‹ Histoire de la musique moderneChapitre 13 sur 109 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

QUATRIÈME SIÈCLE DE l'ÈRE CHRÉTIENNE.

Je vais donc poursuivre avec persévérance, et un zèle qui ne se ralentira pas, la tâche que je me suis proposée. Je l'ai bien expliqué , l'ordre des temps , la liaison des faits , la connaissance de la physionomie civile , morale et politique des époques , m'ont paru d'une impérieuse et indispensable nécessité pour qu'il me fût possible d'asseoir un jugement, poser une opinion et la soutenir, la défendre avec les armes légales de l'observation et de l'histoire. Cette histoire, on m'accordera du moins que je l'ai étudiée avec attention, avec bonne foi , et que si , jusqu'à ce moment, elle ne nous a rien offert d'instructif, rien d'intéressant relatif à la musique, c'est que bien décidément elle n'avait rien à nous dire; mais cette conviction qui m'était toute personnelle, j'avais besoin de la faire passer dans l'esprit du lecteur. Je n'ai point osé m'en fier à une simple assertion, qui aurait pu lui paraître trop tranchée , trop hardie, et qui n'aurait point empêchée cette pensée de surgir dans son esprit, si même elle ne l'avait provoquée, à savoir que si je n'ai rien vu d'utile à mon instruction, à mon projet, dans le parcours des premiers siècles, c'est que je n'avais rien su y voir. J'ai voulu qu'il vît avec moi , comme moi , l'état progressif des choses , et qu'il fût à même de tirer, par son propre jugement, cette certitude que la musique, chez les anciens, était à l'état de première enfance; qu'en passant de la Grèce dans l'état romain elle y était demeurée stationnaire, sans aucun progrès, et qu'à la chute de l'empire elle avait failli être totalement anéantie dans le bouleversement général ; que, rattachée aux siècles de l'ère chrétienne par un fil à peine perceptible , mais précieux cependant , tout ce qu'elle est aujourd'hui ,

tout ce qu*elle nous déploie de magie, de grandeur est entièrement moderne, de création occidentale et gauloise, et n'est redevable de son importance réelle actuelle à aucune cause étrangère quelconque. C'est par toutes ces raisons réunies que j'ai commencé et que je poursuivrai la revue historique que je crois nécessaire à l'accomplissement de mon dessein.

Reprenons les choses au point où nous les avons laissées à la fin du troisième siècle. Galérius était en possession du trône impérial romain, et c'est encore lui qui règne à l'ouverture de ce quatrième siècle, puisque l'histoire nous apprend qu'il ne mourut qu'en l'année 306.

Malgré les persécutions rigoureuses exercées par Dioclétien, par Maœimin, et par plusieurs autres encore, les chrétiens commençaient à cette époque à devenir nombreux et de plus en plus redoutables.

Galérius avait un collègue au pouvoir 5 ce collègue était Constance- Chlore: ceci paraîtra moins surprenant lorsque l'on saura que, peu de temps avant, on en avait vu jusqu'à quatre et même six à la fois se partageant le trône et la puissance: Dioclétien, Maœimin, Constance- Chlore et Galérius; les deux premiers abdiquèrent volontairement. Deux autres chefs, Proculus et Bonosus, s'étaient fait déclarer césars, dans les Gaules, par leurs troupes, mais ils furent défaits par Probus.

Constantin, celui que l'on a depuis surnommé le Grand, aussitôt que son père Constance-Chlore eût fermé les yeux, courut en Bretagne et s'y fit déclarer empereur par les soldats. Pendant ce temps, Maxence, légalement élu parle peuple et le sénat, seules puissances réelles desquelles puisse émaner un pouvoir véritablement légitime , Maxence se plaça sur le trône des Romains , comme il en avait incontestablement le droit. Son rival Constantin , plus heureux par l'épée que par le droit , réussit à se défaire par la trahison de Licinius qui partageait l'empire avec lui, après avoir contribué à la défaite de Maxence, le 28 octobre 312, jour où se livra sur les bords du Tibre la célèbre bataille où ce dernier perdit à la fois l'empire et la vie en se noyant -dans le fleuve; Licinius devint le beau frère de Constantin, dont il épousa la sœur Constantia; nonobstant cette alliance, Constantin lui fit la guerre, le dépouilla, le

