus.

Au milieu des troubles sanglants, des guerres destructrices, des persécutions acharnées, des révoltes meurtrières , des assassinats multipliés qui désolèrent l'empire pendant toute la durée de ce siècle, et dans toutes ses parties, ne lui laissant quelques instants de repos que de loin en loin, le christianisme ne dût faire que bien peu de progrès, obligés comme l'étaient les Chrétiens de se tenir soigneusement cachés pour se soustraire aux supplices dont ils étaient menacés de toutes parts; et ces causes , jointes aux discordes intestines et envenimées par lesquelles, après un siècle, ils étaient divisés, ainsi que l'Eglise désolée de Jésus, durent nécessai-

rement apporter de grands obstacles à ses développements. L'introduction de la musique vocale, des chants religieux, dans les cérémonies du culte, en dût être fortement contrariée, et recevoir un fâcheux contre-coup de tant de vicissitudes. Loin de songer d'ailleurs qu'il fut possible de joindre des chants quelconques, empruntés ou inventés, à la célébration de leurs mystères, ils devaient au contraire observer le plus profond silence, dans la crainte d'éveiller la défiance de leurs ennemis.

Après avoir donné un aperçu fort abrégé, fort restreint de la situation du gouvernement de l'empire pendant ce siècle, je vais dire consciencieusement ce que j'ai recueilli sur l'état où se trouva l'Eglise chrétienne pendant cette même période ^ j'ai cherché à découvrir, sinon des faits positifs difficiles à constater, du moins d'utiles renseignements, de solides indications, propres à me servir de guides dans la carrière d'investigation où je me suis engagé.

Zcphirin, que j'ai laissé en possession de la chaire de saint Pierre, l'an 197, Zéphirin mourut en 217. Que l'on ne me demande pas ce que c'était qu'un évêque ou un pape en l'an 217, dans quel code il puisait son titre et son droit, si c'était dans la parole de Jésus, qui n'y songea jamais, où dans les évangiles qui n'en disent pas un mot-, que l'on ne me demande pas surtout comment cet évêque excerçait ce droit en 217 , en face d'un gouvernement ennemi , puissant, ombrageux, et qui chargeait ordinairement le bourreau de controverser avec les néophites trop turbulents , je répondrais sans hésiter à toutes ces questions: je l'ignore.

A Zéphirin succéda saint Calixte /«% qui mourut martyr en 222. C/est lui , assure-t-on , qui érigea en lieu de prière les fameuses catacombes dont l'entrée se trouve aujourd'hui dans l'église de saint Sébastien, à Rome.

Saint Urbain y élu en 222, remplaça saint Calixte, et mourut martyr en 230.

Les chrétiens élurent ensuite pour leur évêque saint Pontien, qui mourut en 236, exilé par l'empereur Maximin dans l'île de Sardaigne.

A saint Pontien succéda mint Anthère, lequel mourut en 236.

Son successeur fut saint Fabien, martyrisé le 20 janvier de l'an 250,

Je transcris fidèlement, sans omission, comme sans discussion-, je demande seulement si les dénominations de janvier, février, mars, etc., existaient déjà à l'époque de la naissance de Jésus-Christ, fixée comme on Ta vu au 25 décembre de l'an 4004, et qui mourut conséquemment l'an 4037 du monde, le vendredi qui suivit le 25 mars, jour de sa condamnation^ je demande si ces noms sont empruntés aux Egyptiens, aux Hébreux, aux Grecs ou aux Romains? s'ils sont païens ou chrétiens? je déclare n'avoir jamais vu les mois de l'année désignés par ces noms d'une manière qui expliquât suffisamment leur origine dans tout ce que j'ai lu touchant ces différents peuples. Je poursuis ma notice sur Fabien, réputé homme de grande intégrité, et qui n'en subit pas moins le martyre sous le règne de l'empereur Dèce, ou Decius, persécuteur inflexible des chrétiens.