fit enfermer et le fit étrangler dans sa prison : le fils de Licinius eut le même sort , son oncle le fît étrangler à Tàge de onze ans ! Après la défaite de Maxence, Rome ouvrit ses portes à Contantin. Là commença la décadence non interrompue de l'empire romain, qui ne jettera plus que de loin en loin quelque pâle rayon de sa splendeur première, jusqu'au jour de sa totale destruction. Le règne de Constantin dura trente ans. Sous ce règne, le christianisme, de persécuté qu'il était, devint triomphant et persécuteur ^ ses hérésies nouvelles devinrent de sanglantes guerres civiles, et les hommes d'état furent des évêques. Haï du peuple qui se rappelait le meurtre de son beau-père , de son beau-frère , de son neveu , de sa femme Fausta, qu'il fit étouffer dans un bain, de celui de son fils aîné, de celui de ces rois francs qu'il fit jetter aux bêtes féroces, après les avoir vaincus sur les bords du Rhin , et de mille autres encore qu'il serait trop long d'énumérer ici , ce qui n'empêcha pas les prêtres chrétiens d'en faire un saint ^ Constantin, ne pouvant en obtenir l'absolution des prêtres païens, se tourna vers les prêtres chétiens, lesquels la lui accordèrent sans scrupule pour prix de ses largesses et de son appui ; alors il transféra le siège de son autorité dans l'ancienne Byzance, qu'il releva , agrandit , décora magnifiquement, et fit appeler, par analogie avec son nom, Constanhnople , que les Turcs nomment Stamboul. La religion chrétienne, placée sur le trône l'épée à la main , étendue tout-à-coup sur une échelle immense , régnant dans les deux premières capitales du monde, rivales l'une de l'autre , et travaillées par les nombreuses sectes dont l'empire était depuis longtemps sourdement tourmenté , arriva enfin à une sorte de protestantisme, à une rupture ouverte par laquelle elle fut scindée en deux communions ennemies, l'une grecque, l'autre latine. Dès ce moment commença à grandir le pouvoir des évêques de Rome qui en vinrent au point de se rendre souverains temporels et spirituels indépendants. Constantin mourut l'an 337 , laissant trois fils: Constantin II , Constant et Constance; ces princes lui succédèrent et régnèrent depuis l'an 337 jusqu'en 361.

A Constance., le dernier des trois, succéda Julien, surnommé VApostat, parce qu'ayant été fait chrétien malgré lui , il était retourné à

sa première croyance aussitôt qu'il avait eu la liberté et la force de le faire ouvertement. Il fut un grand homme, et ne persécuta iQint les chrétiens^ mais il contint avec une sage fermeté leur ambileuse turbulence, et ne souffrit point qu'ils troublassent l'empire. Il était neveu de Constantin , d'une grande bravoure et de mœurs fort austères: malheureusement il ne régna que jusqu'en 363.

Jovien monta sur le trône après Julien, et ne gouverna que jusqu'en 364.

Valentinien et Valens régnèrent après lui de l'an 364 à l'an 378. Après eux montèrent sur [le trône de Rome Gratien et Valentinien II, de l'an 378 à l'an 395. Honorius y parvint après eux et s'y maintint jusqu'en 408. Valentinien III, Avitus gaulois d'origine, Majorien, Lihius-Sévère , Anthèmius, Olybrius, et Augustule terminèrent la liste des empereurs romains, dont Augustule, le soixante-deuxième, fut le dernier. Tan 476, douze cent vingt-neuf ans après la fondation de Rome. On voit que je me hâte de conclure cette nomenclature , et que j'évite de renvoyer au cinquième siècle le peu de mots qui me restait à dire sur ce point, et que j'ai cru pouvoir placer dans celui-ci afin de terminer une fois pour toutes.

J'ai donc consciencieusement réglé mes comptes avec leurs majestés romaines: il ne reste plus rien à départir entre nous. Il n'en est pas de même à l'égard des évêques de Rome, dont l'influence s'est fait sentir sur Fart musical depuis cette époque reculée jusques aux siècles les plus rapprochés de nous. Je suis donc forcé de suivre pas à pas la hgne tracée par la hiérarchie de ce nouveau pouvoir.

Les dernières années du troisième siècle ont vu saint Marcelin pape à Rome ; il avait été élu en 295, et mourut en 304.

Saint Marcel , car ils furent tous saints ! lui succéda et mourut l'an 310 : c'était un fanatique furieux que l'empereur Maxence condamna à l'exil.

Saint Eusèhe devint évêque de Rome après saint Marcel ^ il était grec de naissance et ne resta que peu de temps au pouvoir puisqu'il mourut dans cette même année, 310. L'histoire, à vrai dire, est un véritable registre mortuaire !!....

A saint Eusèbe succéda saint Milchiade, ou Miltiade, ainsi nommé

par dérision. Il était d'origine africaine et mourut Tan 314. En 313 il présida le concile de Rome ; c'est tout ce que l'on sait sur cet évêque et sur cette époque où un concile remplaçait le sénat du peuple-roi !

Saint Sylvestre prit la place de saint Milchiade, et mourut en 335 ^ il était romain de naissance. C'est en ce temps qu'éclata la fameuse hérésie d'Arius d'Alexandrie. C'est également à cette époque que fut convoqué par Constantin , déjà un peu embarrassé du zèle fougueux et contradicteur de ses nouveaux alliés, le premier concile dit œcuménique , ce qui signifie universel , qui embrasse toute la terre, dénomination d'autant plus ambitieuse que les chrétiens n'ont jamais fait beaucoup plus du quart de la population générale du globe, et qu'à l'époque de Constantin leur nombre était bien loin de s'élever à ce chiffre: ce concile fut tenu à Nicée. Saint Sylvestre assista, 'en 328, à la translation du siège du gouvernement de Rome à Byzance, appelée depuis Constantinople , comme je l'ai dit, du nom de son restaurateur.

Saint Marc, mort en 336, prit la place de saint Sylvestre, et ne la garda que neuf mois.

Après lui , vint saint Jules P^ qui ne mourut qu'en 352. Il était né à Rome , et fut grand disputeur contre les sectateurs d'Arius , appelés ariens, et leur doctrine arianisme.

Saint Libère , élu après saint Jules , fut également fort animé contre les ariens. Trois conciles s'assemblèrent par ses soins , l'un à Rome , un autre à Arles en Provence , le troisième à Milan , pour juger entre Athanase, évêque d'Alexandrie, et Arius qui voulait lui enlever son siège. Comme les deux derniers conciles se déclarèrent contre son opinion en faveur d' Arius, que Constantin protégeait en secret, sa résistance opiniâtre le fit exiler; mais plus tard, ayant enfin cédé , il revint à Rome prendre sa place , que Félix II, second anti-pape, lui avait enlevé en 358. Un nouveau concile s'assembla à Rimini,et donna une nouvelle approbation aux opinions d'Arius, que Libère avait paru adopter, et qu'il condamna de nouveau , ce qui prouve que les papes ne sont pas plus infaillibles, pas plus exempts de versatilité que le reste des humains. Il mourut en 366.

A saint Libère succéda saint Damase, né en Portugal, fort zélé contre les hérétiques, et qui mourut en 384. Un troisième anti-pape, nommé Ursicin, doit ici prendre place ^ mais je n*ai rien pu savoir sur son compte, et franchement je le regrette peu: le lecteur, je pense , sera du même sentiment.

Saint Cirice, né romain, fut élu ensuite et mourut en 339. Comme ses prédécesseurs, il eut à soutenir une lutte vigoureuse contre les hérésies, principalement contre celle de Manès.

Son successeur fut saint Anastase, mort Tan 401. 11 eut à combattre les origénistes, ou sectateurs à'Origéne.

Ainsi , depuis Galérius , qui prit possession du trône impérial avec Constance-Chlore , père de Constantin , à la fin du troisième siècle, jusqu'à Honorius, investi du pouvoir souverain depuis Tan 395 jusques à l'an 408 , Rome a été gouvernée par treize empereurs.

Depuis saint Marcehn , élu en 295 , mort l'an 304 , jusqu'à saint Anastase, mort l'an 401 , l'église romaine a vu parvenir au pontificat douze papes et trois anti-papes.