Après la mort de Fabien , sa place fut occupée par saint Corneille, décédé Tan 251, à Civita-Vecchia , oii l'avait exilé Novatien, son compétiteur^ ce Novatien possédait donc alors un pouvoir discrétionnaire bien étendu, puisqu'il lui donnait la faculté de prononcer une sentence d'exil ? Et comment concilier ce pouvoir avec la haine que Decius devait ressentir pour tout deux , comme pour tous les chrétiens? On ne les accusait généralement de rien moins que de chercher à bouleverser l'empire par la religion, pour s'emparer du pouvoir: avait-on tant de torts?

Vanti-pape Novatien donna le premier aux chétiens le spectacle de deux prétendants à la papauté, se disputant le pouvoir, que ce dernier ne put conserver qu'un an. On ignore ce qu'il devint après que ses opinions en matière de foi eurent été condamnées par saint Cyprien, ainsi que par les conciles de Carthage et d'Antioche^ mais ses sectaires, les donatistes, lui survécurent fort longtemps. Ce Cyprien, né à Carthage au commencement de ce siècle, martyr en 258, avait été converti par un prêtre nommé CéciUus. On prétend qu'il a composé des hymnes et des cantiques. Il eut d'assez vives discussions avec saint Corneille touchant la validité du baptême conférés par des hérétiques, ou réputés tels.

Il faut cependant que la persécution exercée par les empereurs envers les chrétiens n'ait pas été aussi sanguinaire, aussi incessante qu'on a voulu nous le faire croire , puisque l'on souffrait qu'ils tinssent paisiblement des assemblées, appelées conciles, dans presque toutes les grandes villes de l'empire, au troisième siècle I pour discuter les opinions plus ou moins fondées de tel ou tel autre novateur : le nombre en était grand î

A Novatien succéda saint Luce /«'', élu le 18 octobre 252, et mort en exil l'an 254 5 son époque n'offre rien d'intéressant.

Saint Etienne P^^ qui le remplaça, fut martyrisé l'an 257, sous le règne de l'empereur Valérien. C'est alors que s'agita sérieusement la question du baptême donné par des hérétiques.

Saint Sixte 11^ son successeur, mourut martyr, l'an 259, dans un âge très avancé. Né à Athènes , il perdit la vie sous la persécution de Valérien : c'est tout ce que l'on en dit.

Saint Denis fut appelé à le remplacer, et mourut l'an 263. Il passe pour avoir administré l'église avec sagesse et fermeté, il combattit les opinions des sabelliens, disciples de Sabellius, chef d'une nouvelle secte dont le nombre allait toujours croissant.

A cet homme recommandable succéda saint Félix P^ que la mort enleva en 274 : on ne sait s'il fut martyr pendant la persécution exercée par l'empereur Aurélien. Il défendit courageusement ses co-religionnaires, dit-on, fut aussi l'adversaire deSabellius, ainsi que de Paul de Samosate, autre chef de secte.

Saint Eutichien, dont la carrière se termina en 283. administra l'Eglise après saint Félix ^ c'est à cette époque que parut le fameux Manès, chef de la secte des manichéens,

A ce pape , que les biographes appellent Eutichien , et auquel ils ne donnent point la quahfîcation de saint ^ succéda saint Caïe, ou Caïus, dont le pontificat fut de douze années, puisqu'il mourut en 295, terme bien long dans ces temps de trouble et de persécution I On ne sait rien absolunient sur ce personnage. Il vécut, fort heureusement pour lui, à peu près inconnu^ il était né en Dalmatie, et parent de Dioclétien.

Saint Marccllin finit le troisième siècle et commença le quatrième^

successeur de saint Caïus, il ne mourut qu'en l'année 304, martyr, sous le règne de Dioclétien : il était né à Rome.

De Septime Sévère, devenu possesseur du trône impérial à la fin du deuxième siècle, jusqu'à la onzième année du troisième, c'està-dire jusques à Galérius inclusivement , dont le règne ne se termine qu'en l'année 306, l'empire romain a vu passer les rênes de son gouvernement dans les mains de vingt-trois empereurs, ce qui donne pour chacun, terme moyen, un peu plus que quatre ans de règne, dans l'espace de cent ans.