Le christianisme, précédemment introduit dans les Gaules, comme cela a été dit, put se développer avec liberté et Succès lorsque Constantin eut permis, par son édit de 312, le public exercice de cette religion. Le concile d* Arles de Van 314, tenu avec l'agrément de l'empereur, et même, dit-on, par ses ordres , décréta les premiers canons de Véglise gallicane. 11 y avait déjà à cette époque bon nombre de saints disputeurs et de fré(iuentes querelles théologiqués ; saint Hylaire, de Poitiers, déploya son zèle violent contre l'arianisme^ il se fit exiler par l'empereur Valentinien , partisan éclairé de la paix intérieure. Saint Martin, de Tours, ne fut pas moins célèbre; mais il ne put empêcher qu'il y eût du sang répandu pour ces opinions et ces dissentions toutes théologiques.

Les évêques de Rome voyant les empereurs abandonner Rome pour Constantinople , cherchèrent à tirer parti de cet abandon , et, non moins fins que les souverams , à bâtir l'édifice de leur puissance future sur les débris de celle des anciens maîtres du monde. Tandis que ceux-ci établissaient leur cour en Orient, les papes , par le moyen de leurs nombreux missionnaires, de leurs prédicateurs,

de leurs agents de toutes natures , des discordes mêmes , dont ils étaient en quelque sorte, et bien innocemment sans doute ;, les principales causes, étendirent peu à peu, en silence, dans l'ombre, leur autorité sur l'Italie , sur la Gaule et son Eglise , longtemps avant la formation d'une monarchie indépendante dans cette partie démembrée du vaste empire romain. Les empereurs Gratien et Valentinien III , prêtèrent eux-mêmes les mains à ces usurpations-, elles arrivèrent à ce point que les crimes des gens d'église ne furent plus justiciables que de Rome, ou au moins des tribunaux ecclésiastiques des provinces institués et délégués par les papes.

Les Gaulois , courbés sous le joug des Romains , avaient été contraints de recevoir de leurs vainqueurs d'autres lois , d'autres mœurs , une autre langue , une autre religion , d'autres usages , et bien que tous ces changements se fussent peu à peu identifiés avec l'esprit général de la nation par l'effet d'une longue occupation , ils n'en supportaient pas moins avec une secrète impatience cette domination , qu'ils avaient tenté de secouer à diverses reprises par des révoltes jusqu'alors sans succès ^ on a vu Proculm et Bonosus se faire proclamer empereurs dans les Gaules , mais être aussitôt défaits par Probus. Déjà par plusieurs invasions les peuples du Nord avaient inquiété la puissance de Rome dans ces contrées 5 refoulées dans leurs épaisses forêts par les armes des empereurs , ces hordes revenaient cependant à la charge sans se décourager. Constantin leur fit une guerre sanglante , mais cette guerre ne fit que retarder un succès qui devait bientôt s'accomplir.

La civifisation, ébauchée par les Romains, les sciences, les arts, ne pouvaient espérer aucun développement dans ces temps de séditions, de guerres , de querelles religieuses, de meurtres, d'hérésies, de commotions perpétuelles^ néanmoins, c'est au quatrième siècle que se retrouve ce fil égaré si longtemps, et qui rattache la musique antique, la musique des Grecs à la musique moderne.

Ce fut saint Amfemse, gaulois, à peine chrétien, fils du préfet des Gaules, nommé lui-même gouverneur de la Ligurie, élu par le peuple évêque de Milan en faveur de ses vertus et de ses lumières, ce fut saint Amhroise, né l'an 340, mort l'an 397, qui renoua ce fil

rompu ou égaré; ce fut par les soins de cet homme illustre, à peine chrétien , comme je viens de le dire , et cependant docteur de l'Eglise 5 convertisseur de saint Augustin , que furent recueillis les chants épars, les fragments des hymnes grecs, peut-être même quelques cantilènes hébraïques parvenus jusqu'à lui par là tradition ; Ambroise ajusta sous ces chants les paroles latines des prières, des offices , et en composa une espèce de corps qui prit le nom de chant ambroisien, à Tusage des cérémonies de l'église chrétienne. Ce n'est donc bien positivement qu'à dater de cette époque , comme je l'ai démontré précédemment, :que la musique a pu être introduite dans les pompes des temples chrétiens, puisqu' avant elle n'existait pas. C'est donc à partir de ce moment seulement qu'elle a pu se répandre dans les Gaules et ensuite dans les autres contrées de l'Europe. Là , est le premier instrument de son réveil et le jour de sa renaissance. La musique fut aussi l'objet des méditations de saint Augustin, qui vécut jusqu'en 430, et qui était grand amateur de cet art encore informe; il écrivit même, à ce que l'on assure, un ouvrage propre à en régulariser l'enseignement et à le propager dans les églises d'Occident. Saint Bazile, né à Césarée, en Capadoce , en 328 , douze ans avant saint Ambroise , se hâta de suivre son exemple, et introduisit le premier, dans les églises d'Orient, le plain-chant tel qu'Augustin l'enseignait en Occident. Augustin, né à Tagaste en Afrique, l'an 354, avait été dans sa jeunesse un assez mauvais sujet-, l'amitié et les conseils d' Ambroise le ramenèrent à une meilleure conduite.

Ces trois pères de l'Eglise ne furent pas les seuls qui s'occupèrent de la musique. Saint Ephrem, diacre d'Edessa, en Syrie, lui donna des soins particuliers vers l'an 370. On lui attribue l'invention d'une certaine modulation prétendue harmonique , mais cette prétention ambitieuse a été victorieusement réfutée par le cardinal Bona; il a expliqué cette soi-disant découverte, en ce sens qu* Ephrem enrichit les cantiques de l'Eglise des anciennes mélodies grecques, et imagina effectivement quelques signes pour les écrire; mais cette invention se réduit à ceci. L'autorité du cardinal Bona, touchant l'origine grecque , la source réelle des chants recueiUis par

saint Ambroise, et, plus tard par saint Grégoire, vient encore se joindre à toutes celles qui répondent péremptoirement aux adversaires de cette opinion fondée sur l'histoire, la raison et la plus parfaite vraisemblance.

C'est vers la fin du quatrième siècle que fut transporté à Rome le corps de sainte Cécile, dont parle Fortunat de Poitiers, l'auteur le plus ancien qui en fasse mention. Il dit qu'elle mourut en Sicile vers l'an 176 ou 180, sous le règne des empereurs Commode ou Marc-Aurèle. Fortunat, historien et bon poète, pour son temps, était évèque de Poitiers à la fin du sixième siècle, et mourut vers 609. De temps immémorial les musiciens ont choisi sainte Cécile pour leur patrone. Les peintres , suivant les traditions , l'ont toujours représentée chantant les louanges de Dieu en s'accompagnant sur une espèce de basse, nommée depuis viola da gamba, ou sur un petit instrument ressemblant à un orgue portatif, mais qui ne pouvait pas être réellement un orgue, à cette époque où cet instrument était inconnu en Europe. 11 était d'usage autrefois de solenniser la fête de cette sainte par une grande messe en musique qui excitait le zèle des compositeurs , des exécutants , des chanteurs , également intéressés dans cette cérémonie annuelle et spéciale; mais les difficultés incessantes, le mauvais vouloir, les étranges tracasseries suscitées à propos de la prétendue mondanité de la réunion, de la rétribution exigée nécessairement (à l'église où tout se paie fort cher, jusqu'aux chaises! !) de la présence des femmes à l'exécution de la messe, toutes ces entraves enfin, renouvelées avec opiniâtreté, avec autant de goût que de sens , irréprimées par l'autorité aussi peu soucieuse du bien de l'art, des droits des artistes que s'ils n'avaient rien à faire pour la gloire du pays, toutes ces causes réunies, dont la responsabilité, comme cela est juste, est renvoyée à qui de droit, ont amené l'anéantissement d'un usage ancien , inoffensif, purement artistique, et qui avait l'avantage d'empêcher parmi nous la totale destruction du beau genre de la musique d'église, le plus large, le plus grandiose, celui qui présente au génie, à la science, aux talents, les plus magnifiques développements auxquels la capacité humaine puisse atteindre; mais à quoi bon de Tome I. 10

vains regrets? pourquoi d inutiles plaintes, qui ne touchent personne, qui ne sauraient obtenir justice? Mieux vaut garder le silence et attendre des temps meilleurs. Le genre religieux est mort en France, au grand préjudice de l'art, des artistes, et surtout de ceux qui ont un si grand intérêt à appeler ce puissant auxiliaire à leur aide: auxiliaire digne de son but, et que.^ dans leur aveuglement, ils dédaignent et proscrivent.

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