Le gouvernement ecclésiastique, soumis alors à de bien plus nombreuses , de plus variables calamités que le gouvernement politique , par suite des troubles , des guerres , des discussions de toutes natures qui en étaient les conséquences inévitables, et par lesquelles le vaste colosse de l'empire romain était sourdement miné ^ la chaire de saint Pierre, enfin , vit successivement, dans cet intervalle d'un siècle, quinze papes, morts presque tous martyrs, un anti-pape, et une foule de sectes opposées les unes aux autres , parmi lesquelles se firent plus particulièrement remarquer celles qui eurent pour chefs Donatien, Sabellius et Manès. Ces chefs laissèrent après eux de nombreux disciples et de longues causes de haine, de désordre, de discorde, par lesquelles l'Eglise fut ébranlée souvent jusqu'en ses fondements.

Voici en peu de mots quelle fut la situation intérieure morale, civile, politique et religieuse de l'empire romain pendant ce troisième siècle.

La Gaule, foyer de révoltes sans cesse renaissantes, volcan comprimé mais mal éteint, secouant souvent ses entraves et faisant trembler ses maîtres ; les peuples du Nord essayant de fréquentes incursions sur ces terres soumises aux Romains, qui ne contenaient qu'avec peine leurs ennemis du dehors et leurs ennemis secrets^ les hordes du Nord, les Gaulois et les chrétiens, qui n'étaient pas les moins dangereux ; ajoutez à tout ce qui vient d'être énuméré deux religions rivales, ennemies implacables l'une de l'autre, luttant avec acharnement, et se disputant par tous les moyens , toutes les violences, toutes les fureurs , une supériorité longtemps incertaine,

et dites à quel état d'indifférence, d'abandon, de décadence devaient être tombés les beaux-arts dans un empire menacé de toutes parts d'une prochaine et complète dissolution^ c'est, je crois, ce qui peut plus aisément se comprendre que se décrire^ aussi, mon projet n'est il nullement de l'entreprendre.

Toutefois , il ne m'était pas possible de passer entièrement sous silence l'état de désordre, de destruction imminente où se trouvait la société^ cette esquisse , tracée avec toute la rapidité qu'il m'a été possible d'y mettre, n'est pas le résultat d'un caprice ou du hasard ; elle est entrée dans mes idées , dans mon plan comme une nécessité, comme nn élément indispensable à l'histoire de l'art que j'ai entreprise. Bien qu'elle paraisse s'éloigner du but que je me suis proposé et n'avoir avec lui aucun rapport, elle prépare néanmoins les voies que je me propose de parcourir, et où je désire conduire le lecteur. Qu'il ait donc un peu de patience, qu'il fasse encore avec moi quelques pas à travers ces premiers siècles ou toutes choses se désorganisaient à la fois pour se reconstruire sur des bases nouvelles avec de nouveaux éléments, il verra la civilisation se répandre dans les Gaules avec la Uberté et l'indépendance^ il verra les muses éplorées, en fuite, se réunir sous un nouveau ciel, et les arts renaître sous leur bienfaisante influence. L'art musical méconnu, oublié, méprisé , dont le nom seul peut-être existait encore , l'art d'Euterpe va bientôt revivre sous le soleil qui le vit éclore , mais fécondé par le génie, développé par la méditation, agrandi dans son domaine par la culture , l'invention, les talents. Il regrettera moins alors les pas difficiles que je lui aurai fait faire dans les landes arides des premiers âges de l'ère chrétienne. La musique dût nécessairement suivre le sort commun à toutes choses, et disparaître totalement de la scène du monde au milieu de ce naufrage général^ il n'est donc pas étonnant qu'il m'ait été matériellement impossible d'en retrouver les traces, et de n'avoir, jusqu'ici, rien eu a en dire de satisfaisant; j'espère, plus tard, et bientôt , être plus heureux.

